La mort de dix jeunes Français en terre lointaine, et non française, a suscité des réactions qui méritent d'être examinées avec recul et bon sens, cette qualité de l'esprit décidément de moins en
moins bien partagée.
Nous sommes témoins, muets mais bien évidemment compatissants, de la peine de familles éprouvées par ce fait divers de la guerre mais qui est le drame personnel de parents, d'épouses,
d'enfants.
Cependant la douleur, plus que jamais, égare.
Il est loin le temps où Blanche de Castille disait à propos de son fils Louis IX, qu'elle le préférait mort plutôt que vivant en état de péché mortel.
Il est loin le temps où l'immense majorité des pères et mères français du début du XXe siècle, acceptaient que leurs enfants tombent pour la France face à l'agresseur allemand, plutôt qu'ils
désertent pour survivre.
Nous avons même du mal, aujourd'hui, à comprendre leurs réactions. C'est que cette mère de roi, c'est que ces familles contrôlaient leurs émotions, qu'ils subordonnaient à une hiérarchie de
priorités.
C'est qu'entre temps, nous avons assisté à l'effondrement de beaucoup de lois morales, collectives, qui fondaient la grandeur des actes personnels, sans rien enlever à la liberté avec laquelle ces
derniers étaient accomplis.
Et nous avons constaté la montée de l'individualisme qui est une machine à détruire la capacité de chacun à accepter des valeurs structurantes.
Individualisme qui se marie très bien avec un sentimentalisme individuel et communautariste poussé au paroxysme par l'exploitation médiatique outrancière de faits anecdotiques, même s'ils sont
tragiques.
Car, au risque de choquer, il faut le constater : c'est un détail de l'Histoire que quelques soldats meurent durant un conflit dans lequel ils sont engagés. Rajoutons à cela que le monde
occidental, qui a peur de la mort, d'une manière générale, ne supporte pas que la guerre puisse encore faucher des jeunes gens. C'est l'impact sur les esprits de la popularisation de ce concept
douteux de la "guerre propre", technologique, celle qui est réputée détruire les machines sans broyer les hommes. Illusion grotesque. Et odieuse car, la guerre n'est immaculée pour personne, elle
est bien plus sale encore pour le camp d'en face. Des centaines de Talibans disparaissent, surtout des centaines de civils succombent victimes de "dégâts collatéraux", expression technique destinée
à masquer l'horreur, mais tant que nos soldats ne sont pas atteints, ou un par un, en catimini en quelque sorte, la guerre est réputée "propre".
Que dix Européens laissent leur vie, au même moment, et voilà que l'on cherche des coupables dans son propre camp, que l'on s'insurge, et pour ajouter à la dramatisation on voit un président de la
République qui en fait beaucoup, c'est-à-dire comme souvent avec celui-ci, qui en fait trop... C'est tout juste si l'on n'a pas entendu qu'il était anormal d'envoyer au casse-pipe des soldats dont
c'est pourtant le risque choisi !
Comment peut-on s'étonner que meurent des hommes engagés (volontairement que l'on sache), dans un régiment d'élite, le 8e RPIMA , dédié aux combats ? Que dirait-on alors s'il s'agissait du
"contingent" d'autrefois, réquisitionné comme en Algérie française ?!
Si l'on veut éviter ce genre de danger, il convient de se faire embaucher par la Poste, pas par l'Armée (encore que des postiers aient été braqués par des malfaiteurs, au total où est-on en
sécurité, mon Dieu ?).
Comment peut-on se scandaliser que des hommes en péril, qui ont été formés et bien formés à ce niveau d'engagement, il paraît difficile d'en douter, aient vingt ans ?
Aurait-il fallu les visser aux casernes et attendre qu'ils courent moins vite, à 35 ans, lestés par un peu trop de bière et d'inactivité pour les placer en situation réelle de vie, pour un
militaire, c'est-à-dire en risque de mort ?
Tout cela est signe de déliquescence.
Cela n'en rend que plus vain le discours officiel, car le scandale, le vrai, n'est pas là.
Il ne faut pas se tromper de colère. La vraie question qui se pose n'est pas de savoir s'il est normal qu'en temps de guerre ou de guérilla, un soldat meure même si l'on peut toujours discuter des
conditions dans lesquelles se produisent les pertes en hommes, et Dieu sait si, à une toute autre échelle ! , des fautes de commandement ont pu être commises pendant les grandes guerres mondiales,
qui ont fauché des milliers de vies humaines, la vraie question est de savoir pourquoi, pour qui, ce soldat est sacrifié.
(à suivre)
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