Quand la girouette s'épuisera, cela fera du bruit. Et cet événement majeur, surviendra-t-il d'ici l'élection présidentielle ou après ?
Au rythme où vont les choses, on ne perd rien pour attendre un peu.
C'est qu'il nous donne le tournis, le Nicolas. Pressé comme il est de devenir calife à la place du calife. A peine 52 ans (acquis en janvier), et piaffant d'impatience de pénétrer dans les salons du palais de l'Elysée muni d'un nouveau sauf-conduit.
La présidentielle, il y pense, on le sait tous puisqu'il nous en a fait la confidence, depuis au moins 2003 (en se rasant en particulier), mais tout porte à croire que c'est un vieux rêve.
Ne sait-il pas qu'un profil de jeunot comme le sien, totalisant à peine un demi-siècle au compteur des ans, et de surcroît agité comme il est, ne correspond pas à celui du candidat éligible à la fonction suprême ?
Certes, il y a le précédent de Valéry, 48 ans seulement en 1974. Mais attention ! Comparez les photos des deux époques, le style : Valéry paraissait dix ans de plus, au moins, et surtout il y avait dans sa voix, dans ses gestes, dans ses propos, la pose, la retenue, la componction qu'il convient d'adopter et l'on n'aurait pas imaginé que cet homme puisse faire son footing au champ de mars. Il savait qu'il fallait apparaître un peu comme antique et solennel.
Henri Guaino, nouveau conseiller de Nicolas (après avoir été celui de Jacques en 1995), constate : "En France, la présidentielle est un exercice particulièrement lourd. C'est un peu comme si on élisait la reine d'Angleterre et Tony Blair en même temps." Et vous voyez la reine d'Angleterre courir comme le Nicolas, qui commence une journée à Paris, fait un saut en avion puis en hélicoptère à Chalon et Mâcon, visite deux usines, prononce trois discours et ne trouve pas le temps de déjeuner ? Il est vrai que la reine d'Angleterre a la durée pour elle, aucune clientèle électorale à flatter ni séduire. Ce qui ne l'empêche pas d'être populaire (et occupée). Cela explique d'ailleurs peut-être ceci.
Le grand Charles s'imposait. Il pouvait dire : veni, vidi, vici. Il avait quand même 68 ans en 1958. Georges était un héritier naturel du siège, laissé vacant plus tôt que prévu, sur lequel il s'installa (en petite forme) à 58 ans.
Quant à François et Jacques, considérez le nombre de fois où ils ont dû reprendre leur élan pour franchir l'obstacle. La lenteur et la posture étaient pourtant naturelles chez François mais il attendit 65 printemps le bonheur d'accéder à la plus haute fonction. Le Jacques, lui, en 1981 précisément, était encore d'une fébrilité inquiétante. C'est fou dans le fond comme Nicolas, qui s'acharne contre ce père, lui ressemble. Eh bien Jacques n'a connu le nirvana que l'année de ses 63 ans. Il avait appris à ralentir le rythme. C'est comme cela.
Nicolas, vous êtes trop jeune, trop "jeune chien fou", faisant pipi partout sans même prendre le temps de vous essuyer. Les Français le savent, d'instinct, j'en suis sûr. Seulement voilà : il a été sé-lec-tion-né ! Par le système, côté droit, comme Marie-Ségolène l'a été côté gauche. Les Français devront faire avec. Avec un fiévreux et une incompétente. Merci au système ! C'est pour cela que la pièce n'est peut-être pas encore jouée, que ces diables d'électeurs encore majoritairement gaulois préparent, qui sait, on ne peut l'exclure, un coup ; le coup du petit père François (quoiqu'il soit bien jeune encore lui aussi [55 ans figurez-vous] , mais il fait des efforts pour le cacher), ou le coup du grand-père Jean-Marie (pour l'âge celui-ci offre désormais, à sa cinquième tentative, toutes les garanties gaulliennes, et comme il travaille à ne plus faire peur, alors...).
Bref, Nicolas est trop pressé. "De son impatience découlent tous ses défauts", note l'un de ses proches. Il paraît pourtant que François l'avait charitablement prévenu : "Retenez bien ceci, monsieur Sarkozy, moi qui ai mis vingt-trois ans pour conquérir le pouvoir, je vous dis qu'il ne faut jamais avoir peur d'attendre."
(à suivre)
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