Mercredi 11 février 2009

 A la fin de son intervention télévisée, le jeudi 5 février dernier, Nicolas Sarkozy a dit en substance : « la droite, oui, la gauche, oui, mais nous n’avons besoin ni d’une extrême droite ni d’une extrême gauche Â». Il a fustigé « l’extrémisme Â», et aussi, pour faire bonne mesure, en ces temps où il était beaucoup question d’un évêque d’une certaine Fraternité catholique, par-dessus le marché, « l’intégrisme Â», sous le regard satisfait, complice, et que j’ai trouvé chargé de tendresse, de mademoiselle Laurence Ferrari.

 

 

 

Le président de la République ne prenait pas grand risque. « L’extrémisme Â» a bien mauvaise presse dans un pays composé de beaucoup de râleurs, mais finalement de peu d’authentiques révolutionnaires et dont la grande majorité de ses ressortissants apparaît, comme le climat, plutôt « modérée Â». Et les médias dominants se chargent, avec une constance remarquable, de conditionner l’opinion publique en condamnant sans cesse « l’extrémisme Â», mais on en conviendra aisément, sans aucun esprit polémique, plus celui qualifié de « droite Â», que celui, moins dénoncé, dit de « gauche Â».

J’ai déjà souligné dans une précédente chronique (« â€˜L’extrême’ droite et la gauche de la gauche Â»), que « l’extrême gauche Â» était plus volontiers désignée comme « la gauche de la gauche Â», ou la « gauche extrême Â» ou « radicale Â», parfois, mais ce n’est pas lui rendre service, comme « l’ultra gauche Â». (Etre « ultra Â», c’est une forme d’horreur depuis la Révolution française). Mais le mieux, c’est de ne pas la qualifier du tout.

S’il suffit à Philippe de Villiers, longtemps situé « Ã  la droite de la droite Â» et pour cela pas trop diabolisé, de se voir précipité dans le ghetto de « l’extrême droite Â» pour s’être rendu coupable de s’inquiéter de « l’islamisation de la France Â», Olivier Besancenot ne souffre pas d’un tel passage à la trappe.

 

 

Facteur définitivement aimable, sympathique, inoffensif et courageux défenseur de l’opprimé, il est reçu avec une incroyable complaisance (il est vrai que c’est le genre de l’émission, la pommade dégoulinant sur le verre de la caméra, avec les copains de l’invité et des figurants sur les bas-côtés priés de faire la claque), un dimanche après-midi par le très gentil Michel Drucker. Ce dernier prendrait un grand risque pour la suite de sa carrière, s’il s’aventurait (en admettant d’ailleurs qu’il en ait une envie personnelle), à réserver le même accueil à Jean-Marie le Pen. Même la fille de ce dernier, Marine, considérée comme plus « présentable Â», en tout cas dont l’exploitation du goût pour les médias est bien utile pour travailler à faire imploser le Front National, ce qui est en train de se produire à bon rythme, n’a pas eu droit à ce traitement de faveur et ne l’aura pas avant longtemps, tout au moins tant qu’elle ne déposera pas les armes aux pieds des sectateurs de la pensée unique, bref, tant qu’elle ne transformera p       as le parti dont elle s’emparera bientôt, en succursale de l’UMP.

Mais le gentil Olivier peut garder son costume de trotskiste, sans déranger personne. Sans doute parce que Lev Davidovitch Bronstein, dit Léon Trotski, est un gentil, lui aussi, la meilleure preuve étant qu’il fut assassiné par le méchant Staline.

 

 

On ne peut que le constater : le mot « extrémiste Â» (comme « intégriste Â», d’usage fréquent d’ailleurs récent et comme surgi du néant pour servir d’instrument d’élimination), sert à « tuer Â», au moins symboliquement, celui que l’on a décidé d’affubler de ce qualificatif. C’est toujours la même tentation que j’ai dénoncée déjà maintes fois ici, de se servir de mots dont la définition est incertaine quand elle n’est pas détournée, pour masquer les réalités, pour développer le phantasme, pour condamner celui qui ne pense pas comme il faut.

Certes le procédé n’est pas nouveau en cette époque moderne, mais la censure, le conformisme, le terrorisme intellectuel ne s’étant jamais aussi bien portés que par les temps qui courent, il règne désormais en maître et réglemente la pensée si toutefois il y a encore quelqu’un qui pense dans le microcosme médiatique et politique en position de se faire entendre.

 

 

Alors qu’est-ce que « l’extrémisme Â» ? Le Robert 2008 peine à nous le décrire : inventé en 1911, semble-t-il, « de extrême Â» (merci !), c’est « l’attitude de l’extrémiste Â» (encore merci). Qui est donc ce dernier ? Un « partisan d’une doctrine poussée jusqu’à ses limites, ses conséquences extrêmes. Â» Voilà qui est bien flou. Qu’est-ce que la « limite Â», la « conséquence extrême Â» d’une doctrine ? En quoi est-il coupable ou dangereux, en soi, dès l’instant où l’on croit en quelque chose dans la vie, d’en vouloir la pleine réalisation, si toutefois c’est cela qu’il faut entendre par « poussée jusqu’à ses limites Â» ?

Alors on se rabat sur « extrême Â», (l’adjectif et le nom), qui semblent à la source de tout le procès. Et là on reste, une fois de plus, sur sa faim. Il est écrit : « L’extrême droite, l’extrême gauche d’une assemblée politique : la partie de la droite, de la gauche la plus éloignée du centre Â». Mon Dieu ! Il faut bien caser tout le monde ! Mais l’on comprend mieux qu’après chaque élection, certains, toujours remarquerais-je, du même côté, à droite, protestent contre le fait  d’être repoussés « au bout Â».

Quand il s’agit du climat, le dictionnaire s’en sort mieux : quand il est extrême, il est très chaud ou très froid. Chacun peut saisir la nuance encore qu’il y ait toujours des gens qui grelottent quand d’autres, à la même heure et sur le même lieu, trouvent « qu’il fait bon Â».

 

 

Mais un extrémiste en politique, qu’est-ce donc, finalement, si je veux bien m’affranchir des conséquences d’une simple réthorique au service de condamnations sans jugement ?

 

(A suivre)

 

 

 
Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Autres chroniques
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Commentaires

Etre extrémiste, c'est déjà avoir été poussé à bout. Il faut donc rechercher les cause de l'usage de ce vocabulaire chez ceux qui ont décidé d'exaspérer le monde.
Commentaire n°1 posté par Maximilien FRICHE le 12/02/2009 à 22h28
Pas faux !
Réponse de François-Xavier Gaëtan Gelin le 13/02/2009 à 21h36
on se qualifie rarement soi-même d'extrémisme, aussi rechercher "les causes de l'usage de ce vocabulaire chez ceux qui ont décidé d'exaspérer le monde" n'a pas beaucoup de sens.
Ce qui serait intéressant serait de savoir comment des idées banales dans le passé sont devenues aujourd'hui extémistes.
Comment un discours sur la supériorité de la race blanche et la mission civilisatrice de la France, autrefois tenu par un politicien "progressiste" et bien ancré à gauche enverrait aujourd'hui illico presto un leader de la prétendue "extrême droite" devant la 17éme chambre.
Comment des idées aussi naturelles -  dans un pays qui a des frontières et qui décerne une nationalité à ses ressortissants - que la protection de ses nationaux et une certaine préférence dans l'attribution de prestations sociales ou du travail par exemple, peuvent déclencher tant de réactions haineuses et complètement disproportionnées.
En fait toute la société ne serait-elle pas devenue extrémiste ? l'extrémisme du candidat au suicide, se haissant au point qu'elle ostraciserait ceux qui lui rappelleraient  quelques évidences.
Car une société qui ne se sent pas meilleure que les autres, voire supérieure à eux ; un Etat qui ne protège pas ses ressortissants, ne leur donne pas la préférence sur l'extérieur, n'ont aucune raison d'exister.
Commentaire n°2 posté par Paul-Emic le 01/03/2009 à 17h59
Merci, Monsieur, dont j'ai fait la connaissance par des amis, de nous maintenir éveillés, et de nous agiter les neurones ! MAIS comment faire pour faire de meme chez ceux qui ne pensent pas comme vous ? car precher à converti, c'est bien, mais je voudrais divulguer vos articles d'une façon moins confidentielle, et sur des média qui recueillent plus d'auditeurs que Radio Courtoisie (merci de ne pas se méprendre sur ma pensée, et de déformer mes intentions, en tronquant et déformant le sens de ma pensée). (Ancienne parisienne, J'habite aujourdhui un petit village d'irréductibles gaulois qui résistent à l'envahisseur. en un mot , pouvez-vous dire à Sarkozy qu'il n'y a pas que  Paris en france ? )
Bravo et continuez ! P. de Tréglodé
Commentaire n°3 posté par Patricia de Tréglodé le 03/05/2009 à 13h45
Madame,
Merci pour votre confiance. Je pense que les "grands" médias ne sont pas susceptibles de s'intéresser à ma prose.
Mais attention, internet est, par définition, un grand média, qui est fréquenté par un vaste public. Si vous voulez faire connaître mon blogue, il n'y a pas de meilleur moyen que de le signaler à votre famille, vos amis, vos relations, quelles que soient leurs opinions, et de demander aux mêmes, à leur tour, d'alerter leurs propres réseaux, et ainsi de proche en proche.... on touche bien d'autres personnes que des convertis !
 Si chacun de mes lecteurs faisait comme cela, j'aurais, à la fin, des centaines de connections quotidiennnes.
Bien à vous,
François-Xavier GELIN
PS : En attendant, vous pouvez aussi vous procurer mon roman, et, si vous l'aimez... voir plus haut ce qu'il reste à faire !
Réponse de François-Xavier Gaëtan Gelin le 06/05/2009 à 21h29

Texte libre

POURQUOI J'AI DECIDE D'OUVRIR UN BLOG

Ce qui est frappant, c'est le phénomène de l'Eternel Retour. L'Eternel Retour des mêmes pensées, fausses ou vraies. Si je prends la parole c'est parce que le pire est de retour. Nous avons Raison perdu. Il est nécessaire de redevenir grec et de travailler à distinguer avec Platon la Vérité de l'opinion. L'honneur commande, pour le moins, de ne plus subir, silencieusement, les outrages faits à l'Intelligence. Ce que je me propose c'est d'exposer une réflexion qui s'inscrit dans la recherche de la Vérité guidée par la Raison.

("Déclaration d'intention" complète ci-dessous en date du 20.09.06)

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