Le second tour de la future élection présidentielle se jouera entre Ségo et Sarko, comme ils aiment à les appeler. Ainsi en ont décidé les journalistes. Sur la base des sondages. N'est-ce pas une présomption ? En tout cas une imprudence. A la même époque dans l'année, en 1988, Raymond Barre n'était-il pas mieux parti que Jacques Chirac ? En 1995, Edouard Balladur n'avait-il pas course gagnée face au même Jacques Chirac ? En 2002, Lionel Jospin n'était-il pas assuré de figurer au second tour ?
Mais soit ! Acceptons l'hypothèse. Nous allons vivre de grands moments. Entre Ségo la silencieuse et Sarko le bavard. L'une n'en dit pas assez, essaye de passer le moins de temps possible dans le magasin de porcelaine socialiste et envoie virtuellement les militaires encadrer les délinquants pour faire plaisir au centre et à la droite. Avec bonheur. A gauche de son parti, toutefois, elle ne devrait pas pouvoir beaucoup séduire. Ce n'est pas trop grave, certains avaleront leurs chapeaux, comme d'habitude, pour conserver quelques sièges de députés et l'indéracinable Arlette, de toute façon, ira à la pêche. Il y a, tout de même, des limites à l'exercice du grand écart. L'autre en dit trop et a donné la clé de sa méthode : tantôt un coup à droite, tantôt un coup à gauche. Dans le fond c'est la même stratégie. Et il n'y en a pas trente- six possibles ; c'est celle de tous les candidats sérieux à la magistrature suprême : il faut ratisser large. Après s'être assuré du soutien, plus ou moins de bonne grâce, de son camp, aller se vendre ailleurs. Même Jean-Marie Le Pen, aux convictions de granit, qui croit en ses chances au vu des sondages, semble-il surtout répandus à l'étranger, qui le créditeraient d'un potentiel électoral de 20 à 25% de voix, se précipite à Valmy, destination inattendue pour lui et lieu d'une bataille dont la réalité est incertaine, pour annoncer ce que tout le monde sait, au grand dam, paraît-il, de ses alliés monarchistes.
Le contenu du discours importe peu. Ce qui compte, c'est l'emballage et le design du support. A ma gauche le produit Ségo, à ma droite le produit Sarko. Il n'est plus question de politique mais de marketing. Georges Pompidou, ombre portée du Général, avait encore une vision pour son pays, une "certaine idée de la France". Depuis, ceux qui ont brigué le fauteuil avec crédibilité ont surtout eu une certaine idée pour remporter les élections. La politique, à cet étage du moins, noble art au service de la cité, est morte. Les Français, désabusés, parfois aussi cyniques que leurs dirigeants, se prêtent quand même toujours au jeu. Qu'il est flatteur d'être, même totalement manipulé, une infime petite parcelle de la souveraineté nationale !
Je vois d'ici le débat télévisé qui opposera Ségo et Sarko à la veille du second tour de l'élection. Je vous en offre le résumé.
Une épreuve pour l'animateur. Par galanterie Ségo est invitée à ouvrir les hostilités.
- Ségolène Royal, quel(le ?) Président(e ?) serez-vous ?
- Celui (celle ?) de tous les Français sans exclusions liées à la race, à la religion, à la préférence sexuelle, à la taille et au poids, aux goûts culinaires.
- Mais encore ?
- J'ai oublié quelqu'un ?
- Comment allez-vous gouverner ?
- En faisant de mon mieux...
En face Sarko piaffe d'impatience. Il s'agite sur sa chaise et lève constamment le doigt.
- M'sieu ! M'sieu ! Je peux parler M'sieu ! Si elle n'a rien à dire, moi, j'ai beaucoup à raconter !
L'arbitre du match ne peut retarder le mouvement. Il sera vite débordé et mort de trouille (il risque sa place, il est payé pour surveiller la montre). Tant est si bien qu'à la fin de l'émission Ségo dispose encore de dix minutes d'antenne, Sarko, 0.
La présidente de la Région Poitou-Charentes, le sourire toujours accroché, mais soudain plus carnassier, taillera en pièce le programme de Sarko, lequel voudra, réclamera, protestera, mais n'y pourra rien : il devra se taire.
- Monsieur Sarkozy, je vous en prie... Monsieur Sarkozy votre temps de parole est épuisé... Monsieur...
Alors Ségo se penchera légèrement ,et, avec ce petit mouvement de tête d'arrière en avant qui fait tout son charme printanier, elle portera l'estocade finale : "Monsieur Sarkozy, vous n'avez pas le monopole de la sécurité ! " Et toc ! Et vlan ! Sarko se tassera dans son fauteuil, groggy. Terminé. Il est fichu. Quelques jours plus tard Mademoiselle Ségolène Royal est élue Président (e ?) de la République (*). Il sera temps de se marier.
(*) J'informe les ignorants et je rappelle aux oublieux qu'en 1974, lors du match qui opposa les deux finalistes, Valéry Giscard d'Estaing, la mine concentrée, les yeux plissés, et la bouche en cul de poule comme jamais, envoya dans les gencives de son adversaire : "Monsieur Mitterrand vous n'avez pas le monopole du coeur !". Le beau François accusa le coup. Les analystes s'accordent à dire que cette sortie joua en faveur du grand argentier. De fait, Valéry Giscard d'Estaing fut élu, de peu, mais fut élu.
A quoi tient le destin d'un pays pour sept, ou cinq, ans...
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