Mercredi 8 avril 2009

A ce stade des constats, je suis tenté de poser la plume : ne cherchons pas à définir l’extrémisme. C’est une mission impossible. En renonçant à définir le mot, je renonce à qualifier la chose qui pourrait en relever. Ainsi je ne prends pas le risque de me livrer à une analyse linguistique que l’on pourrait soupçonner d’être au service d’une vision personnelle de l’extrémisme permettant de pourchasser « l’ennemi ».

Et pourtant, chacun ressent confusément qu’il y a bien, dans la nature, des « extrémistes », au moins en puissance.

Tout l’effort, sous l’égide, espérons-le, d’une honnêteté intellectuelle, consiste donc à tenter de donner, malgré tout un contenu « objectif » (c’est-à-dire selon le même Robert, précis cette fois-ci : « Se dit d’une description de la réalité, [ou d’un jugement sur elle], indépendante des intérêts, des goûts, des préjugés, de la personne qui l’a fait »), à un mot que le dictionnaire abandonne largement à notre interprétation, et que toute une classe politico-médiatique manipule au service de l’épuration qu’elle entretient.

 

 

Tout d’abord, on ne saurait faire de procès d’intention à une doctrine, une pensée, qui n’a pas trouvé d’applications pratiques. Au nom de quoi qualifier telle idée d’extrémiste et pas telle autre ?

En quoi est-il « extrémiste », par exemple, de vouloir nationaliser les banques ? Dans la tourmente financière actuelle, il se trouve des « libéraux », en principe hostiles à une telle « dérive », « dangereuse pour la liberté d’entreprendre » pour trouver « sage » cette décision sinon pour l’approuver pleinement. Est-il plus « modéré » de laisser ces mêmes établissements faire faillite ?

En quoi est-il « extrémiste » de contenir l’immigration dans un pays qui souffre déjà du chômage de ses ressortissants ?

Est-il plus « modéré » d’encourager par l’inaction l’entassement de populations inassimilées dans des quartiers « sensibles », pour les transformer en enragés frustrés ?

En quoi est-il extrémiste d’être royaliste plutôt que républicain, ou l’inverse ?

 

 

Je ne sais pas ce qu’est une position  extrémiste. Je ne sais pas, parce que je suis incapable d’en distinguer une seule pour telle, sans prendre le risque d’un jugement non objectif. En revanche, il y a de bonnes ou de mauvaises idées, doctrines, pensées, en soi, mais aussi selon les circonstances, en fonction de leur adéquation au réel, de leur pertinence au service du bien commun, de leur capacité  à améliorer le sort de l’humanité, à  élever celle-ci au dessus de sa condition première, animale.

Un pouvoir qui met en œuvre une mauvaise politique (par les conséquences objectives de celle-ci, que tôt ou tard, chacun peut constater), fait une erreur. Il n’est pourtant pas « extrémiste ». François Mitterrand, arrivé à la tête de l’Etat en 1981 tint dans un premier temps ses promesses électorales. Il pouvait difficilement faire autrement : la gauche, longtemps éloignée du pouvoir, était avide de revanche, pressée de passer des « ténèbres » de la droite à la « lumière » qu’elle prétendait incarner. Déjà « plurielle », elle obligeait le Président et son Premier ministre à appliquer un programme commun de gouvernement. Celui-ci s’avéra vite économiquement désastreux : deux ans plus tard, Mitterrand corrigeait le tir, avec lucidité et sagesse. Qui lui ferait un procès en « extrémisme » pour des débuts plus simplement « fautifs » ?

 

 

L’extrémisme ne peut se révéler comme tel que s’il s’incarne dans un pouvoir qui agit et qui, fuyant le réel, c’est-à-dire perdant de vue que la doctrine ou l’idéologie qu’il défend et illustre, insulte le bon sens et méprise le bien commun, en viendrait, sans plus de retenue, à en poursuivre les applications pratiques, contre tout un peuple, ou même une partie de celui-ci. Dans ce cas-là, il y a généralement morts d’hommes, tyrannie sanglante, en un mot fanatisme, c’est-à-dire « foi exclusive en une doctrine, une religion, une cause, accompagnée d’un zèle absolu pour la défendre, conduisant souvent à l’intolérance et à la violence ». Oublions « l’intolérance », mot devenu des plus ambigus (Cf. ma chronique « Tolérance et intolérance ») et retenons « violence ».

Quand il y a foi exclusive, zèle absolu, violence, alors là, sans doute, peut-on considérer qu’il y a extrémisme, sauf à se refuser définitivement d’employer ce mot.

 

 

Je veux bien renoncer à qualifier Olivier Besancenot « d’extrémiste ». Quel est le programme de la LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire) fondue maintenant, mais grande inspiratrice, dans le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) ?

Interdiction des licenciements, nationalisation des grandes entreprises, interdictions des « productions inutiles et dangereuses » (l’armement, la chimie, le nucléaire), interdiction des expulsions pour loyers impayés, régularisations de tous les « sans-papiers », suppressions des fichiers informatiques de police, dépénalisation de toutes les drogues, y compris les « dures »…

Un catalogue de propositions « extrémistes » ?  Non, simplement idiotes.

En revanche, que se passerait-il si, pour le plus grand malheur de la France et des Français, le gentil Olivier et ses amis prenaient le pouvoir ?

Il est à craindre que, désirant créer un monde nouveau pour un homme nouveau, ils se croient dans la nécessité de « changer » un peuple par trop récalcitrant, comme au Cambodge durant les sinistres années où les Khmers rouges éliminèrent  des centaines de milliers de leurs compatriotes, et donc d’appliquer les principes du camarade Léon Trotski : « La dictature est indispensable à la Révolution ». « Qui veut la fin ne peut répudier les moyens. » « La terreur rouge n’est que l’arme employée contre une classe vouée à périr. » « C’est la guillotine, cette remarquable invention de la grande Révolution française, qui a pour avantage de raccourcir un homme d’une tête, qui sera prête pour nos ennemis. »

Il est vrai que Monsieur Besancenot se réclame plus volontiers maintenant, de Che Guevara que du fondateur de l’Armée rouge. Ce n’est guère plus rassurant pour qui connaît le personnage, à la fois lâche et sanguinaire ! Mais là le mythe est encore solide.

 

 

Pour goûter de l’extrémisme, il faut payer, et parfois beaucoup. Tant que l’on demeure dans le débat intellectuel, il est liberticide de déclencher des lynchages, même seulement verbaux, contre qui que ce soit, en se drapant dans l’étendard de la « lutte contre les extrémismes » et pour ce seul motif, habitude qui se prend pourtant aujourd’hui avec une intensité et une régularité détestables,  en vue de faire taire « l’autre ».

Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Autres chroniques
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POURQUOI J'AI DECIDE D'OUVRIR UN BLOG

Ce qui est frappant, c'est le phénomène de l'Eternel Retour. L'Eternel Retour des mêmes pensées, fausses ou vraies. Si je prends la parole c'est parce que le pire est de retour. Nous avons Raison perdu. Il est nécessaire de redevenir grec et de travailler à distinguer avec Platon la Vérité de l'opinion. L'honneur commande, pour le moins, de ne plus subir, silencieusement, les outrages faits à l'Intelligence. Ce que je me propose c'est d'exposer une réflexion qui s'inscrit dans la recherche de la Vérité guidée par la Raison.

("Déclaration d'intention" complète ci-dessous en date du 20.09.06)

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