Je m'étais permis, en d'autres temps, de traiter Nicolas Sarkozy de girouette et de lui consacrer une série de chroniques (QUAND LA GIROUETTE S'EPUISERA), dans lesquelles j'analysais, non sans
inquiétude, la bougeotte physique et intellectuelle de ce personnage, alors simple candidat à la magistrature suprême.
Plus tard, dans "POST-SCRIPTUM", je prédisais, sans grand mérite, la future déconvenue d'électeurs littéralement hypnotisés par ce bateleur.
Depuis,
Le Point l'a qualifié d'"acrobate" et cela, ma foi, n'est pas mal trouvé non plus, d'autant qu'il n'est pas exclu d'être une girouette acrobatique ou un acrobate versatile.
Il arrive toujours un moment, tout ce qui est excessif étant, c'est bien connu, insignifiant, où trop, c'est trop. Et la crêpe se retourne et tombe sur le crâne de qui s'amusait à la faire sauter
en défiant les lois de la gravitation et aussi sans doute, dans le cas présent, celles de la gravité nécessaire attachée à la fonction présidentielle.
A un moment donné, par le résultat d'une alchimie redoutable, la mécanique à produire la popularité du président de la République s'est enrayée et sans plus attendre, a entraîné la rétrogression de
celle-ci. La presse sonne quasiment l'hallali. Amie ou hostile, on pouvait croire, la même semaine en début février, qu'elle s'était organisée en conséquence :
le Nouvel Observateur
titrait sur "le président qui fait pschitt..."
le Point désignait "Ce qui cloche",
l'Express annonçait "La déception",
Valeurs Actuelles, plutôt sarkophile, relevait "Le
doute" et en rajoutait une couche une semaine plus tard en proclamant "L'état d'alerte". N'en jetez plus ! Et, dans le même temps, les médias dits "people",
VSD, France Dimanche, Paris
Match, faisaient leurs choux gras des aventures sentimentales de Clara et de Nicolas. Tout un symbole.
Marianne a beau jeu de rappeler : "Hier ils se couchaient... aujourd'hui ils le lynchent !" Ce périodique peut se targuer d'être constant : lui, il lynche ce petit homme depuis le
début de son ascension.
Comment vraiment s'étonner de tout cela lorsque l'on songe au grand numéro d'équilibriste tourbillonnaire auquel se livre Nicolas Sarkozy depuis des mois ?
Comme une vulgaire action d'une banque rattrapée par ses imprudentes accumulations de créances douteuses, il voit son cours, en bourse politique, s'effondrer. Voilà que des ministres persiflent,
que des candidats aux prochaines élections se lamentent, que des parlementaires regimbent. Nicolas se fâche, tonne, essaye de reprendre des initiatives parfois aussi étranges, démagogiques que
contradictoires et dans une visible improvisation. Signe des temps, vraiment, après s'être exhibé avec sa maîtresse, s'avisant qu'il en a trop fait, il cache la même au moment où elle devient son
épouse légitime. Laquelle, soit dit en passant, a confié à
L'Express du 14 février : "Je suis de culture italienne et je n'aimerais pas divorcer... Je suis donc la première dame
jusqu'à la fin du mandat de mon mari, et son épouse jusqu'à la mort". On a envie de crier fort : chiche !
Il y a panique à bord de la Sarkozie. C'est que c'est un avion fou qui ne sait sans doute pas où il va mais qui donne encore l'illusion d'avoir un cap. Tout porte à croire qu'il pique du nez. En
tout cas sans mesure spectaculaire de redressement, on ne voit pas ce qui lui éviterait après un beau plongeon dans les sondages de confiance (dernier chiffre connu 36%), de vivoter à un point bas
de type "chiraquien".
Beaucoup de Français ont cru sincèrement que cette étonnante énergie était au service d'une cause, d'une vision. Mais la vérité, c'est que cet homme veut entraîner pour entraîner, convaincre pour
convaincre, agir pour agir et parler pour parler en s'écoutant, subjugué.Quand fin janvier il reçoit trois intellectuels de bon niveau, rien moins que Jean-Claude Casanova, Alain Finkielkraut et
Marcel Gauchet, l'un d'entre eux note : "Il aime se justifier, faire son show. A trois, nous étions presque trop, cela faisait presque conférence de presse... il est drôle, ça pourrait être un
copain, mais il ne m'a pas laissé la possibilité d'aller jusqu'au bout de mon inquiétude" (rapporté par
Le Figaro).
Je doute fort que la pensée de Nicolas Sarkozy soit structurée. Je crois qu'il est tout à l'image du monde dans lequel nous sombrons : virtuel, kleenex, zappeur. Seulement voilà : précisément
l'arme se retourne aisément contre qui la manie ; c'est le peuple qui pourrait jeter Sarkozy comme un kleenex après l'avoir pris pour un sauveur, qui pourrait zapper dans les urnes et renvoyer un
certain nombre d'élus de droite à la retraite. C'est lui qui pourrait rendre le président Nicolas "virtuel" et comme en sursis. Il devrait pourtant garder son calme et avoir la sagesse d'inscrire,
à rythme plus lent, son action dans la durée. Encore faudrait-il qu'il ait du temps. Mais alors il ne serait pas, assurément, président d'une République.
On ne changera pas Nicolas Sarkozy. Et l'on peut s'interroger sur sa capacité à perdurer. Dans "Cécilia", le livre qu'Anna Bitton a consacré à cette ex-dame de France, la première confie ceci :
"Nicolas, il ne fait pas président de la République, il a un réel problème de comportement". Je crains que celle qui a vécu 18 ans à ses côtés ne soit lucide pour lui et pour tout le monde.
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