Mercredi 29 août 2007
Au cimetière Montparnasse à Paris, repose Gus, dessinateur, humoriste, romancier, peintre, ... il avait de nombreuses cordes à son arc. Sur sa tombe, à côté d'une photo qui présente son visage rond, souriant et sympathique, figure ceci : "Il était au-dessus de ces religions qui font se battre les hommes. Lui, il avait trouvé la plus belle : il aimait tout le monde. Aimez-vous les uns les autres et priez pour lui selon votre foi".
Cet hommage, très complaisant, mérite que l'on s'y arrête. Il est riche de significations, d'interprétations, de contradictions, de confusions, d'ambiguïtés. Il est bien de notre époque en quelque sorte. (Gus est décédé en 1997). Je ne me prononce pas, évidemment, sur l'adéquation entre ces affirmations et la personnalité de Gus. J'analyse cliniquement ces phrases pour elles-mêmes, pour le message, universel, qu'elles entendent visiblement délivrer.


"Ces religions qui font se battre les hommes" : on retrouve ce relativisme cher aux contemporains qui place toutes les croyances sur le même plan. En l'occurrence ici, si toutes les religions se valent, elles ne valent pas grand-chose puisqu'elles "font se battre les hommes". On n'en serait donc plus à l'aimable lieu commun selon lequel "il y a du bon dans toutes les religions" (n'est-ce pas mon cher monsieur), mais plutôt à : "Il y a surtout du mauvais dans chaque religion".
C'est une idée assez ancrée que la religion, en soi, est facteur de guerre. Si l'on en croit ceux qui vont l'affirmant, c'est l'athéisme ou l'indifférentisme, ce qui revient au même, qui est source de paix. Historiquement cela mérite sans aucun doute d'être démontré. Le communisme et le national-socialisme, systèmes athées par excellence, l'ont-ils été ? Il est vrai que certains soutiendront aussitôt que ces deux idéologies étaient des "religions". Des substituts de religions, notamment en terme de messianisme, sûrement. Mais sauf, encore une fois, à détourner le sens des mots, une religion est ce qui relie l'homme à une puissance (ou des puissances) supérieure qui n'est pas sur terre, et généralement en vue de son humble soumission à des devoirs plus qu'à des droits.
Sans faire ici le tri entre les différentes religions des hommes, force est de reconnaître que sous diverses formes, dans des conditions différentes, avec des intensités variables, elles prônent souvent la maîtrise de soi, le détachement des biens matériels, la bienveillance, le secours mutuel, etc... toutes attitudes qui, normalement, ne font pas "se battre les hommes" et ont eu pour effet, de fait, d'éviter bien des affrontements ou d'en modérer l'ardeur. Certes, elles rentrent aussi en concurrence entre elles, certaines sont les schismes d'autres et cela entraîne des conflits. Parfois sanglants. Les hommes se hissent rarement à la hauteur des excellents principes qu'ils professent. Mais quand ils n'ont pas de principes transcendants par quel miracle cela irait-il mieux ? De plus peut-on mettre sur le même plan, toujours, partout, et pour toutes les religions, les excès des uns, croyants, et les excès des autres, incroyants ?
Réserver aux religions, en quelque sorte, le monopole de la génération de la violence entre les hommes est pour le moins paradoxal.


Il faudrait aussi s'interroger sur la nature de cette guerre.
S'agit-il de la guerre qu'infligeraient les croyants, armés de leurs certitudes fanatiques, à qui se permet de douter, ou de celle que ceux qui doutent ont souvent imposée aux croyants ?
Par exemple, il me semble incontestablement vrai, sur le plan historique, que les chrétiens ont eu bien plus à souffrir de tous ceux qui s'opposaient à leur existence, qu'ils n'ont eux-mêmes persécuté autrui. Et à ce propos, deux remarques : d'une part, Jésus-Christ a lui même annoncé à ses disciples, de son temps et à venir, la guerre, qu'ils auraient beaucoup à endurer à cause de Lui et qu'Il serait un signe de contradiction partout et toujours. En ce sens ce ne sont pas les religions qui "font se battre les hommes", ce serait plutôt le refus des hommes de les admettre. D'autre part, un chrétien persécuteur ne se comporte pas en chrétien. La faute est sur lui, pas en la foi qu'il proclame.


Il est vrai que l'on va me répondre que l'on peut se passer de religion, c'est même préférable pour beaucoup, et avoir de bons comportements humains. C'est ainsi que notre défunt "était au-dessus de ces religions", et que "lui, avait trouvé la plus belle : il aimait tout le monde".
C'est la prétention, assez amusante, de croire que l'on vient d'inventer tout seul un nouveau rapport aux autres. Corollaire du relativisme, l'individualisme s'épanouit. Est-ce une religion que "d'aimer tout le monde" ? Tout au plus une attitude, peut-être inspirée par une solide éducation... religieuse. Gus a aimé "tout le monde"", vraiment ?
Je lui présente mes plus vives félicitations admiratives. Sauf que là aussi on voudrait s'assurer que l'on parle le même langage. Aujourd'hui, le verbe "aimer" sert à couvrir bien des passions totalement égoïstes, coupables, voire criminelles ; un inventaire est nécessaire. 
Soit, apprécions ce "il aimait tout le monde", à la lumière explicative de ce qui suit : "Aimez-vous les uns les autres", paroles du Christ lui-même, tiens ! Mais sans doute ne faut-il pas conclure trop vite : il est vraisemblable que l'on procède ici, à la subtile distinction entre Jésus-Christ et la religion chrétienne, pour mieux les opposer puisque l'on a affirmé plus haut que les religions "font se battre les hommes".
Bien sûr on pourrait alors donner une interprétation chrétienne de cet ensemble : "Ces religions" ne seraient pas "toutes les religions", mais uniquement celles "qui font se battre les hommes". "La plus belle" serait alors la religion chrétienne qui , elle, prône de s'aimer "les uns les autres". Mais je pense vraiment que ce n'est pas la bonne exégèse du texte. Il s'agit bien plutôt de l'expression d'une "foi" sans religion, autrement dit d'un non-sens absolu.


La dernière phrase "priez pour lui selon votre foi" est proprement déroutante compte-tenu de ce qui précède. Pourquoi prier pour Gus ? Je veux dire, du point de vue de Gus ou de ceux qui écrivent pour lui, cela a-t-il un sens ? La "religion" "la plus belle" qu'avait trouvée Gus n'est-elle pas d'abord un art de vivre sur terre, humain, trop humain, pour être heureux sur terre, avant de disparaître, sous terre ?
Quant au "selon votre foi", cette ultime et étonnante concession, au delà du télescopage de voeux contradictoires de tous ceux qui voudront bien satisfaire à cette invitation, il est l'enfant souvent né de l'union du relativisme et de l'individualisme, un conciliant syncrétisme. A moins qu'il ne s'agisse d'un "placement" spirituel à toutes fins (dernières) utiles.


Encore une fois, la sincérité, la gentillesse de ceux des amis de Gus qui ont fait inscrire ces propos ne sont pas en cause. Mais, qu'ils me pardonnent, tout cela est frappé de puérilité, de sentimentalisme et à la racine de tout, d'absence de réflexion bien sûr, ainsi hautement significatif du désordre actuel des esprits.
par François-Xavier Gaëtan Gelin publié dans : Autres chroniques
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Vendredi 17 août 2007
L' Islam fut très tôt divisé, comme notre précédente chronique le laisse bien entendre. 
Mais, outre que le Coran constitue le plus petit dénominateur commun à tous les musulmans, et quel dénominateur ! doit-on s'écrier aussitôt, tant ce texte fort, impératif, fixé et sacré fait référence, il faut noter que les querelles intra-islamiques portent moins sur la doctrine que sur la primauté de telle ou telle autorité politico-religieuse. Plus exactement les discussions, souvent violentes, et portant parfois sur le sexe des anges, ne sont principalement que l'occasion d'une fondation ou de la consolidation d'un pouvoir.
C'est sans doute pour cela que les musulmans se sont toujours étripés gaillardement tout en sachant faire face ensemble à l'ennemi, à l'infidèle.


La division majeure, généralement bien connue d'un vaste public mondial, et singulièrement mise à l'honneur, si l'on peut s'exprimer ainsi, par la tragédie irakienne actuelle, est celle des sunnites et des chiites (mais l'on constatera dans ce malheureux pays l'accord profond de tous pour haïr la présence américaine dont l'intervention a pourtant permis aux chiites majoritaires, guère reconnaissants, de prendre le pouvoir. Pauvres américains naïfs qui pensaient, semble-t-il de bonne foi, être accueillis, triomphalement, en libérateurs !) Cette division est avant tout et d'abord historique.
Mahomet est mort sans avoir réglé la question de sa succession, sans laisser en particulier d'héritier mâle.
Revendiquent alors le pouvoir sur la jeune communauté, Ali ibn Abi Taleb cousin et gendre de Mahomet (dont il a épousé la fille Fatima) et le clan d'Aïcha l'épouse favorite de Mahomet laquelle a toujours détesté Ali.
Le père de celle-ci, Abou Bakr prend la tête de la Oumma (la communauté des musulmans du monde entier). Lui ne peut revendiquer le même lien du sang, mais il a des arguments en sa faveur : il est un des premiers disciples de Mahomet et lui a été fidèle jusqu'au bout ; ce dernier lui a confié d'importantes responsabilités dans l'organisation de l'Islam à Médine ; avant de mourir il l'a désigné comme imam pour diriger la prière.
Abou Bakr sera le premier calife. Le troisième, Othman (Cf. L'ISLAM   [14]), meurt assassiné avec, peut-être, la complicité d'Ali. En tout cas celui-ci est élu au califat, élection aussitôt contestée par le gouverneur de Damas, Mouawiya, parent d'Othman. Ils se livrent bataille. Un arbitrage les départage, Mouawiya l'emporte, devient calife et fonde la dynastie des Omeyyades. Des partisans d'Ali se dressent contre ce dernier pour avoir accepté cette procédure. Ali les anéantit mais il est lui-même assassiné. Un fils d'Ali, Hussein, qui refuse de faire allégeance à Yazid, fils de Mouawiya, est décapité.
Les vainqueurs de cet affrontement sanglant et à épisodes sont les sunnites (de Sunna, voir l'ISLAM [18]). Ils constituent l'immense majorité des musulmans (90% environ). Les vaincus sont les descendants des partisans d'Ali, les chiites (de chia, "être partisan de").Sunnites et chiites sont eux-mêmes subdivisés en plusieurs tendances.
Bien sûr ces distinctions renvoient à des points de vue différents sur tel ou tel aspect de la loi islamique et, par exemple, sunnites et chiites n'ont pas la même définition de ce que doit être un imam. De même l'Islam ne manque pas de théologiens francs-tireurs plus ou moins acceptés au sein d'une "école" ou créateur d'un courant de pensée nouveau.
Mais les schismes reconnus ayant donné naissance à beaucoup de sectes, annoncées d'ailleurs par Mahomet lui-même, lucide, qui avait dit : "Ma communauté se divisera en 73 fractions dont une seule sera sauvée" (il est cependant compliqué pour les spécialistes musulmans de parvenir non artificiellement à un tel chiffre dans le dénombrement), sont d'abord le fruit de différents politiques et non doctrinaux.


Au demeurant, peut-on parler de schisme dans une religion sans hiérarchie ayant mission de veiller sur le dépôt de la révélation coranique, sans conciles fondateurs ou refondateurs, sans liturgie et sans clergé ?

(à suivre)
par François-Xavier Gaëtan Gelin publié dans : L'ISLAM
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Dimanche 5 août 2007
Ce qu'il est convenu d'appeler l'"ouverture", voulue par Nicolas Sarkozy, ne manque pas d'étonner beaucoup et de scandaliser certains. C'est que, fondamentalement, cette attitude, dans le régime démocratique partisan, est absurde. Elle n'est pas fondée, en raison. Les électeurs ayant tranché entre deux candidats, porteur chacun d'un projet, il est logique que le vainqueur applique son programme avec celles et ceux qui l'ont soutenu. Que l'on regrette qu'il en soit ainsi est une chose. Mais alors il faut être cohérent, et regretter, aussi, de vivre sous un régime politique qui organise l'affrontement, au final, de deux camps (on mesure régulièrement la difficulté qu'a toujours une troisième voie à se rendre crédible).
C'est en vain que Laurent Wauquiez, porte-parole du gouvernement, tente de justifier l'ouverture par des arguments "objectifs" et afin de rassurer les électeurs de droite dans un hebdomadaire surtout lu par ces derniers (Valeurs Actuelles du 20 juillet). "Seuls les gouvernements faibles, peu sûrs de leurs bases, car peu sûrs d'eux-mêmes, se replient sur leur camp", y affirme-t-il ; mais l'on peut retourner la proposition et avec plus de crédibilité ! "Si des personnalités de gauche acceptent (...) d'entendre nos arguments, de quel droit leur fermerions-nous la porte ?" Certes, mais frappent-ils à la porte ces hommes de gauche, ou est-ce le président de la République qui l'ouvre pour les faire entrer ?


Il se pourrait que, parfois, des hommes politiques vivent mal cette situation d'affrontement. J'ai déjà eu l'occasion dans des chroniques passées de mettre l'accent sur le côté véritablement pathétique de ce besoin qu'a le fraîchement élu, de se présenter comme le "président de tous les Français". Au demeurant c'est un souci louable, touchant... mais cruellement dénigré par la logique interne du système politique qui est le nôtre. Comme l'écrit Favilla dans Les Echos du 31 juillet, pour réussir, la stratégie de Nicolas Sarkozy "doit être graduelle et durable". "Graduelle, elle l'est assurément", ajoute-t-il, durable, c'est moins sûr avec "la fin inéluctable de l'état de grâce".
Cette difficulté, plutôt de droite, à assumer ses victoires, se traduit par le besoin de séduire "ceux d'en face" par des mesures de nature à les distraire de leur devoir d'opposition. Non sans naïveté romantique comme chez Valéry Giscard d'Estaing en 1974.
Avec François Mitterrand en 1988, ce risque était inexistant. L'opération de débauchage de quelques personnages centristes qu'il mena, en vue de mieux s'assurer une réélection qui n'était pas évidente quelques mois plus tôt, devait tout au calcul politicien et rien à l'élan fraternel.


Dans cette affaire, je ne soupçonnerai Nicolas Sarkozy ni de candeur ni de cynisme.
Certes il y a incontestablement dans le comportement de cet homme pressé, volontaire, hyperactif, et souvent transparent, des traces de l'une et de l'autre. Mais je crois que ce serait lui faire injure, tout simplement se tromper dans l'analyse des faits, ce qui est pire, que de penser, en particulier, qu'il n'a recruté Bernard Kouchner que pour embêter et affaiblir le Parti Socialiste. Que ceci soit à ses yeux une heureuse conséquence de cela, n'est sans doute pas faux mais il ne faut pas prendre un effet pour une cause.
On peut remarquer que Nicolas Sarkozy n'a, à la fois, ni pris son camp "en traître", ni le camp d'en face en otage, avant son élection.
C'est ainsi que le 14 janvier dernier, Porte de Versailles, il demandait, drôlement, à ses amis "de (le) laisser libre d'aller vers les autres, vers celui qui n'a jamais été mon ami, qui n'a jamais appartenu à notre camp" [cf. QUAND LA GIROUETTE S'EPUISERA (2) et aussi (3)]. Un de ses conseillers clamait peu de temps après qu'il  était "tout à fait prêt à aller chercher à gauche des personnes de qualité pour gouverner". [cf. QUAND LA GIROUETTE S'EPUISERA (4)] On ne saurait être plus clair.
Mais dans le même temps, si l'on met entre parenthèses le ralliement spectaculaire et public, mais lié à des conditions très spécifiques, d'Eric Besson, on notera que Nicolas Sarkozy se fit discret sur les contacts qu'il n'avait pas manqué de prendre, évidemment, et on ne peut l'accuser d'avoir voulu destabiliser par ce biais son adversaire avant le 6 mai, que soutenaient toujours, au moins officiellement, les Kouchner, Jouyet et autres Lang, qui n'avaient pas, à l'occasion, de mots assez durs pour dénoncer le "dangereux" monsieur Sarkozy.
Les participations au gouvernement, les consentements à une certaine collaboration (oh ! le vilain mot), n'en sont que plus remarquables (bravo l'artiste !) et ont provoqué, à juste titre, l'agacement durable de nombreux UMP pris à rebrousse-poil. Ces baisers qui tuent l'opposition sont donnés même pour des nominations moins connues du grand public, mais qui traduisent donc, plus sûrement encore, la "gratuité" de la démarche présidentielle. C'est ainsi que le chef de l'Etat a porté à la tête de l'Ecole Nationale d'Administration, un énarque, (quand même !), un certain Bernard Boucault. Vous le connaissiez ? Pas moi. Et qu'a fait de significatif ce garçon ? Il a dirigé le cabinet du ministre de l'Intérieur PS Daniel Vaillant entre 2000 et 2002. Il remplacera monsieur "Antoine Durrleman, nommé en 2002 par... Jacques Chirac" (Les Echos du 2 août) . On comprend que d'aucuns trouvent que cela fait Boucault trop.


Je crois pour ma part que tout cela relève d'une autre explication que purement politique : psychologique.
Nicolas Sarkozy a un gros besoin d'être aimé, apprécié, de conquérir ; ce qui n'est pas incompatible avec une certaine brutalité d'ailleurs, car les personnes de cette sensibilité supportant mal de ne pas être appréciées par tous, toujours et encore, préfèrent "tuer" le contradicteur plutôt que de se remettre en cause, ou tout simplement d'accepter de ne pas être le soleil autour duquel les autres, tous les autres, devraient bien vouloir tourner, fascinés. Leurs moments de méchanceté sont une vengeance contre leur non-reconnaissance amoureuse par autrui.
"Il y a chez lui un tel désir de plaire", disent ses compagnons comme ses ennemis, si j'en crois L'Express (du 23.11.06), et je veux bien le croire !
Nicolas Sarkozy a besoin, à un point très élevé, d'être entouré de chaleur humaine. Cette ouverture est une couverture.
Cet homme a souffert dans sa vie, il ne s'en cache pas. Il a une revanche à prendre, un destin à forcer. Même si l'on n'est pas tenté, spontanément, de plaindre un natif de Neuilly, il était semble-t-il "petit blanc" là-bas dans sa jeunesse, et, ne le perdons pas de vue, familialement français de "fraîche date". Tout cela ne le rend que plus humain, plus sympathique, et c'est sans doute, au-delà d'un programme fourre-tout, ce qui a séduit une majorité de Français qui semble encore sous le charme.
C'est aussi sous cet éclairage qu'il faut apprécier les raisons pour lesquelles je l'ai qualifié de "girouette". C'est une girouette à la fois ambitieuse, très ambitieuse, et sincère, très sincère. Ce qui rend inéluctables beaucoup de contorsions.


Toutefois le mariage de la carpe et du lapin s'est toujours révélé stérile.
"J'ai changé", a affirmé Nicolas Sarkozy à plusieurs reprises avant son élection. Il n'a pas fini de changer, de tourner sur son axe, et probablement, in fine, se brisera-t-il, épuisé.
Entre-temps, je fais le pari qu'il aura perdu une bonne partie de ses nouveaux "amis", plus vite que l'on peut le subodorer aujourd'hui, tandis que lui, selon toute probabilité, ne le pense pas un seul instant, trop sûr d'être devenu l'aimant puissant et irrésistible de la vie politique française.
par François-Xavier Gaëtan Gelin publié dans : Chroniques "frivoles" (ou presque)
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Mardi 24 juillet 2007
( Je reprends ici mes chroniques sur l'Islam, interrompues  il y a quelques mois pour faire place complète à l'actualité politique. Que les lecteurs intéressés par ces articles veuillent bien me pardonner pour l'arrêt, plutôt prolongé, de cette série. Que les lecteurs nouveaux daignent, si le sujet retient leur attention, se référer aux 17 premiers commentaires s'ils  veulent faire le lien avec ce qui suit et  ce qui suivra).


Nous nous sommes longuement penchés sur le Coran, avons analysé son contenu, tenté de le comprendre "de l'intérieur". Le Coran, parole directe de Dieu, ne l'oublions pas, reste un texte déroutant. Etrange dans sa construction, modifié à plusieurs reprises par Mahomet, au gré des besoins qu'il ressentait de lui faire dire ce qu'il convenait de retenir comme étant la volonté du Créateur, il reste un texte inachevé, incomplet, souvent imprécis, même si son auteur affirme "n'y avoir rien omis", et souvent obscur.
Mahomet entreprit de reprendre la rédaction de certains versets. Surpris par la mort, il n'eut pas le temps d'achever son oeuvre.


D'où l'importance de la Sunna, à savoir la "coutume". Qu'est-ce que la Sunna du Prophète ? "C'est la coutume où ce 'modèle par excellence' est censé avoir édicté des règles positives de vie religieuse et morale, telles qu'elles ressortent de ses exemples et de son enseignement extracoraniques ou telles, à tout le moins, qu'elles furent sanctionnées par son approbation tacite." (1) (p.75)
 Enseignement capital au point que dès le premier siècle de l'Hégire, certains édictent que "la Sunna peut se passer du Coran mais non le Coran de la Sunna". (1) (p.75 ) D'autres vont jusqu'à affirmer que "dans les matières controversées, la Sunna décide contre l'autorité du Coran, mais non vice versa" ! (1) (p.75) Ces excès laissent rêveur si l'on songe au caractère sacré du Coran... Ils seront corrigés. Toutes les écoles admettent que la Sunna complète et explique le Coran. Celui-ci affirmant que le Prophète n'agissait jamais ni 'ne parlait sous l'empire de la passion', "quand donc il a établi le détail de la Sunna islamique, il devait être inspiré d'En-Haut -les théoriciens de l'Islam parlent ici  d'inspiration latente ou implicite- comme il le fut pour promulguer le Coran" (1) (p.76)


 Mais de quoi est faite cette Sunna ? C'est d'abord la transmission orale, initialement par les milliers de croyants, qui avaient obtenu la faveur de fréquenter et de consulter Mahomet. On ne doute pas de leur témoignage de première main. On accorde encore du crédit à leurs descendants. "Les 40 premières années de l'Hégire passeront pour l'âge d'or de l'Islam, celui des grands Compagnons. A leur tour, les 'suivants des suivants', à savoir les musulmans du premier siècle, s'appliqueront à se transmettre, oralement d'abord, ensuite à recueillir par écrit tout ce qu'ils savaient ou s'imaginaient savoir sur les paroles, les décisions, les attitudes et même les silences du Prophète." (p.78)
Les pratiques de la Sunna trouvent leurs justifications ultimes dans le hadith, trait ou sentence attribués au Prophète ou à ses compagnons. Et l'on invente des hadith pour créer une sunna inexistante. On l'authentifie en rappelant de qui on est censé le tenir. C'est l'histoire "de l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui a vu Mahomet". On crée des hadith pour les besoins de sa cause. "Pour se venger d'un magister qui a fustigé son enfant, un mohaddith (dernier transmetteur) fabriquera des traditions dépréciant les pédagogues. La rancune populaire en fabriquera d'autres contre les policiers, les gendarmes et les agents du fisc." (1) (p.80)
 Finalement, à partir du troisième siècle de l'Hégire, période de stabilisation pour l'orthodoxie musulmane, il fut mis un peu d'ordre dans cette somme de hadith, parfois contradictoires, qui se comptaient en centaines de milliers.


A dire vrai le travail accompli sur eux, ne relève pas d'un véritable travail critique, exégétique. On ne s'en prend pas au texte lui-même, au matn.On "ferme les yeux sur les anachronismes, les impossibilités logiques ou historiques du matn" (1) (p.82).
En revanche, on examine scrupuleusement la source, l'isnad, qui décrit la chaîne ininterrompue des garants par le canal desquels le hadith est parvenu au dernier transmetteur.


Alors quel crédit accorder à la Sunna ? Peu importe. Complétant le Coran pour fixer, dans le moindre détail de la vie, la Loi que doit respecter le musulman, du berceau à la tombe, elle l'oblige en tout.


"L'Islam est essentiellement une religion légale ; rien n'est laissé à l'arbitraire ou à l'initiative du fidèle. Le fiqh (droit islamique) embrasse donc l'ensemble des obligations que la charia impose au musulman en sa triple qualité de croyant, d'homme et de citoyen d'une théocratie." (2) (p.27-28)

(A suivre)



 (1) : Henri LAMMENS, L'islam, Croyances et Institutions, Editions du Trident.

(2) : Marie-Thérèse URVOY, dans Vivre avec l'Islam ? , Editions Saint Paul
par François-Xavier Gaëtan Gelin publié dans : L'ISLAM
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Jeudi 12 juillet 2007
En affirmant cela, je vais sans doute choquer. Il convient donc que je m'explique rapidement.
Je ne veux pas dire par là même qu'il ne se produit plus de films de qualité. Mais les écrans sont, en particulier, pollués par des films parfaitement inutiles, sans contenu et sans autres faits générateurs que de soigner les obsessions du réalisateur, de provoquer le spectateur ou de servir l'idéologie dominante (on doit pouvoir retrouver des traces de tout cela dans le "Et toi, t'es sur qui ?" dont je faisais état récemment, cf. "ET CA, C'EST SUR QUOI ?" article du 23.06.07)


Le cinéma est aussi blessé par la technique : la couleur et les effets spéciaux. Le phénomène a pris toute son ampleur il y a une trentaine d'années déjà.
"Quand un cinéaste meurt, il devient photographe" disait Louis Delluc. Il semble bien que de nombreux réalisateurs soient nés photographes. 
Tout est devenu parfait, "comme dans la vie". Les acteurs sont "criants de réalisme", ce qu'ils font sonne "juste". Hélas ! Gérard Depardieu parle comme notre voisin. Jean Gabin ne ressemblait à personne, il "jouait", il "gabinisait", heureusement, et c'est pour cela qu'il était vrai, universellement vrai.


Je ne vais pas au cinéma pour retrouver l'homme de la rue tel qu'il est vraiment dans la rue, et contempler le reflet de ma propre vie, de peu d'intérêt tous deux.
Je vais au cinéma pour rêver, pour pénétrer dans un autre monde. Pas non plus obligatoirement dans celui de la fiction plus ou moins "scientifique". Ce transport-là est bien souvent artificiel.
Non, je vais au cinéma parce que tout y est faux, comme au théâtre, seule condition pour que tout soit beau et authentique.

Le "King Kong" de Merian Cooper et Ernest B. Schoedsack de 1933 est tout sauf "réussi" selon les canons de la réalisation actuelle. Et pourtant il nous bouleverse. Jean Ferry écrit à son propos : "Par l'absurdité de l'affabulation, la violente puissance onirique, l'érotisme monstrueux, l'irréalité de certains décors, ou mieux encore par la combinaison de toutes ces valeurs, le film me paraît répondre à ce que nous mettons dans l'adjectif "poétique" et dont nous avons la faiblesse d'espérer que le cinéma sera la terre d'élection."
Depuis, les "King Kong" sont devenus de simples opérations commerciales. Mais quels progrès, n'est-ce pas, dans le "réalisme". Le réalisme non seulement en l'occurrence ne présente aucun attrait mais il détruit littéralement ici, comme dans toute oeuvre, l'art, tout simplement. Le cinéma n'est plus cette "terre d'élection" de la création poétique qu'attendait Jean Ferry.


Le drame du cinéma, c'est peut-être d'être né trop tard, et d'avoir connu par les progrès de la technique une évolution trop rapide.
Le cinéma aura vécu une soixantaine d'années. C'est déjà bien. Cela permet de passer de très bonnes soirées et pendant longtemps ! Durant cette époque bénie, même un film médiocre portait des traces de l'art cinématographique. Aujourd'hui il n'y a plus de cinéma. Il n'existe plus que des films. Parfois excellents. Il arrive même que certains d'entre eux rappellent la grandeur du passé.
A dire vrai, à propos de la décadence du cinéma, c'est de l'art en général dont il est question. J'y reviendrai sans doute.
par François-Xavier Gaëtan Gelin publié dans : Chroniques "frivoles" (ou presque)
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Texte libre

POURQUOI J'AI DECIDE D'OUVRIR UN BLOG

Ce qui est frappant, c'est le phénomène de l'Eternel Retour. L'Eternel Retour des mêmes pensées, fausses ou vraies. Si je prends la parole c'est parce que le pire est de retour. Nous avons Raison perdu. Il est nécessaire de redevenir grec et de travailler à distinguer avec Platon la Vérité de l'opinion. L'honneur commande, pour le moins, de ne plus subir, silencieusement, les outrages faits à l'Intelligence. Ce que je me propose c'est d'exposer une réflexion qui s'inscrit dans la recherche de la Vérité guidée par la Raison.

("Déclaration d'intention" complète ci-dessous en date du 20.09.06)

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