Lundi 10 mars 2008
Simone Veil est une figure respectée et respectable de la vie publique française.
En règle générale, les médias se plaisent et se complaisent à affirmer que la popularité qui est la sienne et qui ne s'est jamais démentie durant des décennies, trouve sa source essentielle, pour ne pas écrire unique, dans la "courageuse lutte qu'elle a menée en faveur des femmes et qui a débouché sur la loi qui porte son nom, en légalisant l'IVG, l'interruption volontaire de grossesse". J'invente cette citation, mais beaucoup de journalistes la reprendraient sans doute facilement à leur compte telle quelle. Je ne pense pas trahir l'expression de leur pensée à ce sujet.
Pourtant je crois que l'action de l'ancien ministre de la Santé de Giscard d' Estaing n'est pas la raison profonde de son ascendant. On le proclame pour le besoin de la cause dont il faut convaincre les Français du bien-fondé, et on leur assène régulièrement, de peur qu'ils s'égarent, mais si cela était vrai, que ce soit son agir qui lui confère son statut d'icône, elle aurait connu meilleur sort chaque fois qu'elle s'est risquée à faire de la politique.
Non, ce qui fait Simone Veil, ce n'est ni son savoir-faire, ni son savoir-dire, c'est son savoir-être. C'est capital, et c'est toujours, in fine, ce qui donne un vrai charisme toujours et partout. Le paraître assure un temps, un prestige d'illusion. Nicolas Sarkozy en sait quelque chose aujourd'hui et son Premier Ministre également, fidèle serviteur d'une politique dont les Français doutent de plus en plus, mais un peu plus populaire qu'il y a quelques mois et surtout beaucoup plus que son chef, par ricochet, et en récompense de sa sobriété d'attitude.
Madame Simone Veil, qui a toutes les apparences d'une bourgeoise rangée, d'une bonne mama juive, rassurante, au chignon de qualité et aux tenues vestimentaires de goût, tient des propos modérés et avec une honnêteté intellectuelle qui force le respect. Ce fut une jeune femme estimable, elle est une vieille très digne.
Dans une interview au Point, du 25 octobre dernier, elle notait avec lucidité et modestie à propos de la présidence de la République : "Je ne me suis jamais sentie la capacité d'exercer un tel pouvoir... Je n'aime pas la politique d'estrade". Elle aurait échoué, en effet.
Européiste convaincue, elle sait bien que l'Europe supranationale dont elle rêvait est morte :" Ce qui paraissait imaginable à six ne l'est plus à vingt-sept. On pense 'mondialisation', on surfe sur Internet mais, en même temps, on ressent un besoin fort d'identité, de proximité... Aujourd'hui je ne crois plus que le cadre national puisse être dépassé".
Mais surtout, cette femme qui a souffert dans sa chair de la barbarie nationale-socialiste, qui a été arrêtée sur le sol français, dont le regard me semble porter la marque, dans ce qu'il a de dur, de triste, et comme de las, de beaucoup de cette indicible horreur de l'élimination de l'homme par l'homme, n'est pas égarée par quelques haines aveuglantes.
Elle peut dire certaines vérités historiques : "L'extermination des juifs a été bien plus massive dans les autres pays occupés, entre 80% et 90% aux Pays-bas ou en Suède. En France la déportation a concerné un quart de la population juive ; et, sur 75000 déportés, 25000 sont revenus des camps. Bien des Français ont protégé des juifs ou gardé le silence sur ceux qui les cachaient... Il faut aussi se rappeler qu'au moment de la rafle du Vel'd'Hiv 13000 personnes on été arrêtées sur 23000, ce qui veut dire que beaucoup ont été prévenues par les commissariats. C'est pourquoi je dis qu'il faut faire la part des choses et ne pas accabler les Français, comme l'a fait Marcel Ophuls dans son film 'Le chagrin et la pitié'". Et elle s'opposa à ce que ce film (intéressant au demeurant), soit diffusé à la télévision ! Jean-Marie Le Pen qui s'est permis il y a quelque temps de confier à Rivarol, des propos sur, à son avis, la moindre brutalité de l'occupation allemande en France, incroyable délit d'opinion ! a été frappé d'une condamnation pour cela au titre de l'"apologie de crimes contre l'humanité" !
Et c'est pourtant la même femme, qui dans le même entretien, persiste et signe. A la question du journaliste, "de tout ce que vous avez accompli, est-ce d'abord la loi sur l'IVG, en 1974, que vous retenez ?", elle répond :
- Probablement... j'ai porté ce combat et j'y ai apposé ma marque : le choix de faire de l'avortement un droit de la femme plutôt qu'une possibilité offerte dans certains cas très précis.
Bien que l'on ait peine à y croire, sans doute devons-nous penser qu'à l'époque Simone Veil considérait que jusqu'à un certain stade de son évolution, l'enfant à naître n'était qu'"un amas de cellules" (Cf ma précédente chronique du 29.02.08). Et maintenant le doute semble s'être installé dans l'esprit de cette femme scrupuleuse. En juin 2007, elle a concédé "qu'il est de plus en plus évident scientifiquement que, dès la conception, il s'agit d'un être vivant". C'est curieux, France Info ne nous a pas servi cette déclaration en boucle pendant toute une journée ave dramaturgie sonore, comme ils savent faire...
Entre parenthèses, il y a plus de trente ans, le professeur Lejeune, et quelques autres, n'auraient eu aucune difficulté à lui démontrer que, dès la conception, il y a construction d'un être humain. Mais elle était sans doute bien décidée à se boucher les oreilles. Car cet "être vivant", est-ce un hasard, Simone Veil n'a pas dit un "être humain", mais comment peut-il en être autrement ?, est bien le petit de l'homme.
Comment peut-on alors avoir beaucoup appris et tout oublié ? C'est donc un "droit de la femme" que de faire tuer, en elle, "un être vivant " ?
Je suis fasciné par cette stupéfiante confusion des valeurs : comment une rescapée des camps de la mort, qui se dit respectueuse de la vie, a pu et peut encore défendre son "combat" en faveur de l'assassinat des êtres les plus faibles qu'ils soient ?
Quelle douloureuse constatation qu'une juive ait prêté son concours à l'organisation programmée, remboursée par la Sécurité Sociale ! de ce nouveau massacre des Innocents.
Les Nationaux-Socialistes prônèrent, eux aussi, l'avortement, dans certaines conditions, au nom de la pureté de la race. Les démocrates le prônent, dans certaines conditions, au nom du bien-être social. Je ne vois pas l'ombre d'une différence de fond entre ces deux prétextes, destinés à justifier ces mises à mort.
Comment peut-on vivre, porteur de telles contradictions ?
Madame Simone Veil, vous êtes une énigme pour moi, et en disant cela, je ne quitte pas un seul instant le terrain que j'affectionne, celui de la raison...
En règle générale, les médias se plaisent et se complaisent à affirmer que la popularité qui est la sienne et qui ne s'est jamais démentie durant des décennies, trouve sa source essentielle, pour ne pas écrire unique, dans la "courageuse lutte qu'elle a menée en faveur des femmes et qui a débouché sur la loi qui porte son nom, en légalisant l'IVG, l'interruption volontaire de grossesse". J'invente cette citation, mais beaucoup de journalistes la reprendraient sans doute facilement à leur compte telle quelle. Je ne pense pas trahir l'expression de leur pensée à ce sujet.
Pourtant je crois que l'action de l'ancien ministre de la Santé de Giscard d' Estaing n'est pas la raison profonde de son ascendant. On le proclame pour le besoin de la cause dont il faut convaincre les Français du bien-fondé, et on leur assène régulièrement, de peur qu'ils s'égarent, mais si cela était vrai, que ce soit son agir qui lui confère son statut d'icône, elle aurait connu meilleur sort chaque fois qu'elle s'est risquée à faire de la politique.
Non, ce qui fait Simone Veil, ce n'est ni son savoir-faire, ni son savoir-dire, c'est son savoir-être. C'est capital, et c'est toujours, in fine, ce qui donne un vrai charisme toujours et partout. Le paraître assure un temps, un prestige d'illusion. Nicolas Sarkozy en sait quelque chose aujourd'hui et son Premier Ministre également, fidèle serviteur d'une politique dont les Français doutent de plus en plus, mais un peu plus populaire qu'il y a quelques mois et surtout beaucoup plus que son chef, par ricochet, et en récompense de sa sobriété d'attitude.
Madame Simone Veil, qui a toutes les apparences d'une bourgeoise rangée, d'une bonne mama juive, rassurante, au chignon de qualité et aux tenues vestimentaires de goût, tient des propos modérés et avec une honnêteté intellectuelle qui force le respect. Ce fut une jeune femme estimable, elle est une vieille très digne.
Dans une interview au Point, du 25 octobre dernier, elle notait avec lucidité et modestie à propos de la présidence de la République : "Je ne me suis jamais sentie la capacité d'exercer un tel pouvoir... Je n'aime pas la politique d'estrade". Elle aurait échoué, en effet.
Européiste convaincue, elle sait bien que l'Europe supranationale dont elle rêvait est morte :" Ce qui paraissait imaginable à six ne l'est plus à vingt-sept. On pense 'mondialisation', on surfe sur Internet mais, en même temps, on ressent un besoin fort d'identité, de proximité... Aujourd'hui je ne crois plus que le cadre national puisse être dépassé".
Mais surtout, cette femme qui a souffert dans sa chair de la barbarie nationale-socialiste, qui a été arrêtée sur le sol français, dont le regard me semble porter la marque, dans ce qu'il a de dur, de triste, et comme de las, de beaucoup de cette indicible horreur de l'élimination de l'homme par l'homme, n'est pas égarée par quelques haines aveuglantes.
Elle peut dire certaines vérités historiques : "L'extermination des juifs a été bien plus massive dans les autres pays occupés, entre 80% et 90% aux Pays-bas ou en Suède. En France la déportation a concerné un quart de la population juive ; et, sur 75000 déportés, 25000 sont revenus des camps. Bien des Français ont protégé des juifs ou gardé le silence sur ceux qui les cachaient... Il faut aussi se rappeler qu'au moment de la rafle du Vel'd'Hiv 13000 personnes on été arrêtées sur 23000, ce qui veut dire que beaucoup ont été prévenues par les commissariats. C'est pourquoi je dis qu'il faut faire la part des choses et ne pas accabler les Français, comme l'a fait Marcel Ophuls dans son film 'Le chagrin et la pitié'". Et elle s'opposa à ce que ce film (intéressant au demeurant), soit diffusé à la télévision ! Jean-Marie Le Pen qui s'est permis il y a quelque temps de confier à Rivarol, des propos sur, à son avis, la moindre brutalité de l'occupation allemande en France, incroyable délit d'opinion ! a été frappé d'une condamnation pour cela au titre de l'"apologie de crimes contre l'humanité" !
Et c'est pourtant la même femme, qui dans le même entretien, persiste et signe. A la question du journaliste, "de tout ce que vous avez accompli, est-ce d'abord la loi sur l'IVG, en 1974, que vous retenez ?", elle répond :
- Probablement... j'ai porté ce combat et j'y ai apposé ma marque : le choix de faire de l'avortement un droit de la femme plutôt qu'une possibilité offerte dans certains cas très précis.
Bien que l'on ait peine à y croire, sans doute devons-nous penser qu'à l'époque Simone Veil considérait que jusqu'à un certain stade de son évolution, l'enfant à naître n'était qu'"un amas de cellules" (Cf ma précédente chronique du 29.02.08). Et maintenant le doute semble s'être installé dans l'esprit de cette femme scrupuleuse. En juin 2007, elle a concédé "qu'il est de plus en plus évident scientifiquement que, dès la conception, il s'agit d'un être vivant". C'est curieux, France Info ne nous a pas servi cette déclaration en boucle pendant toute une journée ave dramaturgie sonore, comme ils savent faire...
Entre parenthèses, il y a plus de trente ans, le professeur Lejeune, et quelques autres, n'auraient eu aucune difficulté à lui démontrer que, dès la conception, il y a construction d'un être humain. Mais elle était sans doute bien décidée à se boucher les oreilles. Car cet "être vivant", est-ce un hasard, Simone Veil n'a pas dit un "être humain", mais comment peut-il en être autrement ?, est bien le petit de l'homme.
Comment peut-on alors avoir beaucoup appris et tout oublié ? C'est donc un "droit de la femme" que de faire tuer, en elle, "un être vivant " ?
Je suis fasciné par cette stupéfiante confusion des valeurs : comment une rescapée des camps de la mort, qui se dit respectueuse de la vie, a pu et peut encore défendre son "combat" en faveur de l'assassinat des êtres les plus faibles qu'ils soient ?
Quelle douloureuse constatation qu'une juive ait prêté son concours à l'organisation programmée, remboursée par la Sécurité Sociale ! de ce nouveau massacre des Innocents.
Les Nationaux-Socialistes prônèrent, eux aussi, l'avortement, dans certaines conditions, au nom de la pureté de la race. Les démocrates le prônent, dans certaines conditions, au nom du bien-être social. Je ne vois pas l'ombre d'une différence de fond entre ces deux prétextes, destinés à justifier ces mises à mort.
Comment peut-on vivre, porteur de telles contradictions ?
Madame Simone Veil, vous êtes une énigme pour moi, et en disant cela, je ne quitte pas un seul instant le terrain que j'affectionne, celui de la raison...
par François-Xavier Gaëtan Gelin
publié dans :
Autres chroniques
ajouter un commentaire commentaires (0) recommander
ajouter un commentaire commentaires (0) recommander
Commentaires