Lundi 10 novembre 2008

En d’autres temps, le candidat Sarkozy, bien inspiré ou simplement bon calculateur électoral, affirma que la présence des forces françaises « dans cette partie du monde » ne lui semblait pas « décisive ».

 

 Depuis, la position présidentielle a bien évolué : voilà que notre présence est devenue indispensable pour lutter « contre le terrorisme » (Sarkozy), pour « une part de la liberté du monde » (Kouchner), pour « notre propre sécurité » (Fillon).
En août dernier, Nicolas Sarkozy affirme encore dans un communiqué que sa « détermination est intacte. La France est résolue à poursuivre la lutte contre le terrorisme, pour la démocratie et la liberté. La cause est juste, c’est l’honneur de la France et de ses armées de la défendre ». Tous les ingrédients sont réunis, en quelques phrases pour nous vautrer longtemps dans l’erreur. Tout ce discours ne tient pas debout un seul instant.

 

 Dans un pays où toutes les grandes puissances, de tous temps, malgré leurs formidables moyens techniques et militaires, se sont cassé les dents, les Anglais, les Soviétiques, maintenant les Américains et nous avec eux, hélas !, où les Talibans, détestés lorsqu’ils étaient au pouvoir, ont réussi ce tour de force de reconstituer leur potentiel offensif et regagner le soutien d’une bonne partie de la population afghane, sérieusement éprouvée par cette guerre et les bavures régulières des armées d’occupation, dans ce pays compliqué, Mon Dieu !, que faisons-nous, embarqués dans une aventure simpliste, typiquement bushienne ?

 

 Le gouvernement officiel de ce pays, les troupes alliées, ne maîtrisent la situation que sur un territoire restreint.
Les populations de l’Afghanistan, composées de clans, de tribus, plus ou moins mafieux, qui s’entredéchirent régulièrement, fixées souvent dans des sanctuaires montagneux, incontrôlables, ne sont pas manipulables à souhait. Cette guerre est déjà perdue. Laissons-les vivre leur vie !

 

 Quelle sotte prétention, que j’ai eue maintes fois l’occasion de dénoncer ici, que de vouloir imposer « la démocratie » à ces peuples. Ce mot a-t-il seulement un sens, pour eux ?
Les délires mondialistes de Monsieur Kouchner sont vraiment risibles ! Que ne défend-il la « liberté du monde » à Cuba et à Pékin ? Qu’attendons-nous pour envahir ces pays et leur imposer la Démocratie Universelle, chère au cœur de Bernard ?
Quant aux luttes contre le terrorisme pour notre sécurité, elles sont assurément légitimes. Mais c’est se moquer du monde que de nous faire croire qu’en massacrant des Afghans (et parfois des innocents)  nous allons faire autre chose que renforcer les commandos de la vengeance.
Que l’on frappe, de manière ciblée, pourtant déjà avec un bonheur limité, les foyers d’entretien du terrorisme, comme le firent les Américains après le 11 septembre 2001, voilà qui se comprend, encore qu’il vaille sans doute mieux préparer discrètement, sans esbroufe, des opérations fortes et d’une grande précision.
Mais se faire, une nouvelle fois, les gendarmes du monde, c’est tout simplement irresponsable, aveugles que nous sommes devant les leçons du passé.
C’est d’autant plus surprenant de la part du monde occidental et de ceux qui s’y rattachent bien volontiers, que celui-ci, par ailleurs complexé, s’en va, se battant la coulpe, de repentance en repentance, pour des crimes plus ou moins imaginaires.
Le bon sens aurait voulu que nous ne nous laissions pas emporter dans cette occupation stupide de l’Afghanistan, sans plus d’avenir heureux probable que celle qui a ensanglanté, et qui continue à ensanglanter, l’Irak, guêpier où nous avons eu la lucidité de ne pas mettre les pieds.

 

 Le vrai scandale dans la mort de ces dix soldats français est là : ils sont morts, c’est cruel de l’écrire mais c’est la vérité, pour rien, au service d’un engagement purement idéologique, qui n’est pas le nôtre, dans un pays imprévisible, sans que les intérêts français soient de quelque manière engagés, qui nous coûtera plus de 285 millions d’euros en 2008, prix à payer en augmentation de 47% en un an.
Mais contre toute logique, nous pratiquons la fuite en avant en expédiant 700 hommes supplémentaires en Afghanistan.
Le président de notre République déclare : « Je vous dis en conscience que si c’était à refaire, je le referais. » Perseverare diabolicum…


Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Autres chroniques
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Vendredi 10 octobre 2008
La mort de dix jeunes Français en terre lointaine, et non française, a suscité des réactions qui méritent d'être examinées avec recul et bon sens, cette qualité de l'esprit décidément de moins en moins bien partagée.


Nous sommes témoins, muets mais bien évidemment compatissants, de la peine de familles éprouvées par ce fait divers de la guerre mais qui est le drame personnel de parents, d'épouses, d'enfants.
Cependant la douleur, plus que jamais, égare.
Il est loin le temps où Blanche de Castille disait à propos de son fils Louis IX, qu'elle le préférait mort plutôt que vivant en état de péché mortel.
Il est loin le temps où l'immense majorité des pères et mères français du début du XXe siècle, acceptaient que leurs enfants tombent pour la France face à l'agresseur allemand, plutôt qu'ils désertent pour survivre.
Nous avons même du mal, aujourd'hui, à comprendre leurs réactions. C'est que cette mère de roi, c'est que ces familles contrôlaient leurs émotions, qu'ils subordonnaient à une hiérarchie de priorités.
C'est qu'entre temps, nous avons assisté à l'effondrement de beaucoup de lois morales, collectives, qui fondaient la grandeur des actes personnels, sans rien enlever à la liberté avec laquelle ces derniers étaient accomplis.
Et nous avons constaté la montée de l'individualisme qui est une machine à détruire la capacité de chacun à accepter des valeurs structurantes.
Individualisme qui se marie très bien avec un sentimentalisme individuel et communautariste poussé au paroxysme par l'exploitation médiatique outrancière de faits anecdotiques, même s'ils sont tragiques.


Car, au risque de choquer, il faut le constater : c'est un détail de l'Histoire que quelques soldats meurent durant un conflit dans lequel ils sont engagés. Rajoutons à cela que le monde occidental, qui a peur de la mort, d'une manière générale, ne supporte pas que la guerre puisse encore faucher des jeunes gens. C'est l'impact sur les esprits de la popularisation de ce concept douteux de la "guerre propre", technologique, celle qui est réputée détruire les machines sans broyer les hommes. Illusion grotesque. Et odieuse car, la guerre n'est immaculée pour personne, elle est bien plus sale encore pour le camp d'en face. Des centaines de Talibans disparaissent, surtout des centaines de civils succombent victimes de "dégâts collatéraux", expression technique destinée à masquer l'horreur, mais tant que nos soldats ne sont pas atteints, ou un par un, en catimini en quelque sorte, la guerre est réputée "propre".
Que dix Européens laissent leur vie, au même moment, et voilà que l'on cherche des coupables dans son propre camp, que l'on s'insurge, et pour ajouter à la dramatisation on voit un président de la République qui en fait beaucoup, c'est-à-dire comme souvent avec celui-ci, qui en fait trop... C'est tout juste si l'on n'a pas entendu qu'il était anormal d'envoyer au casse-pipe des soldats dont c'est pourtant le risque choisi !
Comment peut-on s'étonner que meurent des hommes engagés (volontairement que l'on sache), dans un régiment d'élite, le 8e RPIMA , dédié aux combats ? Que dirait-on alors s'il s'agissait du "contingent" d'autrefois, réquisitionné comme en Algérie française ?!
Si l'on veut éviter ce genre de danger, il convient de se faire embaucher par la Poste, pas par l'Armée (encore que des postiers aient été braqués par des malfaiteurs, au total où est-on en sécurité, mon Dieu ?).
Comment peut-on se scandaliser que des hommes en péril, qui ont été formés et bien formés à ce niveau d'engagement, il paraît difficile d'en douter, aient vingt ans ?
Aurait-il fallu les visser aux casernes et attendre qu'ils courent moins vite, à 35 ans, lestés par un peu trop de bière et d'inactivité pour les placer en situation réelle de vie, pour un militaire, c'est-à-dire en risque de mort ?


Tout cela est signe de déliquescence.
Cela n'en rend que plus vain le discours officiel, car le scandale, le vrai, n'est pas là.
Il ne faut pas se tromper de colère. La vraie question qui se pose n'est pas de savoir s'il est normal qu'en temps de guerre ou de guérilla, un soldat meure même si l'on peut toujours discuter des conditions dans lesquelles se produisent les pertes en hommes, et Dieu sait si, à une toute autre échelle ! , des fautes de commandement ont pu être commises pendant les grandes guerres mondiales, qui ont fauché des milliers de vies humaines, la vraie question est de savoir pourquoi, pour qui, ce soldat est sacrifié.

(à suivre)
Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Autres chroniques
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Mercredi 20 août 2008
Le Journal des maires, dans son édition de juillet-août 2008, propose à ses lecteurs, pour l'essentiel édiles municipaux, on veut bien le croire, un "modèle de discours pour la Fête nationale du 14 juillet".
Initiative cocasse à l'usage des premiers magistrats de communes en panne d'imagination.
Comment faut-il interpréter cette proposition ? Zèle éditorial ? Prise de conscience d'un terrible affaiblissement de la logorrhée républicaine ? Simple bourde, fruit de la distraction, vexante pour le public visé ?
Toujours est-il qu'un certain Bruno Cohen-Bacrie, de son état professionnel directeur de la communication de la ville d'Echirolles, se dévoue. Et voici ce qu'il écrit :


En introduction, il manque franchement d'inspiration (et il prend vraiment les élus pour des déficients), en leur rappelant lourdement de commencer par ces phrases usées jusqu'à la dernière lettre : "Je tiens tout d'abord à vous remercier très sincèrement de votre présence [remarquez c'est mieux que le célèbre : 'd'être venus si nombreux', souvent prononcé en face de quatre pelés et de deux tondus] devant ce monument aux morts, devant (il ne soigne pas le style, Bruno) lequel, plusieurs fois par an, avec la même solennité et la même ferveur, nous nous rassemblons pour ce devoir de mémoire".


Si l'on en croit M. Cohen-Bacrie, "dans chaque ville, dans chaque village, nous marquons notre attachement aux valeurs fortes que symbolise cette date [le 14 juillet], valeurs qui sont celles de notre République : la liberté, l'égalité et la fraternité, devise que nous trouvons aux frontons de nos mairies" (M. Cohen-Bacrie est un fin observateur de bâtiments publics). Le 14 juillet, symbole des valeurs républicaines ? Et il insiste : " Dois-je rappeler que le premier 14 juillet, c'est bien sûr celui de 1789..." Première erreur : si la Fête nationale a été fixée au 14 juillet, c'est, officiellement, en souvenir de celui de 1790, celui de la Fête de la Fédération, quand le roi, encore applaudi et reconnu, était en quelque sorte "annexé" par le mouvement révolutionnaire. Mais il est vrai, que ce 14 juillet-là n'est pas choisi innocemment, il entretient avec le précédent un rapport étroit et si le roi est encore respecté, ses jours de règne, et de vie, sont déjà comptés par certains.
Mais ne chipotons pas, oui M. Cohen, la République nous propose bien de glorifier le 14 juillet 1789.


Et comment ce cher homme décrit-il ce jour béni ? Selon la meilleure tradition républicaine, bien sûr : " les émeutiers, venus chercher à la Bastille des armes pour riposter aux troupes du roi, s'emparent alors de la prison, symbole du pouvoir absolutiste. Cet événement eut dans notre pays et dans toute l'Europe un retentissement considérable. Il s'agit d'un acte fondateur de la démocratie en France qui inspira de nombreux mouvements politiques en Europe et dans le monde au XIXe siècle et jusqu'au XXe siècle". C'est lui faire beaucoup d'honneur.



Depuis le 12 juillet, une série d'émeutes fait suite à l'annonce du renvoi de Necker. Des armureries sont pillées. Cette violence est peu, ou pas, réprimée par le pouvoir royal, de plus en plus impuissant. Partout les émeutiers réclament des armes, et au matin du 14 juillet, ils pénètrent dans les Invalides et s'emparent des trente à quarante mille fusils qui se trouvaient là, des canons et d'un mortier.
Désolé M. Cohen-Bacrie, mais votre pauvre justification, parée des attributs de l'autodéfense (!), ne tient pas la route un seul instant.


La Bastille n'a pas été prise. Elle s'est rendue. Son gouverneur, le marquis de Launay, accepta dans l'après-midi la reddition de la prison en échange de la promesse qu'il ne sera fait aucun mal à la garnison.
En fait, Launay, battu, est massacré au sabre. Sa tête coupée est promenée au bout d'une pique bientôt accompagnée de celle du prévôt des marchands. Détail appétissant, on boit le sang des victimes.
Dans ce "symbole du pouvoir absolutiste", il y avait sept détenus : quatre faussaires, deux fous et le comte de Solages. Funk-Brentano, qui a fouillé les archives de la Bastille, constate "qu'il n'y avait pas un lieu de détention en Europe, où les prisonniers fussent entourés d'autant d'égard et de confort ; il n'y en a pas aujourd'hui".


Une émeute sanguinaire, "acte fondateur de la démocratie" ? Voilà qui est inquiétant, M. Cohen-Bacrie. Lequel cite Henri Martin, rapporteur au Sénat de la loi de 1880, qui fait du 14 juillet la journée de la Fête nationale annuelle : "Ce jour-là la Révolution a donné à la France conscience d'elle-même". Au vu des faits, on croit rêver en lisant cela.


Et puis, pêle-mêle, notre nègre mélange déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (ceux de M. de Launay, et de quelques autres, semblent avoir été singulièrement malmenés), démocratie, et sacrifices rappelés devant le monument aux morts, qui relèvent pourtant d'un patriotisme dont on voit mal en quoi le 14 juillet est la matrice originelle.
M. Cohen-Bacrie affirme avec inquiétude que tous les idéaux républicains sont "à diffuser encore et toujours", idéaux "que la Révolution pensait avoir consacrés mais qui ne protégèrent pas notre pays de nouveaux et sanglants épisodes comme la Terreur ou la Commune". Parce que le 14 juillet 1789, ce n'est pas le début de la Terreur et la répétition de la Commune ?


Ce discours suranné, ronronnant, fondé sur des mythes, sur une Histoire réinventée, trafiquée, fait apparaître en pleine lumière que la célébration du 14 juillet est moins celle d'une journée française, que de l'idéologie installée.
On n'échappe pas au retour, un jour ou l'autre, du réel. Mais pendant combien de temps encore abusera-t-on de la crédulité des Français, à Echirolles et ailleurs ?
 Pour plus de développements sur ces sujets, je renvoie mes récents lecteurs aux chroniques que j'ai déjà réservées à la démocratie et aux "liberté, égalité, fraternité".
Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Chroniques "frivoles" (ou presque)
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Mardi 5 août 2008
Ah! Cette chère Ingrid !
Je vais me laisser aller à la facilité, mais vraiment, si Mademoiselle ou Madame Betancourt, on ne sait plus, n'existait pas, il faudrait l'inventer.
C'est qu'elle a servi et bien servi, aux Farc, à Hugo Chavez, à Nicolas Sarkozy, à Bertrand Delanoë, et à beaucoup de belles âmes qui ont trouvé en elle une source intarissable d'épanchements. C'est à se demander si sa libération n'est pas arrivée un peu trop tôt.


Travailler à obtenir celle-ci, était un puits inépuisable de discours, d'agitations, de trémolos dans la voix, et de démarches plus ou moins risquées qui n'ont pas peu contribué à la maintenir en détention plus longuement encore.
Et "Ingrid" par ci et "Ingrid" par là...Son portrait affiché sur les façades de centaines de mairies, dont elle est "citoyenne d'honneur", c'est tout simplement une héroïne.
C'est qu'elle avait la cote, Ingrid. Grande bourgeoise, et femme libérée, le portefeuille financier à droite, le portefeuille de relations et le coeur suffisamment à gauche, ce sont là d'indispensables attributs, en cas de malheur, pour mobiliser l'intelligentsia et déclencher l'universelle compassion au nom des droits de l'homme qui ne manquent pas de recouvrir ceux de la femme.
Ingrid est née en Colombie en 1961 mais est arrivée en France en 1969 parce que son papa était devenu directeur adjoint de l'Unesco. Maman est une ancienne reine de beauté. Tout ce petit monde cosmopolite vit avenue Foch, une bonne adresse près de l'Etoile où Ingrid, formée à Washington, Paris, Bogota et Londres, forge son ambition, se prenant pour une sorte de Jeanne d'Arc laïque, de devenir présidente de la République de son pays.
Plus tard, quittant mari français et enfants, elle s'installe à Bogota.
La mégalomanie la guette. Elle n'hésite pas  à écrire dans un ouvrage autobiographique  : "Je découvre surtout l'espoir que ma seule présence soulève dans le peuple".
Un an après cette célébration d'elle-même, elle se présente aux élections présidentielles, créditée, peu avant son enlèvement, de... 2% des intentions de vote.
Elle distribue dans les rues du Viagra pour, dit-elle avec un goût très sûr, "redresser le pays". Elle se trompe de combat : ce n'est pas contre la corruption et les narco-trafiquants que les Colombiens veulent qu'on lutte, mais contre les guérilleros des Farc, qui ne sont d'ailleurs pas des révolutionnaires purs des chancres rappelés ci-dessus, et avec lesquels, elle seule, veut négocier.


Ingrid Betancourt n'aurait pas été Ingrid Betancourt, mais une obscure Célestine Dupont (ou Dupond avec un "d", si vous préférez), enlevée par erreur dans une rue de Bogota, native de Jarnac et en mission d'évangélisation, armée d'un crucifix, et, circonstance aggravante, sensible au chant grégorien, je vous fiche mon billet qu'elle aurait croupi jusqu'à la mort dans la jungle hostile, ne bénéficiant que de rituels regrets officiels.
Après tout Ingrid est allée se jeter elle-même dans la gueule du loup, contre toute prudence,  dans un pays qu'elle connaissait bien et pour cause, s'étant qualifiée justement de "gros poisson" pour les Farc.
Des Français, et bien d'autres, en difficulté ici ou là, dans des mains hostiles, et au nombre de 2500 rien qu'en Colombie, méritaient tout autant cet excès d'honneur.
Mais pour Ingrid, il fallait se mettre en quatre. Parce qu'elle était française ? A dire vrai son itinéraire n'est pas clair de ce point de vue là.


Il est évident aussi que dans cette affaire, nous allons de surprise en surprise, à commencer par les circonstances de sa libération.
Nous avions été priés de verser de grosses larmes en contemplant le visage défait de Mademoiselle Betancourt, placée dans l'antichambre de la mort, il y a des mois déjà, et nous avons vu surgir une otage aux bonnes joues et à la mine rayonnante, qui semblait plus revenir d'un périple touristique un peu agité que d'un enfer politique exténuant.
Et puis dès ses premières paroles, elle nous en a compté de drôles : elle a principalement et tout d'abord remercié "Dieu et la Sainte Vierge" pour sa libération qualifiée de "miracle", dit-elle, que "Dieu nous a fait parce que j'ai beaucoup prié" (et le petit Nicolas, alors, il s'est pas décarcassé peut-être ?!). Elle s'est permise de récidiver à plusieurs reprises, émettant le souhait de se rendre rapidement à Lourdes et au Vatican pour rencontrer Benoît XVI, et le remercier peut-être d'avoir prié, pendant qu'on y est ? Sur des images diffusées en novembre 2007, l'AFP décrit Ingrid comme étant "enchaînée". Il se révèle maintenant que c'est un chapelet qui entourait sa main. Tout cela est-il bien digne d'une ancienne distributrice de préservatifs ?
Les médias ne s'y sont pas trompés, qui se sont efforcés de minimiser la réalité ou d'omettre de citer ses propos, dangereux pour la paix laïcarde si chère aux penseurs dominants.


Et puis, au second rang dans la hiérarchie des heureuses interventions, juste après Dieu, elle a placé le président et l'armée colombiens. Nouvelle provocation. Quoi, cet infâme Uribe, mériterait quelques éloges ?
Agaçante leçon : ce responsable, lui, vraiment responsable, qui mène une guerre légitime et résolue contre des voyous qui tiennent sous leur coupe mafieuse une partie du territoire national, a inscrit son action dans le temps et programmé de longue date l'extraordinaire opération militaire qui a conduit à la libération d'Ingrid Betancourt et que celle-ci a qualifié "d'absolument impeccable".
Evidemment il a été plutôt gêné qu'aidé par les gesticulations des Hugo Chavez et autre Nicolas Sarkozy. Il a dû donner le change et adopter des postures de nature à protéger le coup qui se préparait.


 Définir les priorités de l'Etat en fonction des vrais défis posés à la Nation, inscrire son action dans la durée, tenir une position cohérente, faite de fermeté et d'habileté, agir dans la discrétion plutôt que de parler pour ne rien dire et frapper fort le bon moment venu, c'est tout ce que l'on doit attendre d'un vrai chef d'Etat.
Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Chroniques "frivoles" (ou presque)
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Dimanche 20 juillet 2008

Jubilatoire, car voici un petit pays qui venge, en quelque sorte, les deux-tiers, si ce n’est les trois-quarts des peuples de contrées plus vastes, privés d’expression, mais non dépourvus d’opinions négatives sur le sujet.

 C’est là une manière de justice immanente dont tout vrai démocrate bien né devrait se réjouir.

 Jubilatoire, car les eurocrates s’en vont répétant depuis de nombreuses années qu’il y a un « fossé croissant » entre l’Europe (la leur), en particulier parce qu’elle ne serait pas assez « démocratique », et les peuples qui la composent, et ne supportent pas que l’un de ces derniers le rappelle avec un bulletin de vote.

 Mais du simple point de vue de la cohérence, que pourrait être une Europe plus « démocratique » sinon une Europe qui aurait le souci d’accepter la volonté des populations qui la constituent, d’abord et surtout en matière d’organisation, de périmètre, de pouvoirs ?

 Jubilatoire enfin, car en dépit de la formidable machine de propagande déployée à l’échelle d’un continent et relayée partout par la « grande presse » et les media audiovisuels, quelques centaines de milliers d’Irlandais, ne s’en laissant pas compter, mettent à terre le nouveau mécano des « chefs » et « le feu au lac ».

 

Ahurissant, car sitôt connu le résultat du référendum outre Manche, il déchaîne, les masques tombant, des réactions épidermiques très significatives du profond mépris qu’inspire à certains ce vote politiquement incorrect. Dans un premier temps, comme un seul homme, les eurocrates décident que les Irlandais devront voter à nouveau, jusqu’à ce qu’ils fournissent le résultat attendu. On remarquera qu’en matière de « construction européenne », un « oui » donné est définitif. Un « non » est provisoire. Selon quelle logique ? Aujourd’hui, selon toute vraisemblance, une majorité de Français voterait « non » au traité de Maastricht. Qui leur proposera de rejouer la partie ? Il est bien connu que «  l’on ne revient pas en arrière », on ne peut que fuir en avant.

 Plus tard, quelle magnifique lucidité politique !, les mêmes s’avisent qu’il serait dangereux de vexer ces Irlandais de malheur et de mettre leur gouvernement, partisan du « oui », dans une trop inconfortable posture. On donnera donc du temps au temps, en travaillant au « coup tordu » qui permettra d’abuser ce peuple récalcitrant.

 Des esprits délicats font remarquer ce qu’il y a d’odieux à ce que le sort de milliers d’Européens dépende d’une poignée d’entre eux. C’est qu’ils ont déjà la tête dans une Europe mythique, une Europe rêvée, avec un seul Etat, un seul peuple, et, je suppose, un seul chef ?

 D’autres, plus délicats encore, font valoir que les Irlandais ont bien profité du « Jackpot européen » et qu’ils sont donc bien ingrats. Ah, que ne savaient-ils, ces cerveaux bien légers, que l’argent ne fait pas l’amour ?

Plus tard encore, Nicolas Sarkozy a l’un de ses éclairs d’intelligence de la situation, auxquels il s’efforce généralement de ne donner aucune postérité féconde : « Doit-on continuer à faire semblant de ne pas voir qu’à chaque consultation des peuples par voie référendaire, il y a plus de gens qui disent non que de gens qui ont la force (sic) de dire oui ? On ne peut pas changer les peuples. Nous devons changer notre façon de parler, d’incarner et de gérer l’Union européenne » (le 5 juillet, devant le conseil national de l’UMP).

 Et dans un autre mouvement de clairvoyance, il avait, sur France 3, quelques jours auparavant, affirmé : « Ca ne va pas, l’Europe inquiète. Les citoyens se demandent si l’échelon national n’est pas le mieux à même de régler leurs problèmes. » Bien. Et tout cela pour en tirer quelle conclusion concrète et de « rupture » ? Aucune, bien sûr.

 

Le vote irlandais est un « incident » de l’histoire européenne, ils n’ont pas dit un « détail », le mot est devenu suspect, mais ils le pensent fortement. Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale, formule le vœu que « lorsque tous les autres pays de l’Union auront ratifié le traité, les Irlandais pourront constater [par quel miracle ? ?] qu’il n’est pas question de supprimer telle ou telle liberté à laquelle ils sont attachés ». Et l’admonestation suit, à peine voilée : « Nous devons leur rappeler ce que l’Europe leur a apporté. » Non mais ! (20 minutes, le 19 juin 2008)

 

On peut retourner le problème dans tous les sens : il y a bien eu, avec ce pseudo mini-traité, cette vraie constitution européenne remaquillée, un véritable « coup de force », comme le souligne Paul Fabra dans les Echos. Et le même de noter : « L’exercice de la démocratie repose tout entier sur cette hypothèse : toute élection revenant à poser une question politique (comment conduire les affaires de la cité ?), il est supposé que l’électeur lui donnera une réponse politique. Feindre de confondre son jugement avec ses états d’âme est un déni de politique. » Et, de fait, le coup de force a été déjoué. Les motivations des « nonistes » sont-elles multiples ? Peu importe ! C’est un vote éminemment « politique » qu’ont émis les Irlandais. Et c’est bien ce qui le rend insupportable.

 

Charles Maurras l’avait bien compris : les peuples vivent mal d’être consultés pour départager des  partis, arbitrer le combat d’ambitions, faire le tri dans des offres idéologiques. Il s’y perdent. En revanche, ils savent d’un instinct très sûr ce qui menace leurs libertés, leurs modes de vie, leurs croyances, leurs traditions, tout ce qui fait la trame de leur réel. Les Irlandais ont pressenti cela, ils ont voté en conséquence. Qui le comprendra à l’Elysée et ailleurs en Europe ?

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Autres chroniques
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Samedi 5 juillet 2008
Qu'il soit clair, dans ce qui suit, que je ne me préoccupe pas de porter un jugement sur le vote des électeurs irlandais, consultés le 12 juin dernier par référendum sur le nouveau traité européen.


Non, ce qui m'intéresse ici, c'est, comme toujours, d'examiner les faits à la lumière du bon sens, de la raison, de la logique, de la cohérence.
Le fait que personne ne peut contester, c'est que les Irlandais ont rejeté, clairement, à près de 54% des suffrages, le projet qui leur était soumis.
Comme souvent, des sondages, curieusement, donnèrent longtemps le "oui" vainqueur, avant de laisser entendre que le match serait "serré". Manipulation, hésitation du corps électoral, ou Européens du Nord facétieux, cachant leur jeu ? Quoi qu'il en soit, le résultat est là.


Et ce qui est proprement stupéfiant, c'est la nature des réactions que celui-ci a suscitées.
J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer l'étrange méfiance que provoque, chez les démocrates, l'exercice de la démocratie par le peuple (cf. "LA DEMOCRATIE OU COMMENT S'EN DEBARRASSER").
Qu'on se le dise : les Irlandais ont mal voté. Ils ont voté "non". Ils n'avaient le droit de s'exprimer qu'à la condition expresse de voter "oui". C'est sans doute une manifestation de ce que d'autres appellent, à juste titre, la "démocratie totalitaire".


Les partisans de l'Europe fédérale, une poignée d'hommes politiques et de fonctionnaires qui mènent le monde européen, dans le cadre d'une fuite en avant dont la justification tient toute rassemblée dans une espèce de slogan, vide de sens : "Il faut faire avancer la construction européenne", sans que l'on sache très bien ni en quoi consiste le fait "d'avancer", ni ce qu'il s'agit de "construire", ces tireurs de ficelles donc, ont compris qu'il est indispensable, pour "avancer", de ne pas demander leur avis aux peuples, par trop pusillanimes.
S'ils affichaient, doctrinalement, leur opposition à l'idéologie démocratique, s'ils défendaient que les plus hautes et importantes décisions politiques doivent être prises par une élite, une aristocratie, le petit groupe de ceux "qui savent", au mépris du peuple qui ne sait pas, ma foi, sur le plan de la logique, je ne trouverais rien à redire.
Mais il semble que ce qui fonde notre Europe, enfin, du moins, leur Europe, ce n'est ni une civilisation, ni une religion, ni un type d'hommes, ce sont la Démocratie et les Droits de l'Homme. Etonnant non ? Soit dit en passant, l'ensemble assez flou de pays que ce dénominateur commun permet de constituer devrait pouvoir s'enrichir de la candidature des Etats-Unis et du Canada.


Les Euro-fédéralistes ont donc encouragé la ratification par les parlements, de ce que Nicolas Sarkozy, grand géniteur du dit, appelle, sans rire, le mini-traité (300 pages tout de même, mais noircies, paraît-il, avec de petits caractères pour s'assurer que le pavé imprimé soit moins long que le texte de la défunte - mais brillamment ressuscitée -, Constitution européenne).
Las ! La Constitution, irlandaise cette fois, rédigée sans aucun doute par des démocrates non éclairés, prévoit la consultation du peuple pour l'adoption des accords internationaux. Et patatras ! Voilà le grain de sable qui s'est introduit dans la belle mécanique. En observer les effets est à la fois jubilatoire et ahurissant.


(à suivre)
Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Autres chroniques
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Vendredi 20 juin 2008
Voilà un droit singulier que s'accordent des nations occidentales qui par ailleurs pratiquent volontiers l'auto-flagellation sous l'empire d'une nouvelle drogue intellectuelle qu'on appelle repentance.
Ce droit "de" qui est en fait un droit "à" selon l'excellente distinction opérée par des têtes bien faites, est un droit exorbitant qui défie l'entendement.


Le Figaro du 5 juin titre "Merkel attend Medvedev sur les droits de l'homme". De quel piédestal Angela peut-elle demander des comptes à Dmitri ?
On agace les Chinois, à qui mieux mieux, avec cette affaire tibétaine. Pour quel résultat ? Croit-on un seul instant que le peuple tibétain, victime d'une immigration de l'intérieur, va être préservé de l'impérialisme chinois grâce aux gesticulations occidentales ?
Nicolas Sarkozy est contraint d'envoyer des émissaires et des excuses et cela ne suffit pas à calmer la colère asiatique ; la Chine décide de boycotter la France en tant que destination touristique !
A chaque voyage dans un pays quelque peu dictatorial, - ils sont légion ! -, nos excellences démocrates font leur numéro imposé.


Dans ce monde sans plus grande morale, ni ambition, ni idéal, ce droit d'ingérence relève du moralisme le plus puant, de la prétention la plus bouffie, de l'irréalisme le plus dangereux.
On se croit autorisé à faire la leçon aux gouvernements de pays étrangers, comme si l'on en était les tuteurs, à imposer les conditions jugées nécessaires pour qu'ils soient considérés comme fréquentables, à dicter la bonne conduite qu'ils sont tenus d'adopter. C'est proprement odieux.
Mon Dieu ! Mais qui vous a fait roi en sagesse ? D'où vient cette incroyable fatuité, toute européenne d'ailleurs ?
Elle sort tout droit du flanc de cette belle illusion religieuse qu'est la Démocratie Droitdelhommesque. Elle a ses prêtres comme la vraie religion, et c'est pour cela qu'elle s'octroie le droit de dire ce qui est Bien et ce qui est Mal.
Que l'on impose cette idéologie à son peuple, ou que celui-ci y consente volontiers, est une chose, que je regarde comme un fait parmi d'autres. Mais que l'on s'autorise à exiger de l'étranger qu'il se comporte, chez lui, selon les règles fixées chez soi, voilà qui ne se justifie pas en raison, pire, voilà qui est dangereux.


On en saurait se reconnaître un droit à ingérence qui consiste à se mêler de ce qui ne nous regarde pas. En revanche, ce qui nous regarde, en toute logique, c'est ce qui, chez les autres, a à voir avec notre propre intérêt, notre propre sécurité ou celle de nos compatriotes.
Il est normal que la légion saute sur Kolwezi, au secours de Français menacés. Pour Ingrid Betancourt, un peu plus de discrétion serait de bonne politique et sûrement plus efficace.
On a le droit de demander des comptes à qui piétine nos plates-bandes. Quel qu'il soit. En adaptant notre riposte à notre capacité d'intervention. C'est le bon droit "de", faire ingérence. C'est le bon sens, le sens de l'intérêt national objectivement apprécié.


Mais le droit qu'a théorisé Monsieur Bernard Kouchner est un droit coupé des réalités, c'est un droit perdu dans les nuées.
C'est une posture grotesque : toutes ces interventions, dans ce qu'elles ont de médiatisées, j'entends, ne servent à rien dès l'instant où l'on manque de prise sur ceux que l'on veut contraindre à des changements d'attitudes.
C'est une posture illégitime : se mêmer de dicter sa conduite à un Etat souverain ne peut trouver aucune justification de la part d'un autre Etat souverain qui n'apprécierait pas que l'on empiétât sur ses prérogatives.
C'est une posture illogique : on aboie beaucoup, on ne mord presque jamais. Si l'on juge qu'il n'est pas acceptable que dans un pays donné, les fameux droits de l'homme ne soient pas respectés, puisque c'est apparemment un impératif catégorique de la conscience universelle, il n'y a qu'un devoir : abattre le gouvernement qui le dirige. On ne manque pas de cibles. On se garde bien d'attaquer, le plus souvent quand même, et Dieu merci !
C'est une posture dangereuse : elle ne peut conduire qu'à la guerre, au désordre. L'Irak en est l'exemple le plus emblématique.


Le droit d'ingérence est une nouvelle illustration de la confusion des esprits, de la prééminence de la pensée idéologique sur la pensée pragmatique.
Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Autres chroniques
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Mardi 10 juin 2008
Nicolas le "libéral", "l'Américain", se précipita néanmoins à Gandrange pour "sauver" le personnel d'une usine d'Arcelor-Mittal. Nicolas le "soviétique", y tint un discours "syndical" qui laissa pantois, mais méfiants, à juste titre, les salariés et leurs représentants patentés. Pour quel résultat ? Bien maigre évidemment. Imagine-t-on un seul instant John McCain et même Barack Obama, au pouvoir, faire la même chose pour un petit site industriel au fin fond de l'Alabama ?
En revanche, quand il y eut grand danger national, après le 11 septembre 2001, l'administration républicaine n'hésita pas un instant, elle avait raison, à se montrer interventionniste et à venir massivement en aide au secteur du transport aérien.
On ne décide pas, en temps normal, à la place des chefs d'entreprises ; c'est le meilleur moyen d'entretenir des illusions et de faire des bêtises, ou alors il faut aller jusqu'au bout de cette logique et nationaliser l'activité productive.
Le discours de Nicolas sur le pouvoir d'achat vire à la prose surréaliste, quand on entend un gouvernement décider de la répartition des bénéfices, et des aides conditionnées à la politique sociale des sociétés marchandes. Nicolas s'engage à restituer de la TVA aux Français modestes. Pari audacieux, tout juste bon à aggraver les déficits.
Mais, surtout, dans ces domaines, Nicolas, aujourd'hui, a autant de pouvoir que le gouverneur d'un Etat américain. Il le sait, mais il est capital, pour la survie politique du système, totalement inféodé à Bruxelles, de faire croire le contraire.
Monsieur Joaquin Almunia, commissaire européen aux Affaires économiques, peut se faire un plaisir d'humilier la France et de lui adresser un blâme pour le niveau excessif de son déficit et de sa dépense. A 52,5% du PIB en 2007, celle-ci est la plus élevée de la zone euro... Il nous fait la leçon, le commissaire, titre bien trouvé pour traquer le coupable, et distribue aussi les bons points, comme à l'école. Il invite Paris à "poursuivre avec détermination le processus de réforme structurelle à l'oeuvre". Merci Monsieur. Sur le fond, il n'a pas tort. Mais avec lui, peut-on croire vraiment à la promesse gouvernementale d'un déficit budgétaire ramené à zéro en 2012 ? François Fillon aimerait sans doute y atteindre, mais quel pouvoir réel détient-il pour y parvenir, ce cher homme ?


La vraie logique de rupture, encore à portée de décision et d'action, eût été d'annoncer que l'on allait d'abord et avant tout, rompre avec trente ans de mauvaises habitudes, et revenir à l'équilibre des finances publiques. Sans qu'il soit nécessaire qu'un pouvoir de commissaires supranationaux vienne nous tirer les oreilles.
Quelle entité économique peut durablement dépenser plus qu'elle ne gagne ?
C'est ce que fait l'Etat français, sans vergogne, et tous les citoyens de ce pays héritent de la dette colossale ainsi accumulée.
Et donc, il fallait, non pas faire des "paquets-cadeaux fiscaux", mais annoncer des sacrifices, que des sacrifices.
Mais peut-on être élu sur la base de la Vérité ? Même élu, Nicolas ne propose, à travers une nouvelle batterie de mesures à la Prévert, de n'économiser que 5 milliards d'euros, ce qui n'est pas à l'échelle du problème posé.


Au demeurant, je reste toujours surpris des réactions (vraiment naïves ?) de tant de commentateurs brillants et diplômés, comme l'est assurément Nicolas (Baverez, cité dans mes précédentes chroniques), qui semblent toujours et encore, eux aussi, découvrir que le système démocratique est, à quelques exceptions près et comme par accident quand il se dérobe à lui-même, celui du faux-semblant, de l'attrape-nigaud, de l'impuissance.
Nous faire croire que le candidat Nicolas a été parfaitement clair avec les Français et que c'est sur le fondement d'un vrai "contrat de rupture" qu'il a été élu, c'est se moquer du monde !
De Gaulle avait pourtant pris la sage précaution de prévoir la possibilité pour le chef de l'Etat d'agir en dictateur pour faire passer les réformes non négociables, au plus tôt.
Mais croit-on un seul instant que l'on peut être élu en promettant "du sang et des larmes" ?
Alors quitte à berner tout le monde, comme sut si bien le faire le Général, revenu d'ailleurs au pouvoir qu'à la faveur d'une crise de régime majeure et dans le cadre d'une sorte de coup d'Etat légal, autant faire le Machiavel, pour éviter d'avoir à faire le Jacques, c'est-à-dire à ne rien faire.


 Nicolas a gaspillé, par son activisme débridé, le capital d'adhésions populaires que son volontarisme avait engendré.
Il fallait décider de quelques mesures phares, radicales, de nature à assurer cette rupture nécessaire, et agir en application de l'article 16 de la Constitution qui accorde les pleins pouvoirs au président de la République. Notons, en passant, que dans le cadre du grand tripotage en cours de cette dernière, à coups de compromis et de compromissions, l'on est en train d'affaiblir,encore plus, l'exécutif, et de restreindre l'usage de cet article.
On aurait mis tout le monde, peuple et parlementaires devant le fait accompli, en six mois. Monsieur Bernard Thibaut et quelques autres, un million de personnes, deux, si vous voulez, seraient descendus dans la rue, et alors ? La belle affaire ! Combien y-a-t-il de Français dans ce pays ? Et à quoi sert la légitimité démocratique conférée par une élection si l'on ne s'en sert pas ? Le peuple français est ingouvernable ? Il est donc inutile de lui donner l'occasion, par tergiversations, promesses inconsidérées et chantiers tous commencés et peu achevés, de se mettre à siffler le Prince.
Les Français ne sont pas ingouvernables, sauf par des faibles et des vendeurs d'illusions. Ils adorent les chefs, ils en redemandent régulièrement depuis 1793.
Mais n'est pas Madame Thatcher qui veut. D'ailleurs Nicolas ne voulait pas de la comparaison. Il semblait beaucoup tenir à brouiller les pistes, son talent ayant été de faire croire qu'il en suivait pourtant une.
Simple calcul électoral, ou conviction profonde ?
Peu importe, à jouer au plus fin, un an plus tard le résultat est là : le discrédit. Et pour remonter la pente, cela va être dur, très dur, pour avoir susciter trop d'espoirs. Il faut, au moins, que le reste du monde lui donne un coup de main, au Nicolas.
En attendant, il l'a dit, les "caisses sont vides", et promettre toujours plus paraît difficile, et c'est pourtant ce qu'il fait, sans convaincre : 67% des Français désapprouvent la politique économique du gouvernement (sondage BVA-Les Echos-France Inter des 23 et 24 mai), désaveu qui est en progression.
Jean-Claude Mailly, le patron de FO, que Nicolas voulait absolument tutoyer, comme les autres chefs syndicalistes, c'est une manie chez lui, a beau jeu, et quelques arguments, pour déclarer aux Echos du 3 juin : "Le gouvernement ne débat aucunement des questions de fond, il est uniquement dans l'agitation permanente".


Chassez le naturel, il revient au galop, et chez cet homme pressé, au triple galop.
L'"hyperprésidentialisme", comme disent les journalistes, s'épanouit à nouveau pleinement, passée la douche froide des dernières élections.
Faut-il encore apporter la preuve que le Premier ministre est d'une utilité secondaire ? Nicolas réunit maintenant, seul, chaque semaine, à l'Elysée, quelques ministres triés sur le volet de la complicité, pour un "shadow conseil". Un car percute-t-il un train ? Nicolas fait un saut pour se recueillir dans la chapelle ardente. Yves Saint Laurent meurt ? On est prié de l'enterrer jeudi plutôt que vendredi afin que Nicolas puisse assister aux obsèques. Une commission qui planche depuis des semaines sur l'audiovisuel, commission qu'il a suscitée, qui n'a pas encore rendu ses conclusions,  préconise-t-elle d'augmenter la redevance télévisuelle, seule issue sérieuse, mais sans doute pas très populaire, pour le financement des chaînes publiques ? C'est "non", annonce Nicolas au micro de RTL. Les Libanais essayent-ils, une ènième fois de s'entendre ? Nicolas organise un voyage-show éclair avec pléthore de figurants (il a le don des voyages éclair sur l'efficacité desquels on est en droit de s'interroger, cette impatience à repartir à peine arrivé, frappe les esprits comme un manque de considération et, tout simplement, de politesse, mais dont il pense sans doute que "c'est bon pour l'image coco !"). Le RER A francilien fonctionne mal ? Ah ! Mais c'est que s'occuper d'une ligne de transport utilisée par "1,1 million de passagers chaque jour" est "digne d'un président de la République". Vraiment ? Nicolas, n'avez-vous pas un ministre des transports ?



Les Français ont cru élire un chef d'Etat, ils n'ont porté au pouvoir qu'un aventurier, chef de bande. Ils pensent s'être donné un courageux défenseur de la réforme douloureuse, et c'est un démagogue habile qui manoeuvre.


J'ai classé cette chronique dans les " frivoles (ou presque)", non sans hésitation, à cause du titre sans doute, mais je ne me sens pas l'esprit folâtre pour autant.
C'est qu'il s'agit de la France, notre bien commun le plus précieux. Et je le crois en de mauvaises mains, ou plutôt en des mains que ce bien, en tant que tel, indiffère.


Je voudrais croire que Nicolas a la bonne volonté de réformer.
Même en lui accordant qu'il n'est pas arrivé au pouvoir uniquement pour soigner son ego, la bonne volonté ne suffit pas. Il faut un vrai cap pour l'action, une vraie vision de l'avenir français.
Je crois que Nicolas ne s'est pas fixé l'un et n'a pas définie l'autre. Nicolas est "de passage". Il a fait un coup, comme il les aime, en réussissant à se hisser au sommet de l'Etat.
Il joue et il jouit. C'est un pur produit de "mai 68", dont il veut nous faire croire qu'il récuse l'héritage.
Il répète, paraît-il, à tous ses proches : "Un jour, j'irai faire du fric". Je veux bien croire, et qu'il le pense, et qu'il le fera.
Je n'en suis que plus inquiet, en attendant, pour la France.
C'est pourquoi je crois fort que cette présidence a tous les risques de se terminer mal, très mal. Pourvu que je me trompe.
Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Chroniques "frivoles" (ou presque)
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Vendredi 30 mai 2008
Revenons sur ces fameuses 35 heures, tant elles sont emblématiques de l'impuissance de nos gouvernements. Lionel Jospin et Martine Aubry les ont imposées. Convaincus ? Convaincus surtout que c'était le prix à payer pour sauver la "gauche plurielle". Martine a douté. Mais elle a vite compris qu'elle n'avait pas le choix.
De nombreux Français, une majorité, étaient persuadés que c'était une bêtise. Mais pour beaucoup, c'est une bêtise dont les conséquences sont agréables. Pensez ! De onze à vingt-deux jours de congés supplémentaires, cela ne se refuse pas. Sauf peut-être lorsque l'on ne sait pas trop quoi en faire, c'est-à-dire lorsque l'on a des petits revenus. Les 35 heures sont tout sauf une mesure "sociale". Elles ne sont finalement, ni de gauche ni de droite, elles sont "de stupidité", un parti souvent majoritaire...
Il n'y avait qu'une seule "rupture" qui pouvait tenir, être courageuse, décisive, à l'encontre de cette usine à gaz, c'était de revenir aux 39 heures, voire aux 40 heures d'horaire légal par semaine (5 jours x 8 heures, au moins, c'est simple). Il fallait même, comme vient de se risquer à le dire Patrick Devedjian, aussitôt désavoué par Xavier Bertrand et Nicolas, mettre fin à la notion de "durée légale" du travail et laisser les entreprises en décider, librement.
Au lieu de cela, Nicolas a rajouté une "couche" au désordre économique et à l'addition financière de cette bavure : il a rendu plus cher pour l'Etat les heures supplémentaires (que tout le monde ne fait pas, heureusement somme toute !). Du coup, on ne peut plus toucher aux 35 heures, sinon "on casse la baraque" des heures supplémentaires plus rémunératrices ! Situation totalement absurde. Résultat : au coût des 35 heures eux-mêmes, 20 milliards, s'ajoute celui de ce cadeau, 5 milliards. Voici un manque à gagner pour l'Etat de 25 milliards, Etat dont les caisses sont vides.
Et qui avait répondu à la question de savoir s'il était favorable à la disparition des 35 heures :  "Pour dire les choses comme je les pense, oui" ? Nicolas, au cours de sa conférence de presse du 8 janvier dernier. Et, de toute évidence, sans réfléchir, puisqu'il a bien fallu, pour les raisons explicitées ci-dessus, démentir ce propos dans les jours qui suivirent.



Le "service minimum" dans les transports, on le sait, est une expression mensongère. La loi n'empêche absolument pas une grève maximum. Au demeurant était-ce le plus urgent à mettre en place ?



La réforme des régimes spéciaux est formellement faite. Mais au prix de concessions dont l'impact financier est fort mal connu.



Valérie Pécresse s'est attaquée à la réforme de l'Université, mais elle a beaucoup "lâché" pour être agréable à Monsieur Julliard et quelques autres "représentants" des étudiants, pourtant ultra-minoritaires.



On pourrait multiplier les exemples de reculades et de cafouillages qui ont fini  par exaspérer des Français et braquer les parlementaires de l'UMP. Peut-on ensuite revenir sur une réforme bâclée ? Sans doute pas, lorsque, pour être élu, on a proclamé haut et fort qu'on "allait voir ce qu'on allait voir". Les uns y ont cru, les autres ont eu peur, et c'est ainsi que l'on ouvre des boulevards aux accommodements.


Certes, dans tout ce fatras d'initiatives, il y en a de bonnes. Nul doute qu'un guichet unique pour les chômeurs soit une heureuse idée. Xavier Darcos semble avancer avec détermination sur le chemin du retour à une meilleure prise en compte des besoins de formation des élèves.
Mais tout cela, pas toujours à l'échelle des défis posés par les faits, est noyé dans un  vaste mouvement d'agitation des idées et de multiplication des maladresses et des "couacs" gouvernementaux, comme l'annonce de la fin de la carte de famille nombreuse, pour une économie, totalement dérisoire ! , de 70 millions d'euros.


On connaît la tactique nicolasesque : lancer beaucoup de réformes en même temps (pour "saturer" l'espace politique, et "étourdir" l'adversaire, l'empêchant de dire "non" à tout), et écouter néanmoins les uns et les autres pour obtenir le consentement sinon l'accord sur les évolutions souhaitées, tout en annonçant souvent que, sur certains points, il n'y aura pas de négociation possible.
En dépit des apparences, cette méthode n'est pas la plus habile, n'est pas la meilleure. On en mesure clairement les limites aujourd'hui, avec des Français mécontents et surtout des résultats mi-figue, mi-raisin.
Il eut mieux valu, au contraire, choisir 4 à 5 mesures phares, non négociables car de salut public, et les appliquer sans aucune concession à personne. On ne réforme pas la France en douceur, ou alors, clandestinement, en quelque sorte. Edouard Balladur, Premier ministre, en son temps, fit passer, un été, en catimini, la durée de cotisation, par fines tranches annuelles, de 37,5 ans à 40 ans, sans coup férir. Il est vrai qu'il ne s'attaquait ni aux fonctionnaires, ni aux salariés du parapublic.


En tout cas, il faut de la fermeté. Et un grand sens du bien commun. Où est le bien commun ? Est-ce faire des demi-réformes émasculées par le "dialogue" , quand il y a le "feu dans la maison", avec un Etat en faillite, une sécurité sociale en faillite, un système de retraite en faillite, une "éducation" nationale en faillite, une intégration des étrangers et des français récents en faillite... ?


On cherche, en vain, une logique d'ensemble au discours économique du président. Jean-Francis Pécresse dans Les Echos du 6 mai 2008, rapporte le propos d'un ami du chef de l'Etat : " Nicolas Sarkozy ? C'est un étatiste, keynésien, consumériste et populiste, mais, il est aussi libéral et moderniste..." !
On veut bien accepter qu'à la complexité du réel, on s'adapte subtilement mais il faut, tout de même ! , quelques principes directeurs à l'action, qui ne soit ni de droite ni de gauche, mais de bon sens et au service de l'intérêt général.

(A suivre)

Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Chroniques "frivoles" (ou presque)
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Mardi 20 mai 2008
A l'issue d'une campagne électorale, dont on veut bien admettre qu'elle fut éprouvante, Nicolas, au lieu de nous expliquer qu'il prenait  un peu de congés en famille, ce que tout le monde aurait compris, déclara vouloir prendre du recul pour "habiter" la fonction présidentielle.
Louable souci. On aurait pu s'attendre, en conséquence, à quelque retraite en un lieu discret où il aurait consulté. Le chef du protocole élyséen, entre autres. Il s'était donné huit jours, il n'en consacra que la moitié à un exercice de bronzage sur yacht en mer et de footing sur terre maltaise. Comme un quelconque représentant de la jet-set.
Il avait proclamé haut et fort, dans ce style "moi, je" qu'il affectionne, le soir de sa victoire, vouloir en finir avec l'esprit de repentance perpétuelle. Il revint cependant plus vite que prévu de son escapade lointaine, dit-on, parce que ses courtes vacances offertes par Monsieur Vincent Bolloré faisaient jaser, mais, plus visiblement  en tout cas, pour accompagner Jacques, Grand Maître en repentances diverses, à l'occasion de la journée commémorative de l'abolition de l'esclavage, ce qui était d'une urgence folle, on en conviendra.
Il eut été mieux  inspiré, pour "habiter" la fonction présidentielle, d'être aux côtés de son prédécesseur pour les cérémonies du 8 mai.


En un sens, avec ce début prometteur, aussi anecdotique qu'il puisse paraître, tout est dit, tout le style de Nicolas, au moins celui de Nicolas de l'an I, est résumé : agitation, indécision, exhibition.
C'est ce qui, tout au long d'une année, donnera naissance à la redoutable expression de "présidence bling-bling".
Ceux qui ont espéré en Nicolas, s'inquiètent de ce que toutes les leçons soient tirées de cette évolution aventureuse. Un autre Nicolas, Baverez celui-ci, écrit dans Le Point du 8 mai qu'il faut évacuer "le mirage d'un changement miraculeux porté par un homme providentiel" et que : "Le temps du rêve et de l'hyperprésidence n'est plus".
Est-ce si sûr ? Le style, c'est l'homme, comme chacun sait, et en change-t-on passée la cinquantaine ?
On voudrait aussi croire que la fonction transforme celui qui la revêt. Avec Nicolas, on a le sentiment du contraire...
Le "Nicolas nouveau" est-il arrivé ? Certes, il s'est fait un peu plus discret, un peu moins "people", il a procédé à un acte de contrition lors de son émission télévisée du 24 avril. Signe de faiblesse utile ?
Mais est-ce bien à lui d'accueillir à Orly les ex-otages du "Ponant", cérémonie dont un responsable militaire, sous couvert d'anonymat, dit que "tout le programme a été monté pour que les otages arrivent à 20 heures à Paris, pour les journaux télévisés" ? Le chef de l'Etat, qui, comme chacun fait semblant de le croire, est au-dessus des partis, puisqu'il est le président de tous les Français, n'est-ce pas, a-t-il dans ses missions régaliennes, le devoir de trancher, comme il l'a fait, le différend qui opposa récemment les deux frères ennemis, Jean-Pierre Raffarin et Patrick Devedjian, sur le choix, stratégique, du lieu où se tiendrait l'université d'été de l'UMP ?!
Le président a consacré beaucoup d'énergie, après la défaite électorale des municipales, à reprendre "son" mouvement politique en main. Il s'inquiète de la grogne des parlementaires, mais dans le fond, il les souhaite dociles et marchant au pas, au pas de course même, et comment faire autrement ? , pour mener à bien les 55 réformes qu'il s'émerveille, toujours et encore, de conduire de front.
C'est pourquoi je doute fort que Nicolas sache un jour "habiter", autrement que par épisodes, la fonction qu'il occupe. "Nicolas, il ne fait pas président" avait tranché, lucide, Cécilia, son ex-épouse.


De tout cela, encore, pourrait-on sourire, se moquer gentiment, tout en saluant le travail accompli. Mais le travail a-t-il été accompli, ne serait-ce qu'entrepris, selon les promesses du candidat ? Non.
Nicolas (Baverez) a encore raison de noter : "Force est cependant de constater que la rupture promise n'a pas eu lieu, le président ne parvenant pas à se libérer de certains noeuds de la pensée unique" (ibid). Certes "des choses" ont été faites, et sans doute de bonnes pour le pays. Mais sont-elles à la hauteur des enjeux ?


Comment peut-on, à la fois, dénoncer la stupidité des 35 heures, avec insistance, et ne pas abroger la loi qui les a imposées ?
Et lorsqu'une entreprise (Peugeot Motocycles), prend l'initiative de renégocier la durée du travail, sous peine de délocalisation, on a du mal à croire, et pourtant c'est vrai, que Xavier Bertrand, ministre du travail se permette de déclarer  :" Si on veut réconcilier les Français avec le monde du travail, il faut éviter tout ce qui ressemble à du chantage" ! On a envie de lui dire trois choses : a) De quoi je me mêle ? b) Où est la cohérence ? c) Que ce gouvernement donneur de leçons commence par tenir ses promesses qui étaient d'en finir avec les 35 heures, cette imbécilité crasse qui tourne le dos à toute logique économico-sociale.
Mais à l'heure de "l'ouverture", Nicolas est dans le droit fil de la "non-rupture" de la droite au pouvoir qui consiste, moins à appliquer son programme, qu'à préserver les "acquis" de celui de la gauche aux affaires.
Le comité central d'entreprise du constructeur, moins... (je ne sais quoi) que le ministre, je ne voudrais pas être trop désagréable, a accepté de renégocier cet accord en échange du maintien de 1050 emplois.
Les caisses de l'Etat étaient vides à l'arrivée de Nicolas au pouvoir. N'importe quel Français un peu curieux le savait. Pas Nicolas ? Alors comment peut-on faire des promesses sur le "pouvoir d'achat" ? Celui-ci ne se porterait, globalement, pas si mal que cela d'ailleurs, le débat des experts sur le sujet est sans fin. Mais quand on "chauffe la salle" électorale sur ces thèmes, quand, pour reprendre cette excellente expression "on agite le peuple avant de s'en servir", comment peut-on s'étonner de décevoir des attentes que l'on a suscitées et que l'on n'était en  mesure de satisfaire ? Au demeurant, ce n'est pas à l'Etat de "créer" du pouvoir d'achat. C'est le travail productif qui est à la source de toute richesse, c'est ce que l'on devrait enseigner aux enfants de sixième, dont les parents rêvent qu'ils deviennent fonctionnaires, plutôt que de se croire obligé de barbouiller d'anglais des élèves de CM2, dont beaucoup trop ne parlent ni n'écrivent correctement dans leur langue maternelle. Alors à quoi rime de commencer par faire des "cadeaux", avec le fameux "paquet fiscal" dont les effets positifs restent très incertains, mais dont le coût, lui, est avéré : 14 milliards ! ?
Quand on finit par avouer, piteusement, en janvier, que "les caisses sont déjà vides", le retour de bâton est douloureux.
Et quel pouvoir a encore ce chef d'Etat, mon Dieu, à l'heure où son gouvernement est surveillé comme un enfant mineur, par le tout puissant papa européen qui lui inflige, régulièrement, d'humiliants rappels à l'ordre ?
"Moins le chef de l'Etat a du pouvoir, plus il s'agite. Son activisme est là pour compenser le fait qu'il est beaucoup moins puissant que ne l'était en son temps, par exemple, Georges Pompidou" ( Guy Carcassonne, constitutionnaliste cité par Les Echos du 5 mai).

(à suivre)
Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Chroniques "frivoles" (ou presque)
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POURQUOI J'AI DECIDE D'OUVRIR UN BLOG

Ce qui est frappant, c'est le phénomène de l'Eternel Retour. L'Eternel Retour des mêmes pensées, fausses ou vraies. Si je prends la parole c'est parce que le pire est de retour. Nous avons Raison perdu. Il est nécessaire de redevenir grec et de travailler à distinguer avec Platon la Vérité de l'opinion. L'honneur commande, pour le moins, de ne plus subir, silencieusement, les outrages faits à l'Intelligence. Ce que je me propose c'est d'exposer une réflexion qui s'inscrit dans la recherche de la Vérité guidée par la Raison.

("Déclaration d'intention" complète ci-dessous en date du 20.09.06)

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