Jeudi 20 août 2009 4 20 /08 /Août /2009 12:14

Un article paru dans Les Echos des 24 et 25 juillet 2009 sous le titre « Ethique orpheline » et que l’on doit à la plume de Farilla (nom générique cachant des journalistes d’occasion sur l’anonymat desquels veille scrupuleusement le journal), illustre à merveille le dilemme dans lequel s’enferme toute une société.

 

Le prétexte en est le cas de cette espagnole, Maria del Carmen Bousada de Lara morte récemment d’un cancer à l’âge de soixante-neuf ans, après avoir donné naissance, il y a trois ans, suite à un traitement hormonal et à une fécondation in vitro, à des jumeaux.

 

Farilla juge cette situation « choquante sur le plan éthique ». Elle l’est incontestablement sur un plan moral.

 

Il écrit : « Voici surtout la conséquence de l’absence de législation bioéthique. Un vide qui permet, au nom du libéralisme, de laisser chacun faire ce que bon lui semble. Le résultat de cette tragique bouffonnerie éthique [décidément un mot précieux] est que deux petits orphelins pleurent aujourd’hui leur mère disparue et incrimineront demain l’égoïsme du monde adulte. »

 

Et Farilla d’opposer les « libéraux » aux « régulateurs ». « Les premiers estiment que la puissance publique n’a pas à intervenir sur ces sujets qui relèvent de la seule conscience individuelle. » Les seconds « font valoir, quant à eux, que le désir d’un individu n’est pas seul en cause, et que la société se doit de protéger les intérêts des enfants à venir contre des comportements irresponsables ».

 

Il est frappant que la seule vraie sauvegarde contre ces dérives ne soit pas évoquée : l’éducation morale.

 

Les « libéraux » s’en remettraient à la seule « conscience individuelle », pour éviter ces dérapages ? Non ! Pour les justifier tout au contraire, et comment s’en étonner puisque la « conscience individuelle » n’est plus guidée ?

 

Quant aux « régulateurs », ils nous proposent de légiférer, de légiférer encore, de légiférer toujours… Sans doute, à court terme, en l’état actuel de la société, face à la prodigieuse accélération des « progrès » techniques en matière de manipulation du vivant, n’y a-t-il pas d’autres choix. Mais quelle défaite pour l’Esprit !

 

Car dans une société saine, nous pourrions renvoyer dos à dos « libéraux » et « régulateurs », leur signifier leur congé. Le peuple, dans son immense majorité, serait indifférent aux sirènes des premiers, hostile aux prétentions des seconds, mais imprégné dans son comportement des leçons de la morale universelle que j’évoquais dans le chapitre précédent de cette chronique.

 

Bien entendu, cela n’exclurait pas que des savants fous et des individus irresponsables commettent ce qu’il faut bien appeler des crimes contre le bon sens commun et l’intérêt bien compris de l’humanité. Mais massivement désavoués, sans de ces soutiens médiatiques subtils qui mettent toujours sur un pied d’égalité la vérité et le mensonge, le bien et le mal, le beau et le laid, ils devraient se cacher de la même manière qu’il fut un temps où la pornographie relevait du trafic de matériaux honteux et clandestins.

 

Cette fameuse crise, qu’est-elle sinon la manifestation éclatante d’une perte de repères moraux aux conséquences de laquelle la mondialisation ouvre un boulevard de drames ?

 

On demeure pantois en découvrant l’exaction de Monsieur Mardoff qui aura escroqué ses propres frères de juifs. Certes il y eut toujours des voleurs mais celui-ci est de haut vol. Vole très haut. Et un Mardoff dont on parle beaucoup peut cacher une forêt de malfaisants dont on parle peut 75 milliards de dollars dilapidés ! Qui dit mieux ? Et pourtant l’on savait depuis longtemps que les affaires de ce monsieur étaient louches, et on a laissé faire.

 

Et que dire de tous les banquiers qui ont poussé au crime des millions de futurs propriétaires ?

 

Et que penser d’un sondage réalisé par le cabinet Ernest Young auprès de salariés européens ? Un sondé sur quatre déclare ainsi que les pots-de-vin représentent une manière acceptable de retenir un client. 13 % des répondants disent être prêts à falsifier la performance financière de leur société.

 

Voilà qui en fit long sur l’effondrement de ce que l’on peut appeler « les valeurs ».

 

Alors, cautère sur une jambe de bois, on moralise : on prétend, c’est inouï ! dicter aux entreprises quelles conduites doivent être les leurs en matière de rémunération, salariale et par stock-options, les banques doivent être « transparentes », ont veut tout encadrer, réguler, contrôler ! On se venge sur quelques boucs émissaires.

 

Le moralisme a un prix : la liberté dont le champ est encore réduit pour tous à cause du cynisme croissant d’un grand nombre. La morale a un salaire : la préservation de la liberté du plus grand nombre vertueux, entendant supportable la déviance de quelques-uns.

Par François-Xavier Gaëtan Gelin - Publié dans : Autres chroniques
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POURQUOI J'AI DECIDE D'OUVRIR UN BLOG

Ce qui est frappant, c'est le phénomène de l'Eternel Retour. L'Eternel Retour des mêmes pensées, fausses ou vraies. Si je prends la parole c'est parce que le pire est de retour. Nous avons Raison perdu. Il est nécessaire de redevenir grec et de travailler à distinguer avec Platon la Vérité de l'opinion. L'honneur commande, pour le moins, de ne plus subir, silencieusement, les outrages faits à l'Intelligence. Ce que je me propose c'est d'exposer une réflexion qui s'inscrit dans la recherche de la Vérité guidée par la Raison.

("Déclaration d'intention" complète ci-dessous en date du 20.09.06)

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