Mardi 20 mai 2008
A l'issue d'une campagne électorale, dont on veut bien admettre qu'elle fut éprouvante, Nicolas, au lieu de nous expliquer qu'il prenait  un peu de congés en famille, ce que tout le monde aurait compris, déclara vouloir prendre du recul pour "habiter" la fonction présidentielle.
Louable souci. On aurait pu s'attendre, en conséquence, à quelque retraite en un lieu discret où il aurait consulté. Le chef du protocole élyséen, entre autres. Il s'était donné huit jours, il n'en consacra que la moitié à un exercice de bronzage sur yacht en mer et de footing sur terre maltaise. Comme un quelconque représentant de la jet-set.
Il avait proclamé haut et fort, dans ce style "moi, je" qu'il affectionne, le soir de sa victoire, vouloir en finir avec l'esprit de repentance perpétuelle. Il revint cependant plus vite que prévu de son escapade lointaine, dit-on, parce que ses courtes vacances offertes par Monsieur Vincent Bolloré faisaient jaser, mais, plus visiblement  en tout cas, pour accompagner Jacques, Grand Maître en repentances diverses, à l'occasion de la journée commémorative de l'abolition de l'esclavage, ce qui était d'une urgence folle, on en conviendra.
Il eut été mieux  inspiré, pour "habiter" la fonction présidentielle, d'être aux côtés de son prédécesseur pour les cérémonies du 8 mai.


En un sens, avec ce début prometteur, aussi anecdotique qu'il puisse paraître, tout est dit, tout le style de Nicolas, au moins celui de Nicolas de l'an I, est résumé : agitation, indécision, exhibition.
C'est ce qui, tout au long d'une année, donnera naissance à la redoutable expression de "présidence bling-bling".
Ceux qui ont espéré en Nicolas, s'inquiètent de ce que toutes les leçons soient tirées de cette évolution aventureuse. Un autre Nicolas, Baverez celui-ci, écrit dans Le Point du 8 mai qu'il faut évacuer "le mirage d'un changement miraculeux porté par un homme providentiel" et que : "Le temps du rêve et de l'hyperprésidence n'est plus".
Est-ce si sûr ? Le style, c'est l'homme, comme chacun sait, et en change-t-on passée la cinquantaine ?
On voudrait aussi croire que la fonction transforme celui qui la revêt. Avec Nicolas, on a le sentiment du contraire...
Le "Nicolas nouveau" est-il arrivé ? Certes, il s'est fait un peu plus discret, un peu moins "people", il a procédé à un acte de contrition lors de son émission télévisée du 24 avril. Signe de faiblesse utile ?
Mais est-ce bien à lui d'accueillir à Orly les ex-otages du "Ponant", cérémonie dont un responsable militaire, sous couvert d'anonymat, dit que "tout le programme a été monté pour que les otages arrivent à 20 heures à Paris, pour les journaux télévisés" ? Le chef de l'Etat, qui, comme chacun fait semblant de le croire, est au-dessus des partis, puisqu'il est le président de tous les Français, n'est-ce pas, a-t-il dans ses missions régaliennes, le devoir de trancher, comme il l'a fait, le différend qui opposa récemment les deux frères ennemis, Jean-Pierre Raffarin et Patrick Devedjian, sur le choix, stratégique, du lieu où se tiendrait l'université d'été de l'UMP ?!
Le président a consacré beaucoup d'énergie, après la défaite électorale des municipales, à reprendre "son" mouvement politique en main. Il s'inquiète de la grogne des parlementaires, mais dans le fond, il les souhaite dociles et marchant au pas, au pas de course même, et comment faire autrement ? , pour mener à bien les 55 réformes qu'il s'émerveille, toujours et encore, de conduire de front.
C'est pourquoi je doute fort que Nicolas sache un jour "habiter", autrement que par épisodes, la fonction qu'il occupe. "Nicolas, il ne fait pas président" avait tranché, lucide, Cécilia, son ex-épouse.


De tout cela, encore, pourrait-on sourire, se moquer gentiment, tout en saluant le travail accompli. Mais le travail a-t-il été accompli, ne serait-ce qu'entrepris, selon les promesses du candidat ? Non.
Nicolas (Baverez) a encore raison de noter : "Force est cependant de constater que la rupture promise n'a pas eu lieu, le président ne parvenant pas à se libérer de certains noeuds de la pensée unique" (ibid). Certes "des choses" ont été faites, et sans doute de bonnes pour le pays. Mais sont-elles à la hauteur des enjeux ?


Comment peut-on, à la fois, dénoncer la stupidité des 35 heures, avec insistance, et ne pas abroger la loi qui les a imposées ?
Et lorsqu'une entreprise (Peugeot Motocycles), prend l'initiative de renégocier la durée du travail, sous peine de délocalisation, on a du mal à croire, et pourtant c'est vrai, que Xavier Bertrand, ministre du travail se permette de déclarer  :" Si on veut réconcilier les Français avec le monde du travail, il faut éviter tout ce qui ressemble à du chantage" ! On a envie de lui dire trois choses : a) De quoi je me mêle ? b) Où est la cohérence ? c) Que ce gouvernement donneur de leçons commence par tenir ses promesses qui étaient d'en finir avec les 35 heures, cette imbécilité crasse qui tourne le dos à toute logique économico-sociale.
Mais à l'heure de "l'ouverture", Nicolas est dans le droit fil de la "non-rupture" de la droite au pouvoir qui consiste, moins à appliquer son programme, qu'à préserver les "acquis" de celui de la gauche aux affaires.
Le comité central d'entreprise du constructeur, moins... (je ne sais quoi) que le ministre, je ne voudrais pas être trop désagréable, a accepté de renégocier cet accord en échange du maintien de 1050 emplois.
Les caisses de l'Etat étaient vides à l'arrivée de Nicolas au pouvoir. N'importe quel Français un peu curieux le savait. Pas Nicolas ? Alors comment peut-on faire des promesses sur le "pouvoir d'achat" ? Celui-ci ne se porterait, globalement, pas si mal que cela d'ailleurs, le débat des experts sur le sujet est sans fin. Mais quand on "chauffe la salle" électorale sur ces thèmes, quand, pour reprendre cette excellente expression "on agite le peuple avant de s'en servir", comment peut-on s'étonner de décevoir des attentes que l'on a suscitées et que l'on n'était en  mesure de satisfaire ? Au demeurant, ce n'est pas à l'Etat de "créer" du pouvoir d'achat. C'est le travail productif qui est à la source de toute richesse, c'est ce que l'on devrait enseigner aux enfants de sixième, dont les parents rêvent qu'ils deviennent fonctionnaires, plutôt que de se croire obligé de barbouiller d'anglais des élèves de CM2, dont beaucoup trop ne parlent ni n'écrivent correctement dans leur langue maternelle. Alors à quoi rime de commencer par faire des "cadeaux", avec le fameux "paquet fiscal" dont les effets positifs restent très incertains, mais dont le coût, lui, est avéré : 14 milliards ! ?
Quand on finit par avouer, piteusement, en janvier, que "les caisses sont déjà vides", le retour de bâton est douloureux.
Et quel pouvoir a encore ce chef d'Etat, mon Dieu, à l'heure où son gouvernement est surveillé comme un enfant mineur, par le tout puissant papa européen qui lui inflige, régulièrement, d'humiliants rappels à l'ordre ?
"Moins le chef de l'Etat a du pouvoir, plus il s'agite. Son activisme est là pour compenser le fait qu'il est beaucoup moins puissant que ne l'était en son temps, par exemple, Georges Pompidou" ( Guy Carcassonne, constitutionnaliste cité par Les Echos du 5 mai).

(à suivre)
par François-Xavier Gaëtan Gelin publié dans : Chroniques "frivoles" (ou presque)
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POURQUOI J'AI DECIDE D'OUVRIR UN BLOG

Ce qui est frappant, c'est le phénomène de l'Eternel Retour. L'Eternel Retour des mêmes pensées, fausses ou vraies. Si je prends la parole c'est parce que le pire est de retour. Nous avons Raison perdu. Il est nécessaire de redevenir grec et de travailler à distinguer avec Platon la Vérité de l'opinion. L'honneur commande, pour le moins, de ne plus subir, silencieusement, les outrages faits à l'Intelligence. Ce que je me propose c'est d'exposer une réflexion qui s'inscrit dans la recherche de la Vérité guidée par la Raison.

("Déclaration d'intention" complète ci-dessous en date du 20.09.06)

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