Nicolas le "libéral", "l'Américain", se précipita néanmoins à Gandrange pour "sauver" le personnel d'une usine d'Arcelor-Mittal. Nicolas le "soviétique", y tint un discours "syndical" qui laissa
pantois, mais méfiants, à juste titre, les salariés et leurs représentants patentés. Pour quel résultat ? Bien maigre évidemment. Imagine-t-on un seul instant John McCain et même Barack Obama, au
pouvoir, faire la même chose pour un petit site industriel au fin fond de l'Alabama ?
En revanche, quand il y eut grand danger national, après le 11 septembre 2001, l'administration républicaine n'hésita pas un instant, elle avait raison, à se montrer interventionniste et à venir
massivement en aide au secteur du transport aérien.
On ne décide pas, en temps normal, à la place des chefs d'entreprises ; c'est le meilleur moyen d'entretenir des illusions et de faire des bêtises, ou alors il faut aller jusqu'au bout de cette
logique et nationaliser l'activité productive.
Le discours de Nicolas sur le pouvoir d'achat vire à la prose surréaliste, quand on entend un gouvernement décider de la répartition des bénéfices, et des aides conditionnées à la politique sociale
des sociétés marchandes. Nicolas s'engage à restituer de la TVA aux Français modestes. Pari audacieux, tout juste bon à aggraver les déficits.
Mais, surtout, dans ces domaines, Nicolas, aujourd'hui, a autant de pouvoir que le gouverneur d'un Etat américain. Il le sait, mais il est capital, pour la survie politique du système, totalement
inféodé à Bruxelles, de faire croire le contraire.
Monsieur Joaquin Almunia, commissaire européen aux Affaires économiques, peut se faire un plaisir d'humilier la France et de lui adresser un blâme pour le niveau excessif de son déficit et de sa
dépense. A 52,5% du PIB en 2007, celle-ci est la plus élevée de la zone euro... Il nous fait la leçon, le commissaire, titre bien trouvé pour traquer le coupable, et distribue aussi les bons
points, comme à l'école. Il invite Paris à "poursuivre avec détermination le processus de réforme structurelle à l'oeuvre". Merci Monsieur. Sur le fond, il n'a pas tort. Mais avec lui, peut-on
croire vraiment à la promesse gouvernementale d'un déficit budgétaire ramené à zéro en 2012 ? François Fillon aimerait sans doute y atteindre, mais quel pouvoir réel détient-il pour y parvenir, ce
cher homme ?
La vraie logique de rupture, encore à portée de décision et d'action, eût été d'annoncer que l'on allait d'abord et avant tout, rompre avec trente ans de mauvaises habitudes, et revenir à
l'équilibre des finances publiques. Sans qu'il soit nécessaire qu'un pouvoir de commissaires supranationaux vienne nous tirer les oreilles.
Quelle entité économique peut durablement dépenser plus qu'elle ne gagne ?
C'est ce que fait l'Etat français, sans vergogne, et tous les citoyens de ce pays héritent de la dette colossale ainsi accumulée.
Et donc, il fallait, non pas faire des "paquets-cadeaux fiscaux", mais annoncer des sacrifices, que des sacrifices.
Mais peut-on être élu sur la base de la Vérité ? Même élu, Nicolas ne propose, à travers une nouvelle batterie de mesures à la Prévert, de n'économiser que 5 milliards d'euros, ce qui n'est pas à
l'échelle du problème posé.
Au demeurant, je reste toujours surpris des réactions (vraiment naïves ?) de tant de commentateurs brillants et diplômés, comme l'est assurément Nicolas (Baverez, cité dans mes précédentes
chroniques), qui semblent toujours et encore, eux aussi, découvrir que le système démocratique est, à quelques exceptions près et comme par accident quand il se dérobe à lui-même, celui du
faux-semblant, de l'attrape-nigaud, de l'impuissance.
Nous faire croire que le candidat Nicolas a été parfaitement clair avec les Français et que c'est sur le fondement d'un vrai "contrat de rupture" qu'il a été élu, c'est se moquer du monde !
De Gaulle avait pourtant pris la sage précaution de prévoir la possibilité pour le chef de l'Etat d'agir en dictateur pour faire passer les réformes non négociables, au plus tôt.
Mais croit-on un seul instant que l'on peut être élu en promettant "du sang et des larmes" ?
Alors quitte à berner tout le monde, comme sut si bien le faire le Général, revenu d'ailleurs au pouvoir qu'à la faveur d'une crise de régime majeure et dans le cadre d'une sorte de coup d'Etat
légal, autant faire le Machiavel, pour éviter d'avoir à faire le Jacques, c'est-à-dire à ne rien faire.
Nicolas a gaspillé, par son activisme débridé, le capital d'adhésions populaires que son volontarisme avait engendré.
Il fallait décider de quelques mesures phares, radicales, de nature à assurer cette rupture nécessaire, et agir en application de l'article 16 de la Constitution qui accorde les pleins pouvoirs au
président de la République. Notons, en passant, que dans le cadre du grand tripotage en cours de cette dernière, à coups de compromis et de compromissions, l'on est en train d'affaiblir,encore
plus, l'exécutif, et de restreindre l'usage de cet article.
On aurait mis tout le monde, peuple et parlementaires devant le fait accompli, en six mois. Monsieur Bernard Thibaut et quelques autres, un million de personnes, deux, si vous voulez, seraient
descendus dans la rue, et alors ? La belle affaire ! Combien y-a-t-il de Français dans ce pays ? Et à quoi sert la légitimité démocratique conférée par une élection si l'on ne s'en sert pas ? Le
peuple français est ingouvernable ? Il est donc inutile de lui donner l'occasion, par tergiversations, promesses inconsidérées et chantiers tous commencés et peu achevés, de se mettre à siffler le
Prince.
Les Français ne sont pas ingouvernables, sauf par des faibles et des vendeurs d'illusions. Ils adorent les chefs, ils en redemandent régulièrement depuis 1793.
Mais n'est pas Madame Thatcher qui veut. D'ailleurs Nicolas ne voulait pas de la comparaison. Il semblait beaucoup tenir à brouiller les pistes, son talent ayant été de faire croire qu'il en
suivait pourtant une.
Simple calcul électoral, ou conviction profonde ?
Peu importe, à jouer au plus fin, un an plus tard le résultat est là : le discrédit. Et pour remonter la pente, cela va être dur, très dur, pour avoir susciter trop d'espoirs. Il faut, au moins,
que le reste du monde lui donne un coup de main, au Nicolas.
En attendant, il l'a dit, les "caisses sont vides", et promettre toujours plus paraît difficile, et c'est pourtant ce qu'il fait, sans convaincre : 67% des Français désapprouvent la politique
économique du gouvernement (sondage BVA
-Les Echos-France Inter des 23 et 24 mai), désaveu qui est en progression.
Jean-Claude Mailly, le patron de FO, que Nicolas voulait absolument tutoyer, comme les autres chefs syndicalistes, c'est une manie chez lui, a beau jeu, et quelques arguments, pour déclarer aux
Echos du 3 juin : "Le gouvernement ne débat aucunement des questions de fond, il est uniquement dans l'agitation permanente".
Chassez le naturel, il revient au galop, et chez cet homme pressé, au triple galop.
L'"hyperprésidentialisme", comme disent les journalistes, s'épanouit à nouveau pleinement, passée la douche froide des dernières élections.
Faut-il encore apporter la preuve que le Premier ministre est d'une utilité secondaire ? Nicolas réunit maintenant, seul, chaque semaine, à l'Elysée, quelques ministres triés sur le volet de la
complicité, pour un "shadow conseil". Un car percute-t-il un train ? Nicolas fait un saut pour se recueillir dans la chapelle ardente. Yves Saint Laurent meurt ? On est prié de l'enterrer jeudi
plutôt que vendredi afin que Nicolas puisse assister aux obsèques. Une commission qui planche depuis des semaines sur l'audiovisuel, commission qu'il a suscitée, qui n'a pas encore rendu ses
conclusions, préconise-t-elle d'augmenter la redevance télévisuelle, seule issue sérieuse, mais sans doute pas très populaire, pour le financement des chaînes publiques ? C'est "non", annonce
Nicolas au micro de RTL. Les Libanais essayent-ils, une ènième fois de s'entendre ? Nicolas organise un voyage-show éclair avec pléthore de figurants (il a le don des voyages éclair sur
l'efficacité desquels on est en droit de s'interroger, cette impatience à repartir à peine arrivé, frappe les esprits comme un manque de considération et, tout simplement, de politesse, mais dont
il pense sans doute que "c'est bon pour l'image coco !"). Le RER A francilien fonctionne mal ? Ah ! Mais c'est que s'occuper d'une ligne de transport utilisée par "1,1 million de passagers chaque
jour" est "digne d'un président de la République". Vraiment ? Nicolas, n'avez-vous pas un ministre des transports ?
Les Français ont cru élire un chef d'Etat, ils n'ont porté au pouvoir qu'un aventurier, chef de bande. Ils pensent s'être donné un courageux défenseur de la réforme douloureuse, et c'est un
démagogue habile qui manoeuvre.
J'ai classé cette chronique dans les " frivoles (ou presque)", non sans hésitation, à cause du titre sans doute, mais je ne me sens pas l'esprit folâtre pour autant.
C'est qu'il s'agit de la France, notre bien commun le plus précieux. Et je le crois en de mauvaises mains, ou plutôt en des mains que ce bien, en tant que tel, indiffère.
Je voudrais croire que Nicolas a la bonne volonté de réformer.
Même en lui accordant qu'il n'est pas arrivé au pouvoir uniquement pour soigner son ego, la bonne volonté ne suffit pas. Il faut un vrai cap pour l'action, une vraie vision de l'avenir
français.
Je crois que Nicolas ne s'est pas fixé l'un et n'a pas définie l'autre. Nicolas est "de passage". Il a fait un coup, comme il les aime, en réussissant à se hisser au sommet de l'Etat.
Il joue et il jouit. C'est un pur produit de "mai 68", dont il veut nous faire croire qu'il récuse l'héritage.
Il répète, paraît-il, à tous ses proches : "Un jour, j'irai faire du fric". Je veux bien croire, et qu'il le pense, et qu'il le fera.
Je n'en suis que plus inquiet, en attendant, pour la France.
C'est pourquoi je crois fort que cette présidence a tous les risques de se terminer mal, très mal. Pourvu que je me trompe.
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