Dimanche 20 janvier 2008
Considérons plus près de nous encore, ce Kosovo historiquement terre serbe, aujourd'hui peuplé à 90% d'albanophones qui réclament, c'est logique, l'indépendance (avant une fusion avec l'Albanie ?) Pauvres Serbes résiduels sur cette terre qui fut exclusivement la leur il y a si longtemps !
Le territoire est à celui qui l'occupe. On commence à en savoir quelque chose du côté de Villiers-Le-Bel et ailleurs.


Sur cette malheureuse terre d'Afrique, les Européens ont stupidement créé des pays préfabriqués, tragiquement handicapés par des frontières tracées sur une carte, avec une règle, insultant ainsi les réalités locales. Au nom des grands principes de 1789, il fallait nier qu'il existât des ethnies, c'est-à-dire des communautés, fortes, homogènes sur le plan culturel et religieux. C'était pourtant, en admettant la nécessité de créer des nations modernes, ce qu'il aurait fallu respecter. Susciter un Etat Tutsi et un Etat Hutu. Ce n'était peut-être pas une garantie absolue de paix entre les deux peuples en question, certes, mais déjà un plus sûr moyen d'y parvenir.
Ces pauvres Africains, qui singent les Européens, que l'on condamne à singer les Européens, "pas de démocratie-pas de subventions", selon les canons de cet étrange néo-colonialisme qui ne dit pas son nom, cent fois plus odieux que l'ancien, inspirent à tout homme de coeur, une immense pitié. Ils n'ont pas fini de s'entretuer, citoyens improbables de patries artificielles. Il serait nécessaire de repenser le découpage de tous les territoires. Mission impossible. Qui oserait et pourrait le faire ? Il faudrait remettre en cause l'idéologie sacrée de l'individualisme souverain. Le malheur africain a de l'avenir.


Ces 1,4 million d'Irakiens chassés par le chaos de leur pays et réfugiés en Syrie (19 millions d'habitants seulement), accueillis au début du flot d'exil plutôt généreusement, par solidarité arabe, mais qui deviennent naturellement gênants, combien de temps seront-ils tolérés sans heurts ?


Ces terres anciennement juives, sont aujourd'hui peuplées majoritairement d'israélites et de musulmans. Ils se disputent le même sol. On peut retourner le problème dans tous les sens : il n'y a pas de solution. Le malheur israélo-palestinien, lui de même, a de l'avenir.


Nous assistons, atterrés et impuissants, à la balkanisation du monde, sous les applaudissements de mondialistes hallucinés auxquels on a vraiment envie de crier en pleine figure : Imbéciles ! Et devrions-nous ajouter aussitôt : Assassins !


La beauté de la race humaine résulte de la diversité de ses cultures, de ses civilisations. La mosaïque est une harmonie parce qu'elle unit ce qu'elle a préalablement séparé : des multitudes de petites pièces rapportées, regroupées par couleurs, qui donnent ainsi un sens à un ensemble. Mélangez tout et vous n'obtiendrez que le désordre. Sans doute la comparaison s'arrête-t-elle vite : la mosaïque est un objet statique. Le monde est un sujet dynamique. Soit. Ce n'est pas l'échange qui est périlleux, c'est le mélange, source de confusion. L'échange permet de se connaître, et peut-être de se comprendre, sans cesser de se distinguer. Le mélange conduit à l'affrontement sanglant ou à abâtardir, et le monde s'attriste ou s'appauvrit.


Il est faux d'aller en répétant, pour se consoler ou relativiser l'ampleur du phénomène, qu'il en a toujours été ainsi. Outre que l'importance des masses déplacées aujourd'hui est sans commune mesure avec celle d'hier, les envahisseurs, la plupart du temps simples prédateurs, étaient souvent repoussés, ou se repliaient d'eux-mêmes sur leurs bases.
 Ce qui fut la Gaule est encore habitée par des populations de souche gauloise à 65%. C'est énorme. Et le signe que ni les Francs ni les Romains avant eux n'avaient lourdement peuplé ce qui allait devenir la France. Ce pourcentage, encore élevé, de combien était-il avant 1914 ? Et de combien sera-t-il dans trente ans ? 
L'Europe est devenue une passoire et le sera plus que jamais avec l'entrée dans la Communauté de pays aussi incertains que la Roumanie. Déjà la frontière entre la Turquie et la Grèce est tout sauf étanche. On estime que 500.000 immigrés franchissent illégalement, chaque année, les limites de l'Union Européenne. 
Peut-on croire, un seul instant, que cette perfusion permanente sera sans conséquences ?


Je laisse le mot de la fin, le mot de la lucidité, prononcé à une époque où il n'était pas encore trop tard, en mars 1959, évidemment dans le secret de l'Elysée, à Charles de Gaulle :
"C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes,des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne." (1)

(1) Dans C'était de Gaulle, d'Alain Peyrefitte.
par François-Xavier Gaëtan Gelin publié dans : Autres chroniques
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Jeudi 10 janvier 2008
Il est raisonnable, tôt ou tard, que chacun rentre chez soi, s'il ne s'y trouve : il n'est pas de cas où cette loi de toujours ne se vérifie. Ce qui est vrai pour des individus l'est aussi pour des populations.


Même cette cellule de base de la vie naturelle qu'est la famille composée d'un père, d'une mère et d'enfants obéit à ce déterminisme, pourtant parfois douloureux à accepter : elle est appelée à éclater pour favoriser, par reproduction, l'éclosion de nouvelles cellules, de nouvelles familles. "Tanguy" est un accident. Vite insupportable.
On peut avoir des amis, les plus intimes qui soient, les fréquenter assidûment, passer des vacances avec eux. Il n'empêche. S'ils leur prenaient l'envie de s'incruster à la maison sans y avoir été invités, je ne donnerais pas cher de l'avenir d'une relation ainsi faussée. "J'veux pas d'visite", chante avec à propos et humour Linda Lemay, parce que les visites "ça vous promet qu'ça va revenir" et que "ça revient".
A fortiori, quelles âmes, à part celles de quelques saints, accepteraient que s'installassent dans leurs demeures, sans permission, des inconnus ?
C'est pourtant encore à ces stades, à ces niveaux de relations interpersonnelles que peuvent mieux se comprendre les solidarités concrètes, les sacrifices généreux, l'exercice d'une charité active. L'individualisme est passé par là pour détruire les unes, rendre odieux les autres.
Il fut un temps où l'on n'aurait pas imaginé ne pas recueillir ses vieux parents (et beaux-parents), titulaires d'un droit non écrit à l'assistance, fruit d'une reconnaissance pour services rendus, ou le gosse perdu d'un autre, ou ne pas héberger plus longtemps son enfant réduit à un célibat non-désiré.
Et  si en hiver, un pauvre diable égaré et grelottant frappait à ma porte et  me demandait l'hospitalité, je ne lui présenterais pas une copie du présent article pour lui faire comprendre toute la logique qu'il y aurait à ce qu'il allât frapper à d'autres portes, celles d'organismes spécialisés dans l'assistance publique.
Sans doute aurais-je à coeur, au moins, de lui offrir un peu de chaleur, tout en organisant son rapatriement vers des demeures plus adaptées à le recevoir, à mes yeux, que la mienne.
Peu me contesteront la lucidité des remarques qui précèdent. C'est qu'on est au plus près "de la vie des gens".
Qui plus est, dans ces relations domestiques, les rapports entre les forces sont peu ou prou équilibrés. Les envahisseurs font jeu égal, physiquement ou moralement, avec les envahis. Chacun comprend que le conflit serait inévitable et nul ne met en doute le bon droit des seconds à résister aux prétentions des premiers.


Pourtant, à l'échelle des nations, des patries, le même bon sens appliqué à l'étude des phénomènes de territoires occupés, ne fait plus recette.
C'est que chaque individu n'étant pas, ou pas encore, très directement concerné dans ses intérêts, dans son quant-à-chez-soi, peut se permettre de divaguer, intellectuellement porté par les idéologies dominantes "droit-de-l'hommesques", qui s'appellent l'anti-racisme, le mondialisme, le cosmopolitisme, une vague religiosité "new age" et qui considèrent les métissages de toutes sortes comme des bienfaits.
L'évidence crève les yeux cependant que les mélanges humains produisent, certes à l'occasion de splendides créatures brésiliennes, mais plus souvent encore des cocktails détonants. Seulement voilà, l'évidence étant politiquement incorrecte il convient de la nier pour mieux verser dans l'angélisme béat.



Les Etats-Unis ont longtemps été présentés, ce que l'on apprenait sur les bancs du lycée, comme le pays emblématique du melting-pot réussi. Voire. Outre que le problème noir a été posé et est encore posé en termes rudes, on oublie un peu trop que les grandes masses d'immigrants furent, des siècles durant, des Européens, Blancs, Chrétiens. Il n'y a pas que dans West Side Story que la cohabitation entre certaines ethnies est dangereuse. L'Amérique ne mélange plus très bien, s'il est vrai qu'elle y a réussi autrefois. Elle juxtapose. On assiste à l'émergence du "separating-pot". Elle commence à se poser des questions, comme celle de la langue officielle de ce pays, qu'elle ne se posait pas avant, car elles eussent été sans objet. Les Etats de l'Amérique du Nord, seront-ils encore dits "Unis" dans cinquante ou cent ans ? Je me permets d'en douter.
Les minoritaires dominés ont toujours tort. Les Blancs des USA auront bientôt tort. Ce ne fut pas le cas jusqu'ici. Et pourtant...
Qui conteste sérieusement que  M. Georges W Bush et quelques autres de son espèce soient chez eux, là bas ? Eh bien, moi. M. Bush et quelques autres de son espèce ne sont pas chez eux. Ils sont chez ceux que l'on a appelé, par défaut, les "Indiens". Seulement voilà, les envahisseurs ont été si nombreux, et si puissants, que, passé le moment conflictuel inévitable avec les autochtones, dû à l'équilibre très provisoire des forces en présence, les envahis ont été réduits, massacrés, finalement parqués.


Pourquoi était-il sans doute inéluctable que l'Algérie soit un jour un pays indépendant ? Parce qu'en 1962 on comptait sur son sol un million de "pieds-noirs" (eux-mêmes très bariolés d'ailleurs) et 9 millions de Berbères et d'Arabes musulmans. Pourquoi en était-il ainsi ?
Pour deux raisons essentielles qui nous honorent : la France venue à la fois par hasard et nécessité sur le sol algérien, parfois à l'appel de certaines tribus l'habitant pour les protéger d'autres tribus, lui a apporté la paix et le développement et n'a pas songé à faire de ce territoire, sans histoire réelle mais il y a bien longtemps chrétien, dont nous avons inventé qu'il s'appellerait "Algérie", comme l'a reconnu honnêtement le nationaliste de fraîche gestation, Ferhat Abbas, un far south à peupler de Bourguignons, d'Auvergnats et de Bretons.
S'il y avait eu dans ces officiels départements français, 9 millions d'Européens et un million d'"Indiens", le même Ferhat Abbas aurait-il pu discourir, sinon en vain, ainsi, le 15 avril 1955 à Djidjelli  : "Frères, le colonialisme proclame que l'Algérie est une partie de la France, mais l'Algérie se trouve en Afrique du Nord et les Algériens sont des Africains, non des Français" ? (1)

(à suivre)
(1) Cité par Claude Paillat dans Dossier secret de l'Algérie, tome 2
par François-Xavier Gaëtan Gelin publié dans : Autres chroniques
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Dimanche 30 décembre 2007
Le candidat Sarkozy en avait pris acte catégoriquement : la Constitution européenne était morte, tuée par les Français, lors du référendum du 29 mai 2005. Un miracle s'est produit : elle est ressuscitée. Le traité de substitution qui ne pouvait décemment souffrir d'être "mini" a été qualifié de "simplifié" : un mensonge quand même.
Comme l'a reconnu Valéry Giscard d'Estaing grand inspirateur du texte refusé par le peuple, "90%" de ce dernier a été sauvé. On a abandonné les mentions aux hochets des fédéralistes pur jus, le drapeau ou l'hymne européen, qui faisaient office de chiffons rouges. Mais la personnalité juridique de l'Union reste proclamée, l'existence d'un super-Etat est implicite.
Pour maintenir le rideau de fumée, le président soigne le détail : bien que déjà modifiée, en février 2005, la constitution française est soumise à la relecture à la lumière de ce nouveau traité dit de Lisbonne, qui vient s'empiler sur ceux de Maastricht, d'Amsterdam, de Nice. Il s'agit de faire croire qu'il y a lieu à correction. Ce que ne pense pas une majorité de constitutionnalistes. Autrement dit, le traité de Lisbonne n'est pas différent de la Constitution soi-disant décédée. De quel droit dès lors la ratifier sans repasser par la case "référendum" ? 
La constitutionnaliste Anne-Marie Le Pourhiet dénonce un "coup d'Etat" et l'ancienne directrice de l'ENA, Marie-Françoise Bechtel y voit une "forfaiture".


Nicolas Sarkozy répétait à l'envi, avant le 6 mai 2007, que la Turquie ne faisait pas partie de l'Europe. Depuis qu'il est élu, il est d'une grande discrétion sur le sujet. Il laisse "gentiment" repartir les négociations sur l'adhésion de ce pays musulman à l'Union européenne. 
Jacques Chirac pourtant partisan, lui, de cette adhésion avait cru faire du bien au futur "oui" à la Constitution européenne en faisant stipuler par la Constitution nationale (article 88-5), que désormais tout élargissement à venir de l'Union devait être soumis à référendum par le président de la République. Mais voici qu'aujourd'hui, le secrétaire d'Etat auprès du ministre des Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet, propose d'abroger cet article...


L'illusion sarkozienne s'épanouit sur tous les terrains. Voilà des catholiques éblouis parce que le président a pris le temps (compté, quand même), de rencontrer leur pape et de tenir quelques propos agréables aux oreilles de cardinaux. Visite protocolaire au demeurant, mais au cours de laquelle il aura cependant dit, ce qui est incontestablement original par rapport à ses prédécesseurs, des petites et grandes choses comme : "Face à l'effacement des repères, face aux bouleversements que connaissent nos sociétés, je veux dire que nous avons besoin de l'Eglise catholique". Ou encore : "J'assume pleinement le passé de la France. C'est par le baptême de Clovis que la France est devenue fille aînée de l'Eglise. Les faits sont là." "Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes." Et toujours : "La laïcité ne saurait être la négation du passé. Elle n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n'aurait pas dû." Et enfin : "La morale laïque risque toujours de s'épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à l'infini". "La France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont et ce qu'ils croient." N'en jetez plus, c'est trop !
Passons sur la forme, sur les fautes de goût qui consistent à arriver avec 17 minutes de retard à une audience accordée par le père spirituel d'un milliard de croyants, à introduire dans sa suite madame Bruni (la mère de la fille), à consulter son téléphone portable pendant la présentation de la délégation française : on espère ne pas faire découvrir seulement maintenant aux lecteurs que les Français n'ont pas élu un homme très bien élevé.
Mais, sur le fond, c'est le candidat Sarkozy qui a tenu des discours pour le moins ambigus sur l'hérédité, l'euthanasie. C'est le gouvernement de ce président qui lance une campagne sur la contraception et l'IVG médicamenteuse, réforme le divorce en un sens toujours plus laxiste, libéralise le travail le dimanche.
Sans doute pour lutter contre "l'effacement des repères"  et corriger les "bouleversements que connaissent nos sociétés" ?! On ne saurait mieux se moquer du monde.
Catholiques, pouvez-vous vous étonner de tout cela, sérieusement, dites-moi ?
Nicolas Sarkozy veut plaire, toujours et partout. Il tient donc le discours qui peut plaire, toujours et partout. Il a voulu plaire à Rome. Cela ne mange pas de pain et cela fait son petit effet. Les catholiques n'ont plus guère de poids dans la société. On peut donc à la fois leur faire plaisir, cela peut toujours servir, faites croire, faites croire, il en reste toujours quelque chose, avec quelques belles paroles aussi flatteuses que définitives, et continuer à piétiner allègrement les valeurs qu'ils défendent, et soi-même pourtant communier, ce que ne se permettait pas même Louis XIV, qui, il est vrai, catholique formé, savait sans doute ce qu'est un péché mortel.


L'illusion sarkozienne est naturellement le fruit de discours, ostentatoires, et d'actes, plus discrets, contradictoires, quand ce n'est pas le contraire, sinon elle ne fonctionnerait pas.


"Qu'on ne compte pas sur moi pour faire l'Etat UMP." (A Dijon, le 3 octobre 2007, pour faire le gentil devant le maire ségoliniste de la ville)
Nicolas est sans doute en train de faire mieux et plus sûr : l'Etat Sarkozy.
De juin à septembre, 91 nominations préfectorales. Seul François Mitterrand, en 1981, cela pouvait se comprendre, avait fait plus. Il a placé des affidés partout : préfecture de police de Paris, DST, police nationale, ambassadeurs, secrétariats généraux et grands directeurs dans les ministères, Insee, magistrats du parquet. Rien de nouveau sous le soleil, soit, mais alors pourquoi tant de force déployée pour faire croire le contraire ?


Même pour sa vie privée, que l'on ne peut pas faire semblant de ne pas connaître, Nicolas Sarkozy nous "balade". Le voici scandalisé que les médias s'emparent des malheurs conjugaux du ministre de l'intérieur, à une époque où il devait sans doute juger que c'était embêtant pour la suite. Président, le voilà ravi de s'afficher avec une épouse entre-temps retrouvée, de la mettre en valeur, de lui confier des missions humanitaires, alors qu'il apparaissait déjà évident que le ver était dans le fruit de l'amour avant même son élection.
Divorcé par non-consentement initial, atteint si durement, semble-t-il, qu'il en néglige de retirer son alliance, il n'a pas attendu plus de deux mois après ce douloureux évènement pour parader à Disneyland avec dame Carla Bruni.


Si l'on en croit Le Point (du 15.11.07), Nicolas Sarkozy a déclaré : "Je suis celui qui doute le plus de moi-même".
Sur ce terrain, il pourrait se retrouver, un jour, en plus nombreuse compagnie.

(fin)
par François-Xavier Gaëtan Gelin publié dans : Autres chroniques
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Jeudi 20 décembre 2007

Dans le prolongement de ma précédente chronique ("LES FONDAMENTAUX DU SARKOZISME : ..."), pour la compléter, et non pas cette fois-ci dans la rubrique "frivole", -va encore qu'il multiplie les initiatives pour se faire apprécier et passer au journal de 20 heures, c'est parfois plus comique qu'inquiétant, je passe sur "plaire" et "saturer", péchés mignons-, je reviens, sérieusement, sur le mythe d'un Nicolas Sarkozy cohérent dans l'action, fidèle à ses engagements de campagne et mû par une "vision".


Si l'on en croit l'institut libéral Thomas More, le candidat Sarkozy a émis... 490 propositions pendant la campagne électorale. Même François Mitterrand en 1981, pourtant génétiquement, si l'on peut dire, l'homme de la "rupture" pour le grand retour de la gauche au pouvoir, s'était contenté de n'avancer que 110 propositions.
Et la stratégie est de lancer de nombreuses réformes pour gagner sur le temps, étouffer les uns, séduire les autres, étourdir tout le monde. Et qui prendra les heures nécessaires pour faire le recensement méthodique de ce qui a été fait au regard de ce qui a été annoncé ?
"Qui trop embrasse, mal étreint" affirme un vieux proverbe. Et sans doute, "qui veut bien illusionner, bien entretient le rideau de fumée".
Jean-Marc Vittori dans Les Echos (du 14.11.07) remarque avec justesse : "Le grand chantier des réformes pourrait finir par ressembler à ces carcasses d'immeubles jamais achevés, avec des tiges de fer rouillées sortant de plots de béton". Il conclut pour se, et nous rassurer : "Par bonheur, il est bien trop tôt pour constater un tel sinistre". Peut-être... mais il n'est pas difficile de constater que certains ouvrages sont bien mal terminés.
Certains faits sont là, ils parlent d'eux-mêmes. Je ne me laisserai pas aller à de longs commentaires conclusifs. Le lecteur déduira lui-même la vérité qui se dégage de ces constats.


"Je garantirai trois heures de transports en commun pour aller au travail et trois heures pour rentrer du travail, il est inacceptable que les Français soient pris en otage par les grèves." (Le 24 avril 2007 sur TF1). La loi du 2 août 2007 ne fixe aucun quota de trains, métros ou bus aux heures de pointe. Le terme de "service minimum" ne figure pas dans la loi.

 

 

"Les Français ne s'attendent pas à ce que je distribue des cadeaux de père Noël alors qu'ils savent parfaitement bien qu'il n'y a pas d'argent dans les caisses." (Le 29 novembre 2007 sur TF1 et France 2)

La veille de cette intervention télévisée, le budget des universités avait été augmenté de 5 milliards sur 5 ans.

Huit jours plus tard, le 7 décembre, devant 3000 patrons de PME, Nicolas Sarkozy annonce la suppression en 2009 de l'imposition forfaitaire annuelle payée par les entreprises (1,7 milliards d'euros de manque à gagner pour l'Etat).

Les caisses sont vides depuis quelques années. Nul ne l'ignore. Ce que l'on appelle le "paquet fiscal" de l'été 2007 a un coût, non financé, estimé à 11 milliards environ. Il contient des mesures qui peuvent faire plaisir à certains. Mais du bien à la nation ?
Comment financer toutes ces libéralités : par la croissance. Tout repose sur elle : "Sans croissance, pas de pouvoir d'achat. Sans croissance, c'est la crise de la sécurité sociale. Sans  croissance, il n'y a pas de logements sociaux. Sans croissance, il n'y a pas de baisse du chômage, pas de baisse de la dette, pas de baisse des impôts." (Le 7 décembre 2007). Il convient donc de la décréter : "D'ici là,[2009], la croissance sera repartie, ce qui donnera des marges de manoeuvre" (Hervé Novelli secrétaire d'Etat aux Entreprises et au Commerce extérieur, le même jour).
Christine Lagarde le répète à qui veut l'entendre, la croissance sera, de 2009 à 2012, de 2,5% par an au minimum, voire de 3%. Pour 2008, elle confirme une fourchette de 2% à 2,5% ; en 2007, de 2%. De nombreux experts doivent être sourds. Ils annoncent des chiffres inférieurs. Le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires prétend que la prévision française est "trop optimiste".
Que se passera-t-il si ce sont eux qui ont raison ? La "faillite" de l'Etat, dixit Monsieur Fillon, sera un peu plus marquée.


Le verbe est toujours haut : "La réforme de l'Etat, il faut cesser d'en parler, il faut la faire". "Il n'est plus possible de continuer à augmenter les prélèvements." Le président annonce qu'il faut économiser 150 milliards, rien que cela. Et comment ? On s'attend logiquement à un "plan de rigueur", à la hauteur de l'enjeu. Mais non, "ni rationnement comptable ni austérité budgétaire". "La réforme ne se fera pas contre les fonctionnaires." (C'était le 12 décembre pour le premier rendez-vous de la "revue générale des politiques publiques"). 
Les réformes qui pourraient, qui devront, fâcher sont reportées après les élections municipales.
En attendant, on déballe des paquets de mesures, nombre d'entre elles déjà annoncées précédemment mais remises en scène, et qui, certes, pour certaines, devraient entraîner des économies, mais sûrement pas à l'échelle du problème posé.
Pour le reste, on se fait des amis en décrétant haut et fort le transfert aux mairies de la délivrance des pièces d'identité.

(à suivre)

par François-Xavier Gaëtan Gelin publié dans : Autres chroniques
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Lundi 10 décembre 2007
Evidemment, la toute première clé qui ouvre la porte à une compréhension de Nicolas Sarkozy, est-il besoin de le préciser ? , c'est le constat d'une volonté farouche de parvenir au pouvoir. Rien que de très classique pour un homme politique, surtout en démocratie, système qui organise et encourage la compétition entre beaucoup d'envieux pour décrocher le pompon suprême. Voilà qui est fait. Il s'agit maintenant de le garder. Comment ? Avec les mêmes recettes qui ont fait leurs preuves.


Plaire : c'est de toute évidence un besoin fort chez le président de la République actuel, peut-être un désir fondateur de sa personnalité. Comme il faut aussi appliquer la doctrine de la "rupture", exercice risqué, dont la conséquence logique doit être de déplaire, tout est dans l'art de ménager la chèvre et le chou.
L'après-midi il condamne à Constantine le "système colonial" qu'il compare à "une entreprise d'asservissement et d'exploitation" et le soir il rend hommage aux harkis "envers lesquels la France a une dette". Pour avoir soutenu une injustice ?
On a du mal à trouver un socialiste d'importance auquel il n'a pas proposé de devenir ministre, ou quelque chose d'autre dans le machin gouvernemental. Il va, non sans un certain courage physique, lorsque l'on sait avec Georges Brassens que "le pluriel ne vaut rien à l'homme et dès qu'on, est plus de quatre on est une bande de c...", au contact des cheminots, des pêcheurs et toujours avec cette rage de convaincre, de séduire, de subjuguer. Et cela marche (presque) toujours, à coups (et à coûts) de concessions.
Il n'en revient pas ce Monsieur Philippe Lemoigne président du comité de crise, au Guilvinec : "Nous n'en espérions pas tant. Sarkozy a repris mot pour mot nos revendications, comme s'il avait fait partie des grévistes".


Saturer : Il se précipite au Tchad pour en ramener des journalistes en mauvaise position. Il envoie une cassette aux cruels guérilleros colombiens pour obtenir la libération d'Ingrid Betencourt. Pour un peu il partirait , comme Tintin ("Nini en Colombie", cela ferait un bel album), en expédition lointaine pour aller la chercher. Chiche ! Il reçoit les familles en deuil, se précipite au chevet des policiers blessés. Il court le monde, vend des avions ici, des métros là. Pour plaire, il faut être sur tous les coups. Il faut saturer l'espace public. Nicolas Sarkozy est accessoirement président de la République. Un peu Premier ministre. Beaucoup ministre, tous portefeuilles réunis. Et passionnément secrétaire d'Etat. Par le style "fonceur", il affiche une allure de chef d'entreprise pressé, stressé, stressant, jeune et dynamique. Quelle santé ! A ce propos, je suis inquiet : à ce rythme va-t-il tenir deux quinquennats, comme il se propose sûrement de les accomplir ?
Fatalement, il sature aussi l'espace audiovisuel. Comment les journalistes pourraient-ils renoncer à faire leur métier lorsque le plus haut personnage de l'Etat s'agite chaque jour sous leurs yeux ?
Etre à la manoeuvre partout, plaire à tous, et prétendre avoir des objectifs clairs et s'y tenir, sont des postures incompatibles.


Illusionner : certains prétendent que Nicolas Sarkozy est guidé dans son action par quelques idées fortes. J'ai démontré (cf. la série de chroniques "QUAND LA GIROUETTE S'EPUISERA") que l'on pouvait en douter chez le candidat. Certes il surnage encore de ses flux logorrhéiques quelques slogans dont le fameux "travailler plus pour gagner plus", sans pour autant d'ailleurs que les recettes employées pour obtenir ce résultat emportent la conviction.
Pour le reste nous assistons au spectacle offert par le mouvement brownien d'un agitateur politique. Et d'un illusionniste de grand talent.
Le peuple français rejette le projet de constitution européenne ? Nicolas Sarkozy en prend acte solennellement, "les Français ont tranché" assène-t-il sur ce ton couperet qu'on lui voit souvent employer et qui ne souffre pas la réplique. Et il s'empresse de proposer au seul parlement d'adopter un traité qui ressemble comme un frère jumeau au texte précédent.
Il a créé un ministère de l'Identité nationale et laissé croire qu'il allait mettre un terme à l'immigration ? Il vante les mérites de "l'immigration choisie" qui s'additionnera à celle qu'il faut qualifier d'indésirable et contre laquelle rien de décisif n'est entrepris.
Il affirme établir un "service minimum" en cas de grève dans les transports en commun ? La formule s'impose mais elle est mensongère. Le "service minimum" peut être un minimum de services et pas de services du tout.
On pourrait multiplier les exemples emblématiques ou discrets qui montrent que les contradictions, les tromperies de la démarche sarkozienne sont légion. Comment s'en étonner ?


Le char de l'Etat conduit par cet homme, dont je ne doute pas, au delà d'une certaine roublardise, qu'il soit sincère, franchement habité par l'idée qu'une mission lui a été confiée par les dieux et qu'il doit l'accomplir, me fait penser à un cheval fou qui partirait dans toutes les directions sans en choisir aucune, semant au passage sa cargaison. Ou mieux encore à un jeune chien excité, tout heureux de s'ébattre en toute liberté, grisé, impatient de marquer son, vaste, territoire, en courant d'un arbre à l'autre pour y déposer un petit pipi sans prendre toujours la peine de contrôler le débit avant de repartir, au risque renouvelé de se mouiller les pattes ; ainsi en se précipitant pour annoncer à la télévision que l'on va vendre 3% du capital d'EDF pour plaire à l'Université, provoquant une opération de bourse mal contrôlée ayant pour conséquence que cette petite liquidation ne rapportera que 3.7 milliards au lieu des 5 réputés acquis. D'une manière plus anecdotique, mais significative, en s'inventant ce qui semble être un faux héros, même si c'est une vraie victime, que le futur président visite à l'hôpital, décore de la médaille du courage et du dévouement, plus tard auquel il téléphone alors qu'il est en vacances au large de Malte, à qui il promet un logement et qu'il invite à la garden-party du 14 juillet ! 


Il y a plus grave : l'Etat, comme François Fillon en a fait l'aveu dans un moment de franchise, bien mal vu à l'Elysée, est en faillite. Mais c'est toujours à plus tard, en 2010 puis en 2012, que Nicolas Sarkozy remet le retour à l'équilibre des finances publiques. Pour parvenir à ce dernier résultat, il faudrait déplaire, se faire plus besogneux que médiatique, promettre "du sang et des larmes" plutôt que de vendre de la poudre de perlimpinpin. Tout le contraire de l'action d'une girouette qui n'est pas encore épuisée et qui lâche, entre autres, 11 milliards d'euros de cadeaux pendant l'été, et en quelques jours de grogne, 30 millions d'euros de subventions aux pêcheurs, 11 millions d'euros pour les étudiants afin d'amadouer Monsieur Bruno Juillard président de l'Unef quand, dans le même temps, 75.8% des étudiants (vote avec huissier),de l'université de Paris-Sorbonne ont rejeté le blocage de leur lieu de travail, et du gros lest dans le débat sur la fin des régimes spéciaux.


Dans ce domaine comme dans d'autres, le réveil pourrait être très douloureux. Pour monsieur Sarkozy sans doute, plus péniblement encore pour chacun d'entre nous. 
par François-Xavier Gaëtan Gelin publié dans : Chroniques "frivoles" (ou presque)
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POURQUOI J'AI DECIDE D'OUVRIR UN BLOG

Ce qui est frappant, c'est le phénomène de l'Eternel Retour. L'Eternel Retour des mêmes pensées, fausses ou vraies. Si je prends la parole c'est parce que le pire est de retour. Nous avons Raison perdu. Il est nécessaire de redevenir grec et de travailler à distinguer avec Platon la Vérité de l'opinion. L'honneur commande, pour le moins, de ne plus subir, silencieusement, les outrages faits à l'Intelligence. Ce que je me propose c'est d'exposer une réflexion qui s'inscrit dans la recherche de la Vérité guidée par la Raison.

("Déclaration d'intention" complète ci-dessous en date du 20.09.06)

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