La seule démocratie qui tienne, qui ait un sens, c'est la démocratie locale. Par démocratie locale, j'entends celle qui s'exerce au niveau d'une commune ; et encore, la taille de celle-ci n'est pas
indifférente.
Plus exactement, dans le système actuel, l'enjeu des élections dans une ville de plus de 10 à 20.000 habitants, revêt, aussi, au grand dam des électeurs souvent, un caractère national.
On y voit s'affronter la "gauche" et la "droite" et maintenant le parti venu d'ailleurs et n'allant nulle part, le fameux Modem de Monsieur François Bayrou. Pourtant, même dans ces cas de figure,
les résultats, les opinions recueillies, montrent que les électeurs veulent, d'abord et avant tout, élire un bon maire qui soit proche d'eux, peu importe son étiquette politique affichée. Et un bon
maire, c'est aussi celui qui paraît avoir rassemblé une équipe unie.
Certes, l'activisme sarkozyste, contre-productif, a joué son rôle. Notamment auprès des classes populaires qui avaient fait défaut à la gauche en 2007 en votant pour le président de l'UMP. Mais
même eux, à 60%, disent s'être exprimés récemment en fonction de considérations purement locales. Jean Chiche, chercheur au Cevipof note : "On peut d'ailleurs imaginer que l'électorat populaire ne
voit pas de contradiction à voter pour une municipalité PCF qui leur assure du lien social et les protège, et à donner dans le même temps leurs voix à l'UMP lors du scrutin présidentiel pour
exprimer leur volonté de sortir de la crise" (cité dans
Les Echos du 17 mars 2008).
Ce sont les divisions locales, l'impression d'autoritarisme ou d'éloignement du maire sortant, qui expliquent la plupart des défaites du 16 mars dernier, à Metz, Caen, Toulouse, Reims ou
Périgueux.
A l'échelle d'une petite commune, l'étiquette politique du maire n'a pas d'importance. La liste, souvent unique, est constituée par le rassemblement de bonnes volontés de toutes obédiences, quand
toutefois celles-ci existent par ailleurs, unies par le souci du bien commun.
En même temps le "peuple" peut valablement s'exprimer, sur des questions concrètes qui le concernent directement, qu'il maîtrise, et auxquelles seul un désintérêt dont il serait le responsable,
pourrait le divertir de se préoccuper.
Et cette démocratie peut même s'exercer d'une manière permanente : un maire d'une petite commune qui prendrait une initiative trop impopulaire serait vite interpelé, en toute simplicité, dans la
rue. Il en tiendrait compte naturellement, ou tâcherait de convaincre.
Déjà le canton est une abstraction. L'existence de départements, création assez artificielle de la Révolution française, dans son souci jacobin de quadriller le pays pour mieux le contrôler, ne
passionne pas. Au second tour des cantonales, la participation électorale s'est élevée à 50,77%, plus faible encore qu'au premier tour.
La superposition de tous ces échelons de décisions, communes, groupements de communes sous diverses formes, cantons, départements, régions, Etat et Europe et les élections périodiques qu'elle
entraîne, fatigue.
Mais surtout la "politisation", pour employer ce mot faute de mieux, liée au système démocratique central, pollue littéralement le processus démocratique local, quand elle n'empêche pas qu'il
s'épanouisse.
N'est-ce pas Valéry qui disait, en substance, que la démocratie consiste à poser au peuple des questions auxquelles il n'a pas les moyens de répondre, pour mieux le détourner de celles qui le
regardent directement ?
Et cette façon qu'ont les hommes politiques, les mêmes d'une fois sur l'autre, de déclarer d'enjeu local les élections municipales quand ils les ont perdues, et d'avertissement national, quand ils
les ont gagnées, est proprement grotesque. On a vu Nicolas Sarkozy s'avancer sur ce front il y a quelques mois, attendant un plébiscite, puis battre en retraite à la vue à l'horizon, d'une défaite
annoncée.
La réalité est plus simple. Les peuples lassés par la démocratie idéologique, restent attachés à la démocratie naturelle, réelle, de proximité. Et même dans ce cadre, ils pourraient bien nommer des
"chefs de village à vie". Ce fut le cas dans l'Afrique traditionnelle, et cela marchait bien comme ça.
D'ailleurs, les communes en France dans lesquelles, c'est le cas, de fait, où le même maire est en place depuis des décennies, ses concitoyens étant trop heureux de ne pas avoir à le supplier de
bien vouloir se plier, pour la forme, tous les six ans, à la petite cérémonie électorale, ne se comptent plus !
La vie politique d'un village donne une idée assez exacte de ce que peut être la réconciliation du pays réel et du pays légal, pour reprendre la distinction chère à Charles Maurras.
Sorti du village, tout se complique, tout perd en évidence, en simplicité, en naturel, en harmonie. L'heure de l'embrouille sonne et les professionnels de la politique peuvent tout à loisir "agiter
le peuple avant de s'en servir"...
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