Partager l'article ! MORALE ET MORALISME (1): Depuis de nombreuses décennies, la morale a mauvaise presse. « Faire la morale& ...
Le journal de François-Xavier Gelin
Depuis de nombreuses décennies, la morale a mauvaise presse. « Faire la morale » est une expression honnie et il est vivement déconseillé de se livrer à cet exercice, même au profit de ses propres enfants. Et ne parlons pas de « l’ordre moral », une horreur absolue, qui ne manque pas de nous rappeler « les-heures-les-plus-sombres-de notre-Histoire », selon l’expression-cliché qui tue le débat sans rien démontrer.
La leçon de morale a été chassée de nos écoles, de nos institutions publiques et privées, de l’enseignement des prélats et des autorités dites, précisément, « morales », qui renoncent à l’être, bien souvent.
Comme il n’existe pas de société humaine sans quelques règles de conduite qui pour ne pas être qualifiées de « morales », renvoient tout de même à des principes directeurs collectifs, aux étages supérieurs, où se réunissent nos élites, il est usé et abusé du mot « éthique », au contenu devenu incertain, et mis, comme le « développement durable », à toutes les sauces expérimentales.
Le bon peuple n’y entendant rien, la traduction en langage vulgaire de « l’éthique », c’est le moralisme. Il triomphe quand la morale agonise. C’est un jeu de vases communicants, la vie en société ayant, comme la nature, horreur du vide que constituerait l’absence de contraintes et d’interdits.
La morale pourchassée, fardeau plus léger qu’il n’y paraît, voilà que surgit le pesant moralisme. Et il est d’autant plus coercitif que la première s’est évaporée dans les consciences.
La morale, exigence assumée par la personne, a cédé la place au moralisme, impératif catégorique, qui s’impose aux individus sous la haute suprématie de l’Etat démocratique dont le peuple ne saurait, sans contradiction, contester la législation en ce domaine comme en d’autres, puisque, par définition, l’Etat démocratique agit au nom du peuple qui en a élu les faiseurs de loi.
Accepter des préceptes moraux, c’est d’abord exercer, librement, une autocensure personnelle dont les autres ont de bonnes chances d’être bénéficiaires.
Obéir aux diktats du moralisme c’est, avant tout, subir, déni de liberté, une censure imposée d’ailleurs.
Mais il y a pire à constater : comme le diable est le singe de Dieu, le moralisme est le singe de la morale. Et comme le diable est l’incarnation du Mal et Dieu la source de tout Bien, le moralisme appelle souvent « bien », aujourd’hui, ce que la morale la plus universelle a toujours désigné comme étant le Mal.
A ce stade prenons un exemple, éminemment éclairant : l’avortement. De tous temps, avant et après Jésus-Christ, on s’est accordé, même si la pratique ou une certaine tolérance a pu accréditer la thèse contraire, que l’avortement, naturel, ou provoqué, était un mal, et, dans le second cas, un acte condamnable, une incontestable suppression d’une vie humaine dans le ventre qui la porte. Qu’en dit-on de nos jours ? : que c’est un « droit » de la femme, durement acquis, « à disposer de son corps ».
Inversion des valeurs, subversion, devrait-on plutôt écrire. Et la chape de plomb du moralisme s’est abattue sur cette réalité. Il fut un temps, pas lointain, où manifester, même à quelques centaines de personnes, pacifiquement, contre ce « droit », constituait une atteinte à « l’ordre public » (cet ordre-là reste très apprécié de l’Autorité surtout comme prétexte pour faire taire qui la dérange…), provocation qui ne pouvait être combattue qu’à coups de trique policière.
Malheur à la jeune fille enceinte, comme il en existe légion, qui, mue par quelque secrète et instinctive exigence de sa conscience, voudrait résister à la pression de son entourage exercée pour qu’elle se défasse de ce qui gonfle son ventre ; le moralisme va se déchaîner contre elle : « Tu gênes tout le monde, ce n’est pas bien, comment vas-tu l’élever ? Ce sera une charge insupportable pour la société, pour toi, ta famille, ton petit ami (qui va d’ailleurs t’abandonner si tu persistes à désobéir aux lois que la République a eu la bonté de concocter pour toi), et d’ailleurs cet enfant, non désiré, va être malheureux (nous en sommes rendus à ce stade aux très grosses larmes de crocodile, sécrétion préférée du moralisme compatissant…) etc. »
Si la morale peut libérer chacun de ses pires démons intérieurs et par-là même protéger l’autre de chacun, et permettre à tous de respirer, le moralisme emprisonne et chacun et l’autre et étouffe la quasi-totalité des individus.
Je faisais allusion plus haut à la matraque. Le moralisme s’accommode fort bien de la répression, mieux il la suscite, pire il en a besoin, à dire vrai il ne peut s’en passer. Il arrive même qu’elle précède le discours théorique sur l’interdit, celui-ci venant, en retard, à la rescousse pour mieux justifier celle-là.
Tout ceci se comprend aisément comme conséquence du cycle infernal dans lequel s’enferme la société : puisque la personne est invitée à ne plus avoir de conscience et l’individu contraint à n’accepter que celle de l’Etat, il faut s’assurer qu’il va obéir. Et quelle meilleure garantie que la multiplication des surveillants humains et mécaniques ?
(A suivre)
POURQUOI J'AI DECIDE D'OUVRIR UN BLOG
Ce qui est frappant, c'est le phénomène de l'Eternel Retour. L'Eternel Retour des mêmes pensées, fausses ou vraies. Si je prends la parole c'est parce que le pire est de retour. Nous avons Raison perdu. Il est nécessaire de redevenir grec et de travailler à distinguer avec Platon la Vérité de l'opinion. L'honneur commande, pour le moins, de ne plus subir, silencieusement, les outrages faits à l'Intelligence. Ce que je me propose c'est d'exposer une réflexion qui s'inscrit dans la recherche de la Vérité guidée par la Raison.
("Déclaration d'intention" complète ci-dessous en date du 20.09.06)
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