Candidat, Nicolas nous avait amplement démontré son inconsistance, son art de tout dire et son contraire, même s'il surnageait habilement de tout cela, quelques fortes affirmations destinées à
accréditer la thèse selon laquelle l'action politique de cet homme-là avait un cap, réformer la France, et une méthode, la rupture (Cf. la série de chroniques "QUAND LA GIROUETTE S'EPUISERA").
Las, la vraie nature du bonhomme, qu'il n'était pas si difficile de démasquer, allait produire les résultats que l'on sait, une fois arrivé à ce pouvoir grisant dont il rêvait depuis si
longtemps.
Je m'étais permis de prédire la chute, et elle est là.
Le baromètre mensuel CSA-
Valeurs Actuelles , réalisé à la mi-avril indique que seuls 28% des Français estiment que son action va "plutôt dans le bon sens". Le chef de l'Etat "ne fait pas
ce qu'il faut pour réformer la France" (53%), "incarne mal la fonction présidentielle" [ 58%, ça c'est dur, après avoir fait un bel effort pour bien se tenir à côté de la reine d'Angleterre et avec
l'aide précieuse d'une épouse modèle (pour ne pas dire mannequin)], "ne tient pas ses promesses de campagne" (64%), et "ne fait pas ce qu'il faut pour rassembler les Français" (71%). Depuis le
lancement de ce baromètre, Nicolas n'a cessé de chuter.
Il a, paraît-il, préparé comme jamais cette intervention télévisée du 24 avril, choisissant les journalistes autorisés à l'interroger, potassant ses notes et allégeant son programme pour en avoir
le temps.
Pour quel résultat ? Une majorité, courte il est vrai, de 51% de sondés ne l'ont pas trouvé "convaincant" (baromètre Le Figaro LCI, suite à l'émission). Il semble avoir surtout rassemblé son camp.
Ce n'est déjà pas si mal. Mais ce n'est qu'un discours. Paroles, paroles... "Parler ne fait pas cuire le riz", dit le proverbe chinois, dont je ne garantis pas l'authenticité, comme pour tout
proverbe chinois.
Il se pourrait bien que la fameuse "machine à perdre" se soit mise en route.
Certes, les Français sont versatiles, ils ont la mémoire courte et nos hommes politiques ont, eux, jusqu'à un certain point, une grande capacité à rebondir toujours et encore, alors que dans
d'autres pays ils auraient été éliminés plus rapidement. Mais notons toutefois que si plusieurs perdants qui paraissaient éternels, ont fini par gagner le siège suprême, une fois parvenus au sommet
de l'Etat, leurs disgrâces annoncent un déclin inéluctable.
Nicolas rappelle étrangement Valéry, en plus agité, comme de nombreux commentateurs l'ont fait remarquer, et si le second ne fit qu'un septennat, le premier pourrait bien n'être autorisé qu'à
effectuer un seul quinquennat. Ca tombe bien, il répète à l'envi qu'il n'est pas pressé de rempiler...
Tout le monde n'a pas l'habileté d'un François pour se faire bien réélire, en 1988, mais ne l'oublions pas, à l'issue d'une période de cohabitation qui lui donna le beau rôle. Jacques ne doit sa
réélection de 2002 qu'à un concours de circonstances ; après cela, le naufrage se poursuivit.
A l'origine du succès de ces hommes, il y a un gadget, le changement et le rajeunissement avec Valéry, la force tranquille avec François, la fracture sociale avec Jacques, la rupture avec Nicolas.
Il est vraiment dérisoire que cela "marche" et pourtant cela marche ! Un temps. Ce peuple ingouvernable, contradictoire, à qui "on ne la fait pas", se laisse quand même séduire par la petite
musique du plus original. C'est que, d'une part, il faut bien se donner un chef, et que le système démocratique impose au peuple de le choisir, parmi ceux qu'il a sélectionnés, évidemment, et
d'autre part les Français, volontiers frondeurs, cherchent toujours leur "sauveur". Mais que ce dernier vienne à décevoir et l'on ne donne pas cher de son avenir politique. Quête pleine de candeur,
elle semble avoir été portée à un haut niveau d'incandescence l'année dernière. Le brusque refroidissement de cette fragile aspiration faire craindre le pire, la ... rupture entre le peuple et son
héros. Et comme le titre
Marianne : "P... quatre ans !". Eh oui ! Le temps risque de paraître long pour tous ceux qui auront eu la naïveté de croire que quelque chose de fondateur
venait de se produire le 6 mai 2007. Alors qu'il ne s'agissait , bien sûr, comme à chaque élection, que de saluer le dernier tour de passe-passe, le récent numéro d'un prestidigitateur de talent
plus doué, plus atypique que les autres, plus malin, mais tout aussi au service de sa seule ambition personnelle, seulement mieux "porteur" comme l'on dit, des "aspirations", à vrai dire confuses,
d'un peuple exténué et peu à peu conscient, même s'il tarde à en tirer toutes les conséquences, des dangers pour son avenir, que lui font courir trop de machineries emballées et perverses dont plus
personne ne semble contrôler les manettes.
Pourtant, dès ce 6 mai 2007, du moins dans la semaine qui suivit, l'illusion brillait de tous ses feux...
(à suivre)
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