Mercredi 20 mai 2009

 

Voilà une bonne question qui mérite d’être posée à l’heure où la dite « crise » fait de l’Etat le sauveur suprême, où l’on proclame le « retour de l’Etat ».

A dire vrai, l’Etat s’était-il seulement rendu circonspect ces dernières années ? On a peine à le croire.

 

 

Au droit européen qui s’impose à nous et déverse quotidiennement ses injonctions qui ne souffrent pas débat, s’ajoute le droit national qui n’en finit pas, lui aussi,  de se donner de bonnes raisons de s’immiscer dans la vie de chaque Français. Le nombre de lois, règlements, n’a pas cessé de progresser depuis 10 ans, et à une vitesse exponentielle.

On se vante de réformer sans discontinuer, d’empiler les textes législatifs dont l’exécutif tarde souvent à produire les décrets d’application.

Le président de la République ne veut pas de « pause dans les réformes » ; il faut donc bien que la machine à légiférer tourne à plein régime. Certains députés, lucides et courageux, tentent de faire valoir qu’avant de rajouter une couche supplémentaire à l’épaisse légalité sédimentaire, il conviendrait de rendre applicables les règles existantes, mais en vain.

 

 

Si nous étions encore un peuple libre, il y a belle lurette que nous nous serions révoltés contre cet Etat envahissant, nous n’aurions pas été un ou deux, mais dix millions dans la rue, occupant l’Elysée, les Chambres, et le Conseil d’Etat, pour réclamer que le pouvoir central se fasse humble et discret.

Mais nous ne sommes plus un peuple libre, nous sommes un peuple démocratique, c’est tout le contraire.

Comme l’a admirablement noté et montré, à une époque où il fallait une grande intelligence observatrice pour le pressentir, l’excellent Alexis de Tocqueville, en étudiant le comportement de nos cousins d’Amérique, le peuple en démocratie troque sa liberté contre la sécurité. Bien plus qu’aux Etats-Unis, nous avons fait en France, de cet échange, un principe absolu.

Ö Saint Etat, protégez-nous ! Et la devise républicaine de « Liberté » se heurte à tout instant avec celle de « Egalité », sans que personne au plus niveau ne se préoccupe de cette contradiction majeure (Voir aussi ma chronique sur « Egalité, Liberté, Fraternité »).

On râle contre l’impôt à payer mais l’on consent à ce qu’il soit levé à toutes occasions, car c’est un facteur sacré de redistribution (bien imparfaite toutefois), de la richesse commune, dont personne ne se soucie trop de savoir par qui elle est produite, tant elle semble inépuisable. Et l’on se gargarise, ces derniers temps, que les fameux « avantages sociaux » produits merveilleux du « modèle français » constituent un précieux « matelas », que le reste du monde nous envie, pour amortir la chute du pouvoir d’achat de foyers tombés dans la précarité.

 

 

Lorsqu’au début du XXe siècle, la chambre des députés a débattu de l’instauration de l’impôt sur le revenu, à l’époque sur une base pourtant bien modeste, il s’est trouvé beaucoup d’hommes, d’un autre âge, héritiers d’un passé, -lorsque la France, selon la juste expression de Jacques Bainville, était « hérissée de libertés », peu individuelles sans doute, mais incontestablement collectives, et donc puissantes pour protéger les personnes-, pour s’opposer à cette dérive.

Ils le faisaient, horrifiés à l’idée que la puissance publique puisse se permettre de contrôler les gains de chacun, obtenu par son travail.

On sait ce qu’est devenu ce fameux impôt. Il peut vous voler jusqu’à 40 ou 50% de vos ressources. Il est toujours là, exigible ; enfin, réclamé seulement à la moitié des Français, grâce au maquis des niches fiscales, par lesquelles le Pouvoir, magnanime, consent à des « assujettis », des octrois ; citoyens de la République, qui, au moins de ce point de vue là, auraient gagné à rester des sujets du Roi. Cette situation choque une partie du personnel politique qui ne voit d’autre issue à cette détestable conjoncture que dans la réclamation du paiement d’un impôt sur le revenu par tous avec un minima incompressible !

Mais qu’on le paye ou pas, il faut dans presque tous les cas déclarer la moindre de ses rémunérations, sa situation familiale, ses avantages en nature, les dons effectués (quelle indiscrétion !), produire des justificatifs etc. tout cela parce qu’il faut faire tourner l’usine à perquisitionner. Cela nous occupe une fois par an, des fonctionnaires toute l’année, et avisez-vous de refuser cette ponction  et cette enquête arbitraires, et vous verrez ce qu’il vous en cuira !

En dépit de certaines apparences, Nicolas Sarkozy, même réduit à la triste condition  de gestionnaire d’un pays soumis à la loi d’airain d’un Super Etat qui ne dit pas son nom et qui travaille à Bruxelles, peut beaucoup plus contre chaque Français que n’a pu Louis XIV. Le soleil du dernier paraît bien pâle face à l’astre flamboyant du premier.

Dans un pays libre, l’impôt sur le revenu, pour ne prendre que cet exemple, n’existerait pas, ne pourrait exister, car il repose sur un système inquisitorial qui, en tant que tel, ne peut être que refusé par des hommes libres.

 

 

L’Etat, du moins l’Etat français, s’est mêlé, se mêle encore, et se mêlera toujours demain, je le crains, de tout ce qui ne le regarde pas.

Et il est assez comique d’entendre ou de lire que l’on tournerait le dos, aujourd’hui, sous les conséquences désastreuses du consentement de crédits douteux par les banques Nord-Américaines aux propriétaires fonciers yankees, à « l’ultra-libéralisme » dont Nicolas Sarkozy se serait fait le chantre il y a encore peu, pendant une certaine campagne électorale et au début de son quinquennat.

Outre que j’ai souligné, dans des chroniques précédentes (Cf. la série sur « La girouette »), que le futur président de la République avait à l’époque de sa candidature soutenu à peu près tous les points de vue, libéraux et étatistes, pour mieux s’assurer une élection confortable, encore faudrait-il, pour revenir de « l’ultra-libéralisme » (toujours l’emploi de ce mot qui fait peur, « ultra »), avoir un jour adopté le libéralisme ce à quoi la France issue de la seconde guerre mondiale, formatée, pour longtemps, par une coalition gaullo-communiste éphémère mais redoutablement efficace, n’a jamais consenti.

Etat soviétoïde nous avons, Etat soviétoïde nous gardons.

Que cet Etat-là, par gros temps économico-social, joue, à court terme, un rôle tutélaire rassurant, c’est aussi incontestable qu’il constitue, à long terme, une étouffante tyrannie.

En pays communistes, il n’y avait pas de chômeurs officiels. Chacun trouvait un emploi. Peut-être pas très utile, dans le cadre d’une économie corsetée, improductive, mais l’oisiveté était bien combattue. On sait au prix de quels sacrifices pour les libertés. Il se trouve des gens, beaucoup de gens, en Russie, pour regretter cette époque. Un homme conditionné par un régime totalitaire l’est durablement.

En France, on a longtemps cru, y compris dans les milieux réputés de droite, que le plein emploi était une nécessité absolue à laquelle la puissance publique se devait de veiller. Georges Pompidou, qui connut le début de la première crise pétrolière, estimait alors, avec inquiétude, que l’on ne pourrait supporter plus de 500.000 chômeurs dans le pays, sans qu’éclate une Révolution !...

 

 

(A suivre)

 

 

Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Autres chroniques
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POURQUOI J'AI DECIDE D'OUVRIR UN BLOG

Ce qui est frappant, c'est le phénomène de l'Eternel Retour. L'Eternel Retour des mêmes pensées, fausses ou vraies. Si je prends la parole c'est parce que le pire est de retour. Nous avons Raison perdu. Il est nécessaire de redevenir grec et de travailler à distinguer avec Platon la Vérité de l'opinion. L'honneur commande, pour le moins, de ne plus subir, silencieusement, les outrages faits à l'Intelligence. Ce que je me propose c'est d'exposer une réflexion qui s'inscrit dans la recherche de la Vérité guidée par la Raison.

("Déclaration d'intention" complète ci-dessous en date du 20.09.06)

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