Il y a plusieurs semaines de cela, j'ai entrepris l'étude de l'Islam. Il n'était pas initialement dans mon intention d'utiliser les matériaux réunis, dans le cadre de ce blog, tout au moins pas dans l'immédiat.
Le contenu du discours du pape à Ratisbonne le 12 septembre dernier, la flambée de violence, allant jusqu'à l'assassinat d'une religieuse italienne à Mogadiscio, que déclencha dans les pays musulmans un court passage de son texte, les réactions et les commentaires en Occident, parfois étonnants, traduisant souvent une méconnaissance du problème posé, voire sa déformation, m'incitent à ne plus retarder la publication du résultat de mes investigations. D'autant que ce dont il est question c'est, encore une fois, de la raison ; le propos de Benoît XVI ne portait que marginalement sur le rapport entre violence et Islam mais constituait d'abord et avant tout une interpellation de l'Europe sur son substrat gréco-judéo-chrétien, incontestable, et que l'on pourrait formuler ainsi, en s'inspirant d'une autre interrogation célèbre de son prédécesseur : "Europe, qu'as-tu fait de ton héritage grec?".
A fortiori, l'Islam, centré sur lui-même, nous pose une redoutable question.
S'agissant d'un vaste sujet, il fera l'objet d'une série d'articles publiés en "feuilleton", bien entendu, en alternance avec la poursuite de nos autres analyses (et "respirations"!) afin de ne pas lasser le lecteur attaché à la diversité des thèmes abordés.
Je suis de ceux qui pensent que l'Islam sera au XXIe siècle (ou durant une partie de celui-ci) un défi majeur pour le reste du monde. Certains parlent de "communisme du nouveau siècle", la nouvelle gangrène idéologique qui menace ce qu'il est convenu d'appeler "l'Occident", de Tel-Aviv à San Francisco. Quoi qu'il soit, concurrent, adversaire ou ennemi, il me paraît nécessaire, comme toujours, de le connaître, de bien le connaître, afin d'en juger plus sûrement. Chacun a sa "petite idée", bien entendu, plus ou moins fondée, sur la réalité de cette religion. J'ai voulu en savoir plus à travers diverses lectures. Dans ce qui suit, je ne prétends pas, et je ne la cherche pas non plus d'ailleurs, à l'exhaustivité. Je m'intéresse à l'Islam sous deux angles essentiels : en quoi il diffère (de), s'oppose aux religions chrétiennes et juive qui nous concernent le plus directement ; en quoi il est un danger pour un monde laïcisé et, en résultante de ces deux approches, dans quelle mesure la coexistance pacifique est possible avec lui.
Le premier livre que j'ai voulu ouvrir, c'est le Coran. Pourquoi ? Tout d'abord, évidemment, parce que c'est un texte, LE texte, fondateur de l'Islam, et sacré pour les musulmans puisque dicté par Dieu en personne à Mahomet. Ensuite parce que si l'on se contente de lire les commentateurs, complaisants ou malveillants, soit l'on vérifie ce qu'ils écrivent, soit on leur fait confiance, impressionné à l'occasion par de multiples renvois en bas de page, et l'on risque d'être abusé. Et commencer par lire le Coran, avec un minimum de préjugés, présente tous les avantages du "regard neuf" que l'on peut poser sur une découverte. En contrepartie on prend le risque, faute de connaissances savantes, de ne pas tout comprendre. Encore une fois, cela n'est pas très grave s'il s'agit d'un point de détail sur telle ou telle obligation morale, ou sur un fait historique, compte tenu des raisons de notre curiosité, et les commentaires ultérieurs de gens plus compétents que vous et moi viendront nous éclairer, précisément.
J'ai porté attention à la traduction étudiée. C'est important. En effet, d'une part il s'agit de la parole de Dieu lui-même qui s'est exprimé en arabe, qui est donc de ce fait la langue divine, la seule : toute traduction est délicate, elle peut être trahison du texte initial, même en toute bonne foi. D'autre part, justement, un traducteur intentionné pourrait faire dire au Coran, dans un sens ou dans un autre, ce qu'il ne dit pas.
Pour ces raisons, j'ai choisi "le Coran" de M. Jean Grosjean (*) dont il est précisé que "cette traduction a été revue et corrigée suivant les indications de l'Institut de Recherches Islamiques d'El Azhar", (**) lequel Institut confirme tout naturellement du coup que : "Cette traduction se distingue, pour la première fois, parmi les différentes traductions déjà publiées en langue française, par le soin extrême apporté au style de la rédaction ainsi que par la fidélité au sens".
Le Coran n'est pas un gros livre : 363 pages dans ce format livre de poche. Il est vrai que chaque page pleine comporte tout de même 40 lignes et environ 60 signes par ligne. Le Coran est divisé en chapitres, appelés sourates (1er chiffre, romain), elles-mêmes comportant des versets (second chiffre). Il y a 114 sourates, les premières (à l'exception de la toute première) de longueurs importantes, les dernières très courtes (la II, 25 pages, la XIII 4 pages, la 114e, 5 lignes). Ce classement par ordre décroissant a-t-il une signification ?
(à suivre)
(*) Le Coran traduit par Jean Grosjean, éditions Philippe Lebaud, collection Points, série Sagesses 1979, 8 euros.
(**) Université islamique fondée au Caire en 973 par les fatimides, la plus ancienne du monde et la plus prestigieuse dans la communauté arabe et musulmane.
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