Mardi 3 octobre 2006 2 03 /10 /Oct /2006 09:49

 

Le second tour de la future élection présidentielle se jouera entre Ségo et Sarko, comme ils aiment à les appeler. Ainsi en ont décidé les journalistes. Sur la base des sondages. N'est-ce pas une présomption ? En tout cas une imprudence. A la même époque dans l'année, en 1988, Raymond Barre n'était-il pas mieux parti que Jacques Chirac ? En 1995, Edouard Balladur n'avait-il pas course gagnée face au même Jacques Chirac ? En 2002, Lionel Jospin n'était-il pas assuré de figurer au second tour ?

 

 

Mais soit ! Acceptons l'hypothèse. Nous allons vivre de grands moments. Entre Ségo la silencieuse et Sarko le bavard. L'une n'en dit pas assez, essaye de passer le moins de temps possible dans le magasin de porcelaine socialiste et envoie virtuellement les militaires encadrer les délinquants pour faire plaisir au centre et à la droite. Avec bonheur. A gauche de son parti, toutefois, elle ne devrait pas pouvoir beaucoup séduire. Ce n'est pas trop grave, certains avaleront leurs chapeaux, comme d'habitude, pour conserver quelques sièges de députés et l'indéracinable Arlette, de toute façon, ira à la pêche. Il y a, tout de même, des limites à l'exercice du grand écart. L'autre en dit trop et a donné la clé de sa méthode : tantôt un coup à droite, tantôt un coup à gauche. Dans le fond c'est la même stratégie. Et il n'y en a pas trente- six possibles ; c'est celle de tous les candidats sérieux à la magistrature suprême : il faut ratisser large. Après s'être assuré du soutien, plus ou moins de bonne grâce, de son camp, aller se vendre ailleurs. Même Jean-Marie Le Pen, aux convictions de granit, qui croit en ses chances au vu des sondages, semble-il surtout répandus à l'étranger, qui le créditeraient d'un potentiel électoral de 20 à 25% de voix, se précipite à Valmy, destination inattendue pour lui et lieu d'une bataille dont la réalité est incertaine, pour annoncer ce que tout le monde sait, au grand dam, paraît-il, de ses alliés monarchistes.

 

 

Le contenu du discours importe peu. Ce qui compte, c'est l'emballage et le design du support. A ma gauche le produit Ségo, à ma droite le produit Sarko. Il n'est plus question de politique mais de marketing. Georges Pompidou, ombre portée du Général, avait encore une vision pour son pays, une "certaine idée de la France". Depuis, ceux qui ont brigué le fauteuil avec crédibilité ont surtout eu une certaine idée pour remporter les élections. La politique, à cet étage du moins, noble art au service de la cité, est morte. Les Français, désabusés, parfois aussi cyniques que leurs dirigeants, se prêtent quand même toujours au jeu. Qu'il est flatteur d'être, même totalement manipulé, une infime petite parcelle de la souveraineté nationale !

 

 

Je vois d'ici le débat télévisé qui opposera Ségo et Sarko à la veille du second tour de l'élection. Je vous en offre le résumé.

 

 

Une épreuve pour l'animateur. Par galanterie Ségo est invitée à ouvrir les hostilités.

- Ségolène Royal, quel(le ?) Président(e ?) serez-vous ?

- Celui (celle ?) de tous les Français sans exclusions liées à la race, à la religion, à la préférence sexuelle, à la taille et au poids, aux goûts culinaires.

- Mais encore ?

- J'ai oublié quelqu'un ?

- Comment allez-vous gouverner ?

- En faisant de mon mieux...

En face Sarko piaffe d'impatience. Il s'agite sur sa chaise et lève constamment le doigt.

- M'sieu ! M'sieu ! Je peux parler M'sieu ! Si elle n'a rien à dire, moi, j'ai beaucoup à raconter !

L'arbitre du match ne peut retarder le mouvement. Il sera vite débordé et mort de trouille (il risque sa place, il est payé pour surveiller la montre). Tant est si bien qu'à la fin de l'émission Ségo dispose encore de dix minutes d'antenne, Sarko, 0.

La présidente de la Région Poitou-Charentes, le sourire toujours accroché, mais soudain plus carnassier, taillera en pièce le programme de Sarko, lequel voudra, réclamera, protestera, mais n'y pourra rien : il devra se taire.

- Monsieur Sarkozy, je vous en prie... Monsieur Sarkozy votre temps de parole est épuisé... Monsieur...

Alors Ségo se penchera légèrement ,et, avec ce petit mouvement de tête d'arrière en avant qui fait tout son charme printanier, elle portera l'estocade finale : "Monsieur Sarkozy, vous n'avez pas le monopole de la sécurité !  " Et toc ! Et vlan ! Sarko se tassera dans son fauteuil, groggy. Terminé. Il est fichu. Quelques jours plus tard Mademoiselle Ségolène Royal est élue Président (e ?) de la République (*). Il sera temps de se marier.

 

 

(*) J'informe les ignorants et je rappelle aux oublieux qu'en 1974, lors du match qui opposa les deux finalistes, Valéry Giscard d'Estaing, la mine concentrée, les yeux plissés, et la bouche en cul de poule comme jamais, envoya dans les gencives de son adversaire : "Monsieur Mitterrand vous n'avez pas le monopole du coeur !". Le beau François accusa le coup. Les analystes s'accordent à dire que cette sortie joua en faveur du grand argentier. De fait, Valéry Giscard d'Estaing fut élu, de peu, mais fut élu.

A quoi tient le destin d'un pays pour sept, ou cinq, ans... 

   

Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Chroniques "frivoles" (ou presque)
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Mardi 3 octobre 2006 2 03 /10 /Oct /2006 08:57

 

J'ai lu récemment  Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley. J'écris bien : "lu" et non pas "relu", sans honte (On ne compte plus le nombre de personnes qui, n'ayant jamais ouvert un livre d' A la recherche du temps perdu se sentent obligées de vous dire qu'elles sont en train de "relire Proust").

 

 

Ce livre donc, est fascinant. Prémonitoire. Visionnaire. Il date de 1931 et imagine un monde en l'an 632 d'une nouvelle ère commencée, on le subodore, à la fin du XXe siècle. C'était bien trop tardif ! Le meilleur des mondes commence déjà à prendre forme, sous nos yeux, tout au moins en "Occident" : sexualité sans frein, déconnectée de la nuptialité, fécondation in vitro, manipulations génétiques, destruction de la cellule familiale, recherche du consensus mou, manipulations habiles des opinions publiques formatées afin qu'elles partagent la même idéologie, degré zéro de la pensée, recherche d'un bonheur artificiel, langage codé et surveillé, chosification de l'homme. La seule chose qui soit vraiment prématurée c'est de pouvoir parcourir, dans une fusée privée, la distance Londres-Nouvelle-Orléans en six heures et demie !

 

 

Dans une très intéressante préface, datant de 1946, à l'occasion d'une ré-édition de son livre, Aldous Huxley s'interroge sur son contenu, 15 ans après l'avoir écrit : "A tout bien considérer, il semble que l'Utopie soit beaucoup plus proche de nous que quiconque ne l'eût pu imaginer, il y a seulement quinze ans. A cette époque je l'avais lancée à six cents ans dans l'avenir. Aujourd'hui, il semble pratiquement possible que cette horreur puisse s'être abattue sur nous dans le délai d'un siècle. Du moins, si nous nous abstenons, d'ici là, de nous faire sauter en miettes. En vérité, à moins que nous ne nous décidions à décentraliser et à utiliser la science appliquée, non pas comme une fin en vue de laquelle les êtres humains doivent être réduits à l'état de moyens, mais bien comme le moyen de produire une race d'individus libres, nous n'avons le choix qu'entre deux solutions : ou bien un certain nombre de totalitarismes nationaux, militarisés, ayant comme racine la terreur de la bombe atomique, (...) ou bien un seul totalitarisme supra-national, suscité par le chaos social résultant du progrès technologique rapide en général et de la révolution atomique en particulier, et se développant, sous le besoin du rendement et de la stabilité, pour prendre la forme de la tyrannie-providence de l'Utopie". A. Huxley fait remarquer que le gouvernement "au moyen de triques et de pelotons d'exécution, de famines artificielles, d'emprisonnements et de déportations en masse", est inefficace et que "dans une ère de technologie avancée, l'inefficacité est le péché contre le Saint-Esprit". Le nec plus ultra, pour les dirigeants, c'est d'avoir "la haute main sur une population d'esclaves qu'il serait inutile de contraindre, parce qu'ils auraient l'amour de leur servitude". Et à cet égard "les plus grands triomphes, en matière de propagande, ont été accomplis, non pas en faisant quelque chose, mais en s'abstenant de faire. Grande est la vérité, mais plus grand encore, du point de vue pratique, est le silence au sujet de la vérité".

 

 

Nous y sommes presque. Chapeau M. Huxley !  

 

 

 

Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Autres chroniques
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Lundi 2 octobre 2006 1 02 /10 /Oct /2006 10:11

 

Il y a plusieurs semaines de cela, j'ai entrepris l'étude de l'Islam. Il n'était pas initialement dans mon intention d'utiliser les matériaux réunis, dans le cadre de ce blog, tout au moins pas dans l'immédiat.

 

 

Le contenu du discours du pape à Ratisbonne le 12 septembre dernier, la flambée de violence, allant jusqu'à l'assassinat d'une religieuse italienne à Mogadiscio, que déclencha dans les pays musulmans un court passage de son texte, les réactions et les commentaires en Occident, parfois étonnants, traduisant souvent une méconnaissance du problème posé, voire sa déformation, m'incitent à ne plus retarder la publication du résultat de mes investigations. D'autant que ce dont il est question c'est, encore une fois, de la raison ; le propos de Benoît XVI ne portait que marginalement sur le rapport entre violence et Islam mais constituait d'abord et avant tout une interpellation de l'Europe sur son substrat gréco-judéo-chrétien, incontestable, et que l'on pourrait formuler ainsi, en s'inspirant d'une autre interrogation célèbre de son prédécesseur : "Europe, qu'as-tu fait de ton héritage grec?".

 

 

A fortiori, l'Islam, centré sur lui-même, nous pose une redoutable question.

 

 

S'agissant d'un vaste sujet, il fera l'objet d'une série d'articles publiés en "feuilleton", bien entendu, en alternance avec la poursuite de nos autres analyses (et "respirations"!) afin de ne pas lasser le lecteur attaché à la diversité des thèmes abordés.

 

 

Je suis de ceux qui pensent que l'Islam sera au XXIe siècle (ou durant une partie de celui-ci) un défi majeur pour le reste du monde. Certains parlent de "communisme du nouveau siècle", la nouvelle gangrène idéologique qui menace ce qu'il est convenu d'appeler "l'Occident", de Tel-Aviv à San Francisco. Quoi qu'il  soit, concurrent, adversaire ou ennemi, il me paraît nécessaire, comme toujours, de le connaître, de bien le connaître, afin d'en juger plus sûrement. Chacun a sa "petite idée", bien entendu, plus ou moins fondée, sur la réalité de cette religion. J'ai voulu en savoir plus à travers diverses lectures. Dans ce qui suit, je ne prétends pas, et je ne la cherche pas non plus d'ailleurs, à l'exhaustivité. Je m'intéresse à l'Islam sous deux angles essentiels : en quoi il diffère (de), s'oppose aux religions chrétiennes et juive qui nous concernent le plus directement ; en quoi il est un danger pour un monde laïcisé et, en résultante de ces deux approches, dans quelle mesure la coexistance pacifique est possible avec lui.

 

 

Le premier livre que j'ai voulu ouvrir, c'est le Coran. Pourquoi ? Tout d'abord, évidemment, parce que c'est un texte, LE texte, fondateur de l'Islam, et sacré pour les musulmans puisque dicté par Dieu en personne à Mahomet. Ensuite parce que si l'on se contente de lire les commentateurs, complaisants ou malveillants, soit l'on vérifie ce qu'ils écrivent, soit on leur fait confiance, impressionné à l'occasion par de multiples renvois en bas de page, et l'on risque d'être abusé. Et commencer par lire le Coran, avec un minimum de préjugés, présente tous les avantages du "regard neuf" que l'on peut poser sur une découverte. En contrepartie on prend le risque, faute de connaissances savantes, de ne pas tout comprendre. Encore une fois, cela n'est pas très grave s'il s'agit d'un point de détail sur telle ou telle obligation morale, ou sur un fait historique, compte tenu des raisons de notre curiosité, et les commentaires ultérieurs de gens plus compétents que vous et moi viendront nous éclairer, précisément.

 

 

J'ai porté attention à la traduction étudiée. C'est important. En effet, d'une part il s'agit de la parole de Dieu lui-même qui s'est exprimé en arabe, qui est donc de ce fait la langue divine, la seule : toute traduction est délicate, elle peut être trahison du texte initial, même en toute bonne foi. D'autre part, justement, un traducteur intentionné pourrait faire dire au Coran, dans un sens ou dans un autre, ce qu'il ne dit pas.

 

 

Pour ces raisons, j'ai choisi "le Coran" de M. Jean Grosjean (*) dont il est précisé que "cette traduction a été revue et corrigée suivant les indications de l'Institut de Recherches Islamiques d'El Azhar", (**) lequel Institut confirme tout naturellement du coup que : "Cette traduction se distingue, pour la première fois, parmi les différentes traductions déjà publiées en langue française, par le soin extrême apporté au style de la rédaction ainsi que par la fidélité au sens".

 

 

Le Coran n'est pas un gros livre : 363 pages dans ce format livre de poche. Il est vrai que chaque page pleine comporte tout de même 40 lignes et environ 60 signes par ligne. Le Coran est divisé en chapitres, appelés sourates (1er chiffre, romain), elles-mêmes comportant des versets (second chiffre). Il y a 114 sourates, les premières (à l'exception de la toute première) de longueurs importantes, les dernières très courtes (la II, 25 pages, la XIII 4 pages, la 114e, 5 lignes). Ce classement par ordre décroissant a-t-il une signification ?

 

(à suivre)

 

 

(*) Le Coran traduit par Jean Grosjean, éditions Philippe Lebaud, collection Points, série Sagesses 1979, 8 euros.

(**) Université islamique fondée au Caire en 973 par les fatimides, la plus ancienne du monde et la plus prestigieuse dans la communauté arabe et musulmane.

 

Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : L'ISLAM
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Vendredi 29 septembre 2006 5 29 /09 /Sep /2006 14:56

 

C'est la devise que semble s'être choisie Mademoiselle Ségolène Royal (A ceux qui s'étonneraient  que je l'appelasse ainsi, je ferais remarquer que cette dame n'est pas mariée à Monsieur François Hollande ).

 

 

Elle parle peu,  et quand elle parle c'est pour ne (presque) rien dire, et c'est ainsi qu'elle se fait beaucoup d'amis. Arnaud Montebourg, enfant terrible du socialisme, est tombé sous son charme et François Bayrou la trouve "belle comme la Joconde" (en plus émaciée, non ?). Bigre ! Même à droite certains devraient donc donner dans le panneau.

 

 

Il est vrai qu'avec ses allures de bourgeoise BCBG, son éternel sourire, ses quatre enfants - ce qui, pour une socialiste membre d'un parti plutôt malthusien, constitue une singularité dont on peut même craindre qu'elle traduise une coupable dérive droitière -, et son souci de la sécurité des personnes, elle rassure les beaux quartiers chers à Aragon.

 

 

Il va pourtant falloir sortir du bois, indiquer un programme (quoiqu'il soit déjà tout prêt, c'est celui du parti auquel le candidat est censé se conformer), prendre position sur quelques sujets brûlants. Attention ! une Ségolène peut cacher beaucoup de gens avec lesquels elle va devoir gouverner. Derrière elle, ils ne seront jamais loin, Laurent le centurion, l'austère Lionel, Dominique le comptable, Jack la tête de l'Art et son petit François préféré.

 

 

 

PS : A ceux de mes lecteurs qui pourraient s'étonner de voir surgir un texte aussi léger de fond après une déclaration d'ouverture aussi lourde de sens, je rappelle que j'ai annoncé dans la sus-dite des chroniques "frivoles". Ce sont des "respirations" destinées à votre détente et à la mienne. Comme dans un journal sévère et sérieux où il peut y avoir une page consacrée à la mode et aux babioles à l'usage des lectrices intellectuelles qui, pour subtiles qu'elles soient, n'en sont pas moins femmes.

 

 

Au demeurant je ne m'éloigne qu'en apparence de mon beau souci. Même si je concède que l'intention démonstrative ne perce pas d'une manière évidente dans ce qui précède - je tâcherai de faire mieux la prochaine fois - je suis tout de même sur un bon terrain car s'il est une classe qui, par sa pompe, ses oeuvres, ses décisions et son mode de fonctionnement, donne une idée assez exacte, du piétinement de la raison par la sensibilité et le calcul, de la dictature de l'opinion, c'est bien la classe politique de notre temps.

 

 

Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Chroniques "frivoles" (ou presque)
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Jeudi 28 septembre 2006 4 28 /09 /Sep /2006 21:12

 

Dans ma "déclaration d'intention", "Pourquoi j'ai décidé d'ouvrir un blog",  j'ai accordé un R majuscule à la raison. Excès d'honneur ? Faisons tout d'abord remarquer qu'il s'agit d'une majuscule de majesté philosophique tout à fait justifiée. Que certains se rassurent, je ne sacrifie pas au culte de l'éphémère déesse organisé en l'an II de la Révolution française. Mais que la raison, comme faculté de bien juger et comme connaissance naturelle, ait bien besoin d'être réhabilitée aujourd'hui ne fait aucun doute.

 

 

La raison, comme la femme chez Alexandre Vialatte, remonte à la plus haute Antiquité. Tous les philosophes voient dans la raison le propre de l'homme, la faculté supérieure qui commande aussi bien le langage, la pensée, la connaissance et la moralité.

 

 

Précisément, en 2006, en France, et dans quelques autres endroits sinistrés, avons-nous encore un langage commun, riche, précis ? Pensons-nous encore, vraiment ? Avons-nous une moralité partagée, lisible, donc viable en société ? Pour la connaissance tout le monde m'arrête : nous n'avons jamais su et compris autant de choses sur le monde, la vie, les galaxies, etc., et, qu'on se le tienne pour dit, ce n'est pas fini ! (Les fameux "progrès de la science et des techniques"). Soit. Mais qu'en fait-on de cette somme, si le reste est en ruine ?

 

 

La raison, faculté de combiner des jugements en vue de donner un sens à l'univers, pouvoir de bien juger, devrait être la chose la mieux partagée au monde.

 

 

Pour autant la raison n'est qu'un moyen, un moyen naturel de recherche de la Vérité. Il n'y a pas à l'opposer inutilement, et devrais-je dire, tragiquement, au moyen surnaturel de cette même recherche que constitue la foi (la quasi totalité des grands philosophes ne croient-ils pas en Dieu ?), ni même à cette voie humaine, rien qu'humaine, trop humaine certes, de la connaissance primitive qu'offre la sensibilité. Bien utilisé, chacun de ces véhicules peut concourir, ne s'appliquant pas toujours qui plus est aux mêmes problématiques que les deux autres, ou tout au moins examinées sous des angles complémentaires, à la découverte de la Vérité.

 

 

Et ce sont aussi des sources de bonheur ! Pourquoi ne pas en parler ? Bienheureux l'homme complet, philosophe, croyant et sensible ! Sinon n'est-il pas en partie mutilé, confusément conscient d'une carence qu'il ne sait pas nommer et qui le rend malheureux ? Devant le spectacle du beau, au coeur d'une forêt par exemple, par ma sensibilité j'en jouis, par ma foi je contemple l'oeuvre du créateur, par ma raison j'admire le travail et la bienfaisance de la nature ; si je possède bien les trois, ne suis-je pas le plus heureux des hommes ? Si je suis indifférent à sa magnificence, si je n'en lève pas les yeux vers un ciel qui est vide, si elle n'est qu'un obstacle inintelligible sur ma route, si je me moque du Quoi est-ce ? du Pourquoi ? du Comment ? vraiment, dites-moi, ne suis-je pas à plaindre ?  A vrai dire dans ce cas- là je ressemble fort à l'animal et comme j'ai, tout de même, un peu d'intelligence, une intelligence affreusement livrée à elle même, je ne peux être qu'un animal matérialiste. Que faire alors d'une forêt, je vous le demande ? L'exploiter ! L'exploiter sans discernement, sans amour, sauvagement. Et pour peu que je sois individualiste, l'exploiter à mon seul profit ou au profit de ma caste, cela revient au même, le communautarisme n'étant qu'un individualisme à plusieurs. La forêt sera massacrée. Alors ma sensibilité, absente, ne souffrira de rien, Dieu, cet inconnu, restera silencieux, mais la raison, elle, subira une terrible défaite, visible, palpable, dont seront victimes les civilisés face aux barbares.

 

 

Cependant sachons raison garder à propos de... la raison. Il paraît risqué d'aller affirmer avec Hegel que "la raison gouverne le monde et par conséquent, l'histoire universelle s'est-elle aussi, déroulée rationnellement", la Raison étant comprise ici comme un Esprit supérieur qui guide, en dépit des apparences, l'humanité vers un Etat mondial rationnel conforme à ses intérêts supérieurs. L'histoire n'est pas finie, mais on ne se surprend pas, après avoir frissonné, à douter qu'il en soit bien ainsi...

 

 

Evitons le rationalisme, sous toutes ses  formes, qui est un système, déjà plus une méthode, et se faisant, qui stérilise la pensée. 

 

 

Utilisons la raison comme guide dans notre investigation réfléchie et ordonnée de ce que l'on cherche à connaître. Réservons-lui cette modeste, mais hautement précieuse, place. Elle lui est contestée aujourd'hui, où par un formidable mouvement de régression qui nous ramène aux temps des présocratiques ( VI et Ve siècles avant Jésus Christ ) on observe, médusé, dans beaucoup de domaines, le mythe retrouver droit de cité face à la Vérité.

 

 

Voilà qui est assez dit. L'essentiel. Il importe peu de disserter plus avant sur la raison. Mieux vaut dans ce qui suivra, en appliquer la discipline aux affaires du monde, petites et grandes, montrer les outrages qu'elle subit dans nos médias, par nos faiseurs d'opinion et les dégâts que ceux-ci provoquent, en conséquence, dans l'esprit de beaucoup de nos concitoyens.

 

 

Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Autres chroniques
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Mercredi 20 septembre 2006 3 20 /09 /Sep /2006 22:02

 

Sans fausse modestie mais, je crois, avec humilité, je crée un blog ce jour. Pas pour céder à une mode. Evidemment parce que je pense avoir "quelque chose à dire". Cela peut paraître prétentieux, ça l'est dans une certaine mesure. Nul narcissisme pourtant dans cette décision. Tout, d'ailleurs, ayant été à peu près écrit depuis l'antiquité gréco-latine, on ne fait depuis que se répéter, approfondir parfois, adapter les mêmes concepts au monde tel qu'il va. Ce qui est frappant, précisement dans ce cadre, c'est le phénomène de l'Eternel Retour.

 

L'Eternel Retour des mêmes pensées, fausses ou vraies. Si je prends la parole, c'est parce que le pire est de retour.

 

Depuis longtemps je suis angoissé par l'état de décadence intellectuelle, morale et spirituelle de notre pays. J'en vois déjà sourire en lisant ces lignes. Les processus de décadence ont ceci de trompeur qu'ils sont tout d'abord lents, très lents, indétectables par la majorité des esprits, même ceux réputés éclairés ; comme des fissures sur un mur, ils préparent l'écroulement final par glissements légers dont seul un oeil prévenu et attentif décèle les tranquilles progressions. Démontrer avec raison n'est pas entendu, montrer avec passion est moqué. Les peuples qui n'aiment pas les prophètes de malheur, singulièrement le peuple français qui les déteste, préfèrent se complaire dans les apparentes certitudes du moment en leur conférant une dignité de vérités éternelles.

 

Cependant je crois que les choses changent. Nous sommes des millions, mais une minorité, à être conscient qu'il y a "quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark", en l'occurence dans la République démocratique de la France. Beaucoup d'autres millions sont inconscients ou ne veulent pas voir, ne veulent pas savoir, fuient la question. Une autre minorité, je pense, applaudit à l'effondrement. Je m'adresse donc à la majorité des Français. Et je leur dis : réveillez-vous, il est temps, il est tout juste temps ! Le temps est venu de la saine révolte.

 

Nous sommes gangrenés par deux maux fondamentaux qui expliquent tout le reste : le matérialisme et l'individualisme. Tous deux sont ennemis de la Raison. Nous avons Raison perdu. Il est urgent d'y revenir. Il est nécessaire de redevenir grec, et de travailler à distinguer avec Platon la Vérité de l'opinion. Ce donc ont réussi à nous convaincre collectivement le matérialisme et l'individualisme qui prospèrent sur cette négation, c'est qu'il n'y a pas de Vérité ; il n'y a que des opinions individuelles ou publiques, toutes valables, toutes respectables. Erreur que nous payons cher, que nous paierons plus cher encore demain si nous ne réagissons pas.

 

En écrivant cela je ne m'exclus pas du troupeau dormant. J'ai longtemps cru que certaines aberrations ne pourraient pas survenir. J'ai attendu le retour du bon sens, du sens du bien commun. Peine perdue ! Temps perdu ! Alors que faire ?

 

L'honneur commande, pour le moins, de ne plus subir, silencieusement, les outrages faits à l'Intelligence. Si nous étions encore des hommes libres, certaines défaites de l'Esprit, organisées par nos "élites", nos ex-élites, nous jetteraient par millions dans les rues. Aujourd'hui, c'est une affaire aussi dérisoire que le CPE, dans le cadre d'une vaste manipulation de l'opinion, qui produit cet effet ! Il est des révoltes qui ne sont que serviles.

 

Il y a bien des manières d'être encore vivant, d'être "réactionnaire". Non pas au sens où l'entendrait cette pauvre Madame Buffet, mais selon la très efficace définition de Georges Bernanos : "Etre réactionnaire, c'est être vivant car il n'y a que le cadavre qui ne réagit pas contre le ver qui le ronge".

 

Pour ma part, sans exclure à l'avenir d'autres engagements, je commence par essayer de partager, faire prendre conscience, provoquer sans doute, par ce modeste truchement d'un "journal" public. Je sais parfaitement quelles sont les limites d'un tel exercice. Peu importe. Il arrive un moment où l'on ne supporte plus sa propre résignation, sa contamination, son excès de respect humain, sa lâcheté.

 

Ce que je me propose d'écrire ?

 

Pas mes états d'âme, ni mes "opinions". Mais exposer une réflexion qui s'inscrit dans la recherche de la Vérité, guidée par la Raison. Et comme je n'ai pas la prétention d'être un "nouveau philosophe" je veux vous apporter ce que j'ai reçu, ce que j'ai compris, car nous sommes tous les "débiteurs insolvables" de nos pères.

 

Mes chroniques pourront être parfois "frivoles" (quoique, sous l'apparence...) parce que je n'imagine pas d'écrire, y compris sur des sujets "sérieux", sans pointes d'humour, d'ironie, voire de causticité. Question de tempérament, on ne se refait pas. Je ne me fixe pas de périodicité d'intervention, intentionnellement, mais l'insertion d'au moins un texte par semaine sera la règle.

 

Un blog est fait pour être lu. Selon votre bon plaisir et l'intérêt que vous y trouverez (ou que vous pensez que d'autres pourraient y prendre), je vous remercie de diffuser largement les coordonnées de ce journal à vos parents, amis et relations.

 

Vous pourrez réagir en utilisant la rubrique "commentaires".

 

A bientôt.

 

François-Xavier, Gaëtan, Gelin*

 

 

*L'Histoire retiendra que le 20 septembre 2006, François-Xavier Gelin révéla son second prénom qui est aussi facile à porter qu'un dix-tonnes par une deux-chevaux.

 

 

 

Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Autres chroniques
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Texte libre

POURQUOI J'AI DECIDE D'OUVRIR UN BLOG

Ce qui est frappant, c'est le phénomène de l'Eternel Retour. L'Eternel Retour des mêmes pensées, fausses ou vraies. Si je prends la parole c'est parce que le pire est de retour. Nous avons Raison perdu. Il est nécessaire de redevenir grec et de travailler à distinguer avec Platon la Vérité de l'opinion. L'honneur commande, pour le moins, de ne plus subir, silencieusement, les outrages faits à l'Intelligence. Ce que je me propose c'est d'exposer une réflexion qui s'inscrit dans la recherche de la Vérité guidée par la Raison.

("Déclaration d'intention" complète ci-dessous en date du 20.09.06)

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