Chroniques "frivoles" (ou presque)

Vendredi 29 septembre 2006

 

C'est la devise que semble s'être choisie Mademoiselle Ségolène Royal (A ceux qui s'étonneraient  que je l'appelasse ainsi, je ferais remarquer que cette dame n'est pas mariée à Monsieur François Hollande ).

 

 

Elle parle peu,  et quand elle parle c'est pour ne (presque) rien dire, et c'est ainsi qu'elle se fait beaucoup d'amis. Arnaud Montebourg, enfant terrible du socialisme, est tombé sous son charme et François Bayrou la trouve "belle comme la Joconde" (en plus émaciée, non ?). Bigre ! Même à droite certains devraient donc donner dans le panneau.

 

 

Il est vrai qu'avec ses allures de bourgeoise BCBG, son éternel sourire, ses quatre enfants - ce qui, pour une socialiste membre d'un parti plutôt malthusien, constitue une singularité dont on peut même craindre qu'elle traduise une coupable dérive droitière -, et son souci de la sécurité des personnes, elle rassure les beaux quartiers chers à Aragon.

 

 

Il va pourtant falloir sortir du bois, indiquer un programme (quoiqu'il soit déjà tout prêt, c'est celui du parti auquel le candidat est censé se conformer), prendre position sur quelques sujets brûlants. Attention ! une Ségolène peut cacher beaucoup de gens avec lesquels elle va devoir gouverner. Derrière elle, ils ne seront jamais loin, Laurent le centurion, l'austère Lionel, Dominique le comptable, Jack la tête de l'Art et son petit François préféré.

 

 

 

PS : A ceux de mes lecteurs qui pourraient s'étonner de voir surgir un texte aussi léger de fond après une déclaration d'ouverture aussi lourde de sens, je rappelle que j'ai annoncé dans la sus-dite des chroniques "frivoles". Ce sont des "respirations" destinées à votre détente et à la mienne. Comme dans un journal sévère et sérieux où il peut y avoir une page consacrée à la mode et aux babioles à l'usage des lectrices intellectuelles qui, pour subtiles qu'elles soient, n'en sont pas moins femmes.

 

 

Au demeurant je ne m'éloigne qu'en apparence de mon beau souci. Même si je concède que l'intention démonstrative ne perce pas d'une manière évidente dans ce qui précède - je tâcherai de faire mieux la prochaine fois - je suis tout de même sur un bon terrain car s'il est une classe qui, par sa pompe, ses oeuvres, ses décisions et son mode de fonctionnement, donne une idée assez exacte, du piétinement de la raison par la sensibilité et le calcul, de la dictature de l'opinion, c'est bien la classe politique de notre temps.

 

 

Par François-Xavier Gaëtan Gelin
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Mardi 3 octobre 2006

 

Le second tour de la future élection présidentielle se jouera entre Ségo et Sarko, comme ils aiment à les appeler. Ainsi en ont décidé les journalistes. Sur la base des sondages. N'est-ce pas une présomption ? En tout cas une imprudence. A la même époque dans l'année, en 1988, Raymond Barre n'était-il pas mieux parti que Jacques Chirac ? En 1995, Edouard Balladur n'avait-il pas course gagnée face au même Jacques Chirac ? En 2002, Lionel Jospin n'était-il pas assuré de figurer au second tour ?

 

 

Mais soit ! Acceptons l'hypothèse. Nous allons vivre de grands moments. Entre Ségo la silencieuse et Sarko le bavard. L'une n'en dit pas assez, essaye de passer le moins de temps possible dans le magasin de porcelaine socialiste et envoie virtuellement les militaires encadrer les délinquants pour faire plaisir au centre et à la droite. Avec bonheur. A gauche de son parti, toutefois, elle ne devrait pas pouvoir beaucoup séduire. Ce n'est pas trop grave, certains avaleront leurs chapeaux, comme d'habitude, pour conserver quelques sièges de députés et l'indéracinable Arlette, de toute façon, ira à la pêche. Il y a, tout de même, des limites à l'exercice du grand écart. L'autre en dit trop et a donné la clé de sa méthode : tantôt un coup à droite, tantôt un coup à gauche. Dans le fond c'est la même stratégie. Et il n'y en a pas trente- six possibles ; c'est celle de tous les candidats sérieux à la magistrature suprême : il faut ratisser large. Après s'être assuré du soutien, plus ou moins de bonne grâce, de son camp, aller se vendre ailleurs. Même Jean-Marie Le Pen, aux convictions de granit, qui croit en ses chances au vu des sondages, semble-il surtout répandus à l'étranger, qui le créditeraient d'un potentiel électoral de 20 à 25% de voix, se précipite à Valmy, destination inattendue pour lui et lieu d'une bataille dont la réalité est incertaine, pour annoncer ce que tout le monde sait, au grand dam, paraît-il, de ses alliés monarchistes.

 

 

Le contenu du discours importe peu. Ce qui compte, c'est l'emballage et le design du support. A ma gauche le produit Ségo, à ma droite le produit Sarko. Il n'est plus question de politique mais de marketing. Georges Pompidou, ombre portée du Général, avait encore une vision pour son pays, une "certaine idée de la France". Depuis, ceux qui ont brigué le fauteuil avec crédibilité ont surtout eu une certaine idée pour remporter les élections. La politique, à cet étage du moins, noble art au service de la cité, est morte. Les Français, désabusés, parfois aussi cyniques que leurs dirigeants, se prêtent quand même toujours au jeu. Qu'il est flatteur d'être, même totalement manipulé, une infime petite parcelle de la souveraineté nationale !

 

 

Je vois d'ici le débat télévisé qui opposera Ségo et Sarko à la veille du second tour de l'élection. Je vous en offre le résumé.

 

 

Une épreuve pour l'animateur. Par galanterie Ségo est invitée à ouvrir les hostilités.

- Ségolène Royal, quel(le ?) Président(e ?) serez-vous ?

- Celui (celle ?) de tous les Français sans exclusions liées à la race, à la religion, à la préférence sexuelle, à la taille et au poids, aux goûts culinaires.

- Mais encore ?

- J'ai oublié quelqu'un ?

- Comment allez-vous gouverner ?

- En faisant de mon mieux...

En face Sarko piaffe d'impatience. Il s'agite sur sa chaise et lève constamment le doigt.

- M'sieu ! M'sieu ! Je peux parler M'sieu ! Si elle n'a rien à dire, moi, j'ai beaucoup à raconter !

L'arbitre du match ne peut retarder le mouvement. Il sera vite débordé et mort de trouille (il risque sa place, il est payé pour surveiller la montre). Tant est si bien qu'à la fin de l'émission Ségo dispose encore de dix minutes d'antenne, Sarko, 0.

La présidente de la Région Poitou-Charentes, le sourire toujours accroché, mais soudain plus carnassier, taillera en pièce le programme de Sarko, lequel voudra, réclamera, protestera, mais n'y pourra rien : il devra se taire.

- Monsieur Sarkozy, je vous en prie... Monsieur Sarkozy votre temps de parole est épuisé... Monsieur...

Alors Ségo se penchera légèrement ,et, avec ce petit mouvement de tête d'arrière en avant qui fait tout son charme printanier, elle portera l'estocade finale : "Monsieur Sarkozy, vous n'avez pas le monopole de la sécurité !  " Et toc ! Et vlan ! Sarko se tassera dans son fauteuil, groggy. Terminé. Il est fichu. Quelques jours plus tard Mademoiselle Ségolène Royal est élue Président (e ?) de la République (*). Il sera temps de se marier.

 

 

(*) J'informe les ignorants et je rappelle aux oublieux qu'en 1974, lors du match qui opposa les deux finalistes, Valéry Giscard d'Estaing, la mine concentrée, les yeux plissés, et la bouche en cul de poule comme jamais, envoya dans les gencives de son adversaire : "Monsieur Mitterrand vous n'avez pas le monopole du coeur !". Le beau François accusa le coup. Les analystes s'accordent à dire que cette sortie joua en faveur du grand argentier. De fait, Valéry Giscard d'Estaing fut élu, de peu, mais fut élu.

A quoi tient le destin d'un pays pour sept, ou cinq, ans... 

   

Par François-Xavier Gaëtan Gelin
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Mardi 17 octobre 2006

La première fois que vous avez entendu parler de "sans-papiers", vous avez peut-être pensé, comme il était naturel, qu'il s'agissait de braves gens, en règle comme vous et moi, qui, à l'occasion d'un contrôle inopiné de police ou de gendarmerie, s'étaient retrouvés dans une position désagréable, ayant laissé leurs documents officiels dans une veste restée chez eux, ou les ayant perdus, bêtement, dans la rue, en tirant leurs mouchoirs de leurs poches. Depuis vous avez compris que vous aviez à faire à des personnes illégalement installées en France (et dans quelques autres pays). L'expression a été admise, imposée. La plupart des médias la reprennent en choeur. Elle devrait pouvoir faire école.

 

 

Qu'est-ce qu'un personnage qui brûle trois feux rouges, fauche deux enfants sur le trottoir, est contrôlé avec 2.5g d'alcool dans le sang et perd, en conséquence, son permis de conduire ? Un délinquant, un chauffard, un voyou de la route ? Que nenni ! C'est un sans-permis de conduire qui a droit à toute votre compassion. Il est en bonne compagnie. Si l'on en croit les révélations de la presse, qui n'ont pas l'air d'avoir ému nos autorités, il y aurait en France des millions d'automobilistes qui conduisent sans permis, soit pour l'avoir perdu, soit pour n'avoir jamais passé les examens qui permettent de l'obtenir (il est vrai que cela coûte cher, prend du temps, et que les examinateurs sont parfois féroces. C'est donc tout juste bon pour des imbéciles qui veulent respecter la loi). N'est-il pas temps de régulariser la situation de ces malheureux ?

 

 

Voici l'illustration concrète de ce que je dénonçais récemment dans mon article sur LA VERITE : malhonnêteté intellectuelle et non-respect des faits, à la base de tous les mauvais raisonnements qui en découlent. Ici on qualifie par une expression neutre, voire complaisante, une situation anormale. Le fait objectif, indiscutable, c'est qu'il y a violation de la loi. Cela n'est pas dit, cette vérité de fait est masquée par la malhonnêteté intellectuelle qui consiste à désigner un délinquant, clandestinement introduit en France (fait puni,normalement, par la loi, sur un plan pénal), autrement que par son nom véritable. Par là même on conditionne l'opinion, on lui fait perdre le sens de la réalité, le sens de la légalité ; on travaille à la faire raisonner, par la suite, de travers.

 

 

Très souvent le premier signe de l'entreprise de subversion consiste à pervertir le langage, à détourner le sens des mots. Manipuler le discours avant de manipuler ceux auxquels il est destiné. Appeler les choses par leur nom véritable est la première des opérations d'hygiène mentale nécessaires pour être en capacité de bien raisonner.

 

 

Par François-Xavier Gaëtan Gelin
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Mardi 24 octobre 2006

Selon le principe de Peter, lorsqu'un salarié s'est révélé brillant au poste n, il est promu au poste n+1 ; bon titulaire alors, il a des chances de grimper au poste n+2 et ainsi de suite jusqu'à la nomination de trop, quand il atteint, à n+x, son niveau d'incompétence.

 

C'est ainsi que l'on met en avant d'excellents experts en en faisant de mauvais chefs.

 

 

 

Qu'il me soit permis de me poser la question de l'application de ce principe à l'élection au suffrage universel du président de la République.

 

La magistrature suprême requiert des aptitudes hors du commun, une préparation programmée, la qualité des institutions pouvant faire le reste, dès l'instant où les pouvoirs du chef de l'Etat, sont importants. C'est le cas sous la Ve République.

 

Chacun s'accorde à dire que De Gaulle a donné à la France une constitution d'essence monarchique. On a prétendu que le Général envisageait même de rétablir la Monarchie ! Il reçut souvent, de fait,  le comte de Paris, qu'il appelait, aussi hors de sa présence, le "Prince". Il est plus vraisemblable de croire qu'il se moquait, respectueusement, de lui. Il semble qu'il le berça de quelques illusions et lui reconnaissait tout juste le droit de se présenter à l'élection, comme tout Français ; et il confia à Alain Peyrefitte, si l'on en croit son C'était de Gaulle : "Pour rétablir aujourd'hui la monarchie, il faudrait que le peuple français soit monarchiste. Vous voyez bien qu'il ne l'est pas. Alors ce n'est pas la peine d'épiloguer".

 

En faisant plébisciter par le peuple le recours au suffrage universel, De Gaulle aurait plutôt compliqué la tâche d'un restaurateur. Il a ouvert la boîte de Pandore.

 

 

 

Lui -même se croyait sans doute, par sa légitimité historique, au-dessus de la mêlée. Il était assez vieux pour n'être l'homme que d'une élection populaire, triomphale, cela allait de soi. Il dédaigna, comme il convenait à un monarque, de faire campagne avant le premier tour de l'élection de 1965. Mal lui en a pris. Il fut mis en ballotage, et par qui ? En tête de la petite troupe hétéroclite des prétendants que ce nouveau jeu de la loterie politique nationale avait suscitée - et encore, à cette époque-là, il n'y eut "que" 6 candidats (16 en 2002 !) dont un farfelu de service tout de même, en la personne de l'ineffable Marcel Barbu -,en première ligne donc, par un politicien dont la carrière quelques années plus tôt paraissait bien compromise, à dire vrai aurait été définitivement ruinée aux Etats-Unis, pour s'être prêté à une mascarade dans les jardins de l'Observatoire à Paris.

 

Le roi n'était peut-être pas nu, mais déjà bien déshabillé. Il n'y avait plus une majorité de Français derrière lui. Il n'y en aurait plus, pour aucun candidat.

 

 

 

A peine élu, au second tour de l'élection, le nouveau président de la République, qui a péniblement réuni sur son nom, au premier round, une minorité de concitoyens, se précipite vers les micros, pour affirmer, pathétique, qu'il sera le président de tous les Français : fiction de conte de fées, comme si pouvait être abolie, par des mots, cette réalité, ce fait incontournable, que le suffrage universel appliqué à la désignation du souverain organise et consolide la division partisane des Français !

 

Toutes ces énergies, durant des décennies, consacrées à gagner des élections. Tous ces changements de programmes, de slogans, de références, au gré des caprices du temps et de l'opinion, pour devenir grand calife.

 

 

 

Mais que ne sont-ils restés les bons experts, les bons ministres qu'ils furent ? Déjà avec Georges Pompidou, on évolua du Commandeur au gérant. Puis vint le temps des boutiquiers. Comme ces talents eussent pu fructifier sous un magistère indépendant. Celui-ci n'aurait pas manqué d'appeler Valéry Giscard d'Estaing aux finances, Jacques Chirac à l'agriculture, et François Mitterrand à ce que l'on voudra, il avait du talent pour tout le bougre !

 

 

PS : Selon un récent sondage, 68% des Français seraient partisans d'un gouvernement d'union nationale réunissant la gauche et la droite (toujours la nostalgie de l'unité perdue, ô illusions bayrousiennes !). Cela ne fonctionne jamais très longtemps chez les peuples raisonnables. Alors en France ! Surtout, comment cette utopie pourrait devenir réalité, dans la mesure où le fédérateur possible est lui-même issu d'un camp ? 

 

 

Par François-Xavier Gaëtan Gelin
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Mardi 31 octobre 2006

Mon Dieu ! Si ces deux mots n'existaient pas, il faudrait se dépêcher de ne pas les inventer ! Ils sont devenus incontrôlables.

Que d'erreurs coupables, criminelles, admet-on au nom de la tolérance. Que de têtes est-on prêt à couper au nom du refus de l'intolérance. La symétrie des deux mots n'est qu'apparente : la tolérance est douce. L'intolérance est dure.

La tolérance c'est, à l'origine, "ne pas interdire ou exiger alors qu'on le pourrait" (Le Petit Robert). L'intolérance, certes, commence logiquement le même dictionnaire, c'est l' "absence de tolérance". Est-ce à dire que l'on exige alors, ou que l'on interdit ce que l'on est en droit d'exiger et d'interdire ? Sans doute pas, car aussitôt après cela l'on a droit à une citation de Diderot qui n'y va pas avec le dos de la cuillère : "Passion féroce qui porte à haïr et à persécuter ceux qui sont dans l'erreur". Mince alors ! erreur réelle ou supposée ? Ce qui est cocasse, c'est qu'en matière d'intolérance, nos amis philosophes du XVIIIe siècle savaient s'y prendre, pour la pratiquer, au sens où ils l'entendaient, tout en se parant des vertus, précisément, de l'humanisme. C'est ce même Diderot qui résume, d'une manière exquise : "L'espèce humaine n'est qu'un amas d'individus plus ou moins contrefaits, plus ou moins malades" (Diderot, Eléments de physiologie), ce qui prédispose, incontestablement, à la compréhension envers les autres. Et le dictionnaire de nous renvoyer à des mots proches, tous charmants : fanatisme, étroitesse (d'esprit, bien sûr), intransigeance, sectarisme.

Après cette avalanche, à quoi êtes-vous candidat si vous ne voulez pas avoir d'ennuis ? Au poste de tolérant ou à celui d'intolérant ?

 

 

Les deux mots ont une deuxième définition plus large (d'esprit, bien entendu).

Pour la tolérance : "Attitude qui consiste à admettre chez autrui une manière de penser ou d'agir différente de celle que l'on adopte soi-même". Pour l'intolérance : "Tendance à ne pas supporter, à condamner ce qui déplaît dans les opinions ou la conduite d'autrui". Ici l'équilibre semble meilleur entre une chose et son contraire. Mais pourtant, peut-on écrire mieux pour ne rien écrire ? Quel mérite a-t-on d'être tolérant ? Nous sommes bien forcés d'admettre que d'autres pensent et agissent différemment de nous ! Qu'y a-t-il de coupable à être intolérant ?  C'est bien notre droit que de condamner des opinions ou des conduites qui nous déplaisent, peut-être contraires au bon sens et à la vérité !

 

 

Prenons donc un peu de recul et tâchons de raisonner, une fois encore.

Si je tolère quand je serais en droit d'exiger ou d'interdire, la vraie question est celle-ci : ai-je le droit de ne pas exiger et de ne pas interdire ? Si j'agis ainsi, quelles sont les conséquences, selon le cas de gravité et d'importance, pour la personne concernée, pour la famille impliquée, pour la société toute entière ? Si elles sont faibles voire nulles, je peux me permettre de ne pas exiger, de ne pas interdire. Inversement si elles sont importantes, graves, je ne peux pas m'autoriser à ne pas exiger ou à ne pas interdire.

La tolérance est donc au mieux une gentillesse anodine, au pire une lâcheté coupable. Corrélativement, l'intolérance est donc au mieux une fermeté justifiée, au pire une méchanceté gratuite.

On comprend qu'il ne soit plus question que de tolérance quand il n'y a déjà plus de Vérité et que toutes les opinions se valent !

 

 

Le meilleur usage que l'on puisse faire de ces deux mots c'est de les oublier, de les réserver à l'usage de la médecine et des techniques, et d'éviter d'avoir à les prononcer pour s'être fourvoyé dans des considérations oiseuses qui peuvent conduire à la tentation de les employer.

 

Par François-Xavier Gaëtan Gelin
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Mardi 7 novembre 2006

Le conditionnement médiatique est un phénomène régulier. Pour y résister il faut une solide santé intellectuelle et psychologique. Et du temps à consacrer au décryptage de ce que l'on a entendu et lu. Les exemples abondent.

Prenez seulement le tohu-bohu provoqué par une déclaration de Nicolas Sarkozy, vous vous en souvenez ? (vous me direz il y en a tellement...), C'était il y a quelques semaines, il y a donc si longtemps ! Ecume des jours, écume des mots... Il s'était permis d'accuser des magistrats de "démission".

Pressé, contentez-vous sur le sujet d'écouter, dans les heures qui suivent le "big-bang" initial, France-Info qui, dans son style imitable, vous assène tous les quarts d'heure, avec une gravité grandissante et cet indicatif sonore dramatisant en fond, que les propos du ministre de l'Intérieur provoquent une "levée de boucliers", une "émotion unanime", que "même" Guy Canivet, premier président de la cour de cassation demande audience à Jacques Chirac et évoque la "gaffe" du prétendant à l'Elysée, qui "déclenche de gros remous", etc. Pour peu que vos préférences partisanes ne vous portent pas spontanément à l'indulgence envers le coupable désigné, la cause est entendue, votre opinion a été faite. Vous condamnez le Nicolas. C'était pas bien ce qu'il a dit.

 

 

Si vous êtes un tout petit peu plus exigeant envers la vérité, que faites-vous dites-moi ? Vous ne concluez pas immédiatement surtout. Et sans doute avez-vous le choix entre deux attitudes :

1) Vous vous désintéressez totalement de ce "bruit pour rien", que l'on aura oublié sous peu, et c'est peut-être la sagesse. En contrepartie votre socratisme, en bon philosophe que vous êtes, vous pousse à ne pas commenter cet événement car vous savez que vous ne savez rien. Amen.

2) Vraiment, cette affaire vous passionne. Alors renseignez-vous sérieusement et rassemblez tous les éléments que vous pourrez recueillir sur le sujet. Vous êtes sûr, cependant, de ne pas perdre votre temps ? Vous persistez ? Soit. Si ce n'est déjà fait, j'ai travaillé (un peu) pour vous. Je ne sais pas si cela sera suffisant pour que vous fondiez, en raison, votre opinion sur cet incident, afin d'en dégager la vérité. Je ne prétends pas être exhautif. A vous de juger :

 

 

a) D'abord une remarque générale, qui vaut pour beaucoup de situations : 70% des journalistes français sont d'un bord politique (des "extrêmes" aux  "modérés"). Je ne dis pas de quel bord, pour ne pas paraître partial (hi ! hi !). Je vous laisse deviner en fonction de votre expérience, à moins que vous ne connaissiez le sondage en question. Seraient-ils, dans la même proportion, de l'autre bord, que l'on pourrait redouter les mêmes conséquences. Sur certaines affaires ils se "donnent le mot".Oh ! sans concertation, il n'y a pas de complot avec des cagoulés qui se retrouveraient périodiquement dans un café appelé à devenir mythique, pour décider de ce qui va être dit et écrit le lendemain matin. Non. Il suffit de partager la même idéologie. Pour d'autres esprits du camp, mais un peu lents, ou dont la feuille de choux n'est pas quotidienne, le mimétisme joue. Ils s'alignent plus tard, et l'effet "caisse de résonnance" n'en est que meilleur. Enfin quand on agit comme cela, en bande, l'honnêteté intellectuelle peut connaître de graves éclipses. C'est ainsi, ce sont là des lois quasiment physiques. Vous n'y pouvez rien et moi non plus.

b) Nicolas Sarkozy n'a pas mis en cause "les" magistrats, mais certains, en poste en Seine Saint-Denis.

c) Dans ce département les voyous, quand ils passent en jugement, souvent soutenus activement dans la salle par des "amis", semblent menaçants. Avec succès ? Il est connu qu'ils qualifient eux-mêmes les juges de "pères Noël", pourquoi ?

d) Tribunal de Bobigny : l'hiver dernier, un seul des 186 mineurs interpellés durant les émeutes a été placé en détention provisoire. Le nombre d'actes de délinquance n'a depuis lors cessé d'augmenter dans le département.

e) L'ordonnance du 2 février 1945 interdit d'incarcérer les moins de 16 ans ; à moins de 13 ans, un mineur ne peut être sanctionné. Or quel est l'âge moyen auquel est commis le premier délit ? 14 ans chez les garçons, 13 ans chez les filles. Les éducateurs disent qu'un mineur ne peut prendre conscience de sa responsabilité que si la loi le sanctionne au premier délit.

f) "Nos collègues tombent régulièrement sur des mineurs qui, avec une trentaine de délits à leur actif, n'ont jamais mis un pied en prison. Pour seule réponse des juges proposent en effet une simple admonestation qui fait doucement rigoler les jeunes d'aujourd'hui". (Loïc Lecouplier, délégué en Seine Saint-Denis du syndicat de police Alliance)

g) Selon l'audit de l'Inspection générale des services juduciaires, le tribunal de Bobigny, pourtant débordé avec 10.000 plaintes annuelles, rend une justice de plus en plus répressive. Entre 2003 et 2004 le nombre de réquisitions de mandat de dépôt a augmenté de 30%.

h) Le président du tribunal pour enfants de Bobigny, Jean-Pierre Rosenczveig est ouvertement de gauche. Il se moque éperdument de l'opinion de Nicolas Sarkozy : "Ma carrière est derrière moi", déclare-t-il. Pour les uns il est "affectif", "courageux", "pas sectaire". Pour les autres c'est un "Grand prêtre de l'angélisme judiciaire", "dépassé", "dogmatique". Débrouillez-vous avec cela !

i) Nicolas Sarkozy n'est pas un ministre parmi d'autres. Suivez mon regard vers 2007. "Quel est mon juge ? Les Français" (sur RTL). Il joue sur du velours : "La justice n'est pas assez sévère avec les jeunes délinquants" : d'accord, 77% ; "Il faut donner plus de pouvoir à la police pour lutter contre la délinquance des jeunes dans les cités" : d'accord, 74% ; "Il faut que la justice puisse traiter les mineurs délinquants comme les délinquants majeurs" : d'accord, 60%. (sondage IFOP, réalisé juste après les déclarations du président de l'UMP). Les sondages se trompent mais à ce niveau d'approbation, il n'y a pas de doute possible ! Le conditionnement médiatique a-t-il échoué ou n'a-t-il pas encore produit tous ses effets ?

En tout cas, a priori, c'est tout bon pour gagner les élections. Un ami politique de Nicolas Sarkozy, Eric Woerth, député de l'Oise déclare que celui-ci "dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas." Tiens... tiens... je croyais que ce genre de performance était réservé à Jean-Marie Le Pen...

 

 

Voilà, c'est très insuffisant, je sais. Creusez encore, si vous le voulez, moi j'arrête. J'ai déjà eu bien du mérite à y consacrer tout ce temps, rien que pour vous être utile !

Vous voulez savoir ce que j'en pense, de cette histoire, sur le fond ? Rien. Rien car on ne peut pas se pencher sur toutes les tempêtes observées dans des verres d'eau. 

Par François-Xavier Gaëtan Gelin
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Mardi 14 novembre 2006

Cette opinion a toutes les apparences de la respectabilité. Comment faire autrement d'ailleurs, lorsqu'il n'y a pas de Vérité et qu'il est obligatoire d'être tolérant, autre principe intangible ?

Et pourtant... il est des opinions qui sont, de toute évidence, interdites d'expression, peut-être parce qu'elles entretiennent des rapports trop étroits avec des vérités qui dérangent. C'est l'application du fameux axiome complémentaire : "Pas de liberté d'expression pour les ennemis (supposés) de la liberté d'expression". Certains y excellent. La raison n'en demanderait pas tant si on lui laissait la parole. Mais en revanche, elle n'accepterait pas la proposition d'où nous sommes partis.

 

 

N'interdisons pas l'expression des opinions. Au reste comment y atteindre pleinement ? Même les régimes totalitaires n'y parviennent que très imparfaitement. Vouloir contrôler la production des opinions c'est mettre le doigt dans un engrenage qui n'est ni raisonnable, ni moral, ni efficace. L'opinion est dans l'air que nous respirons, qu'elle y reste. A contrario, respecter toutes les opinions est non seulement immoral et inefficace mais aussi, quand on recherche la vérité, tout simplement absurde. Et pour la même raison, bonne au départ, qui pousse des sectaires à réclamer le bâillonnement de quelques fâcheux. Il suffit d'utiliser l'épouvantail de service pour en convaincre tout le monde : "S'il faut respecter toutes les opinions, il faut donc respecter celle d'Adolf Hitler sur les juifs, par exemple ?" - "Il n'en est pas question, Monsieur ! Il faut respecter toutes les opinions, sauf celles de Hitler" - "Ah bon... Et celles de Lénine ? de Staline ? de Pol Pot ? de Mao ? Qu'en pensez-vous ?" Là, la concession est moins franche. Le communisme a toujours moins mauvaise presse que le national-socialisme, en dépit d'un tas de cadavres accumulés bien supérieur. Allez savoir pourquoi est une autre histoire.

 

 

Mais oublions les tragédies du XXe siècle. N'eussent-elles jamais existé, qu'il serait raisonnable de ne pas respecter toutes les opinions. Salutaire même. Interrogeons les opinions sur leur légitimité au regard de l'exigence que l'on doit avoir dans la recherche de la vérité. C'est le seul critère valable. Il n'y a pas d'opinions bonnes et généreuses ou de mauvaises et viles. Il n'y a que des opinions vraies et des opinions fausses. Et une opinion vraie est bonne en soi, puisqu'elle correspond à la vérité des choses et des êtres. Et une opinion fausse est mauvaise en soi, puisqu'elle n'est que mensonge.

 

 

Rattrapons notre naïf qui s'en allait, heureux de sa bonté, proclamant partout qu''"il faut respecter toutes les opinions". Vous vouliez dire sans doute : "Il faut respecter tous les hommes, même ceux qui ont des opinions non-respectables ?" Et combattons les opinions non-respectables, fausses tout simplement, sans pitié, aucune. Bien sûr, il est parfois difficile de ne pas confondre dans l'opprobre celui qui parle et ce qu'il dit. Reprenons notre épouvantail de service : "Etes-vous prêt à respecter Monsieur Adolf Hitler ?" Ah ! je vois d'ici votre grimace, je sens votre gêne... C'était cependant un être humain, un des nôtres. Il pouvait être affectueux et délicat, n'en doutons pas, ne serait-ce qu'avec Eva Braun ou son chien.

 

 

Les opinions sont des choses. Pitié ! Ne sacralisons pas les choses. Socrate se moquait bien de respecter les opinions. Mais à travers le dialogue, il entendait aider autrui à se connaître lui-même, manifestation incontestable de son respect effectif pour les hommes.

 

 

"Il faut respecter tous les hommes." Eh bien ! va-t-on me dire, voilà un postulat qui en chasse un autre. C'est vrai. Il faut l'admettre. Mais n'est-il pas fécond, encore une fois, raisonnable ? N'est-ce pas en compagnie des hommes que je dois vivre, n'est-ce pas avec eux que j'échange, que je passe contrat, n'est-ce pas d'eux dont j'ai besoin ? Vit-on en compagnie des opinions, échange-t-on avec les opinions, passe-t-on contrat avec les opinions ?

Et respecter les hommes, au regard de leurs opinions, qu'est-ce que cela signifie ?

Pour le moins, ne pas leur interdire de les émettre ! Quelles qu'elles soient. Sinon qui distinguera le Permis de l'Interdit ?

Permettre à toutes les opinions de s'exprimer. Corrélativement, permettre que toutes les opinions puissent être critiquées. Car c'est respecter l'homme qui est dans l'erreur que de lui donner une chance de le découvrir. Et par-dessus tout, avoir toujours et encore l'amour de la vérité, seule recherche qui assure le partage final hier, aujourd'hui et demain entre l'opinion trompeuse voire maléfique, et l'opinion juste, libératrice.

Par François-Xavier Gaëtan Gelin
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Lundi 20 novembre 2006

Un article, fier de lui, du credo individualiste. Repris à différents niveaux de responsabilité de l'Etat. Bien entendu, je précise pour les esprits distraits ou mal réveillés, à moins qu'ils ne soient tout simplement trop logiques, qu'il ne s'agit pas de rendre la loi plus coercitive ou d'en créer une nouvelle, pour combattre des dérives en matière de moeurs, dangereuses pour la société et le bien commun.

Non, ces deux dernières notions étant oubliées voire honnies, il convient de défaire les lois existantes répressives (sans doute d'ailleurs assez nombreuses comme cela), pour permettre aux nouvelles moeurs de trouver droit de cité et légitimité.

Comme tous ces diktats frappés d'imbécilité congénitale, il suffit de prendre des exemples extrêmes de leur éventuelle application pour en montrer toute l'inanité : Brûle-t-on désormais dans ce pays, 10 voitures par jour, niveau de crémation des corps automobiles considéré comme raisonnable et incompressible ? Cessons de s'épuiser à combattre le fléau et ses agents. Adoptons la loi aux moeurs. Dorénavant, chaque jeune de banlieue aura droit à un quota annuel de voitures à brûler, en deçà duquel il ne saurait être inquiété. Il faut bien que jeunesse se passe, et jeunesse, dans le cas présent, particulièrement difficile et contrariée, ne l'oublions pas. J'exagère, mon exemple est par trop caricatural ? Je prétend que non. La meilleure preuve : cette nouvelle loi non écrite et non votée est déjà, dans les faits, appliquée ! Les médias, les pouvoirs publics ne s'émeuvent plus, mieux, ils se félicitent, qu'il n'y ait "que" 3650 engins d'incendiés par an. Mais voulez-vous une autre illustration du phénomène, bien plus vieille et parfaitement réelle, elle ? L'avortement. Que nous expliquait-on au début des années "1970" ? Que certes l'avortement était un mal, un échec, et patati et patata... mais qu'il fallait s'adapter aux moeurs car il y avait, disait-on, peut-être jusqu'à un million d'avortements annuels dans ce pays de France et que c'était insupportable, parce que clandestins et punis par la loi. Mensonge éhonté. Et étrange raisonnement, à partir de cette donnée fausse, qui consiste à combattre un mal en lui accordant le droit de se répandre légalement. Plus tard, tout le monde est passé aux aveux, et le vrai chiffre reconnu se situe entre 70.000 et 100.000. Depuis la loi Veil il est, officiellement, de 220.000. Ce que l'on reconnaissait, même "partisans de l'avortement", malgré tout, comme un mal, s'est aggravé.

 

 

Avant "d'adapter la loi à l'évolution des moeurs", il faudrait se poser de nombreuses questions :

- Pourquoi les moeurs évoluent-elles ainsi ?

- Relève-t-il de l'Etat, d'ailleurs, dans tous les cas de figure, de légiférer ?

- Est-ce la loi qui est mauvaise ou les moeurs condamnables ?

- Les moeurs individuelles ne doivent-elles pas être ignorées d'un Etat vraiment libre et qui rend libres les citoyens ?

- En revanche, cet Etat ne doit-il pas fonder son action sur une morale, claire, dont l'étalon est le bien commun, et lui seul ?

Mais j'irai plus loin : Répressives ou permissives, faut-il encore rajouter des lois à des lois ? L'inflation législative française est tout à fait stupéfiante, elle est scandaleuse ; et exponentielle depuis que cet Etat  se veut, un peu plus, libéral ! Elle devrait nous jeter dans la rue par millions au nom du bon sens, en criant aux hommes politiques : "Halte-là !"

Il faut exiger que la loi ne "dise pas" ou dise peu, mais dise l'essentiel pour que société survive.

 

 

Je ne proposerai pas, en conséquence, de retourner le propos et de proclamer qu''"il faut adapter les moeurs à la loi", pour le seul plaisir d'opposer un mot d'ordre idiot à un autre, stupide. La raison commande de dire : moeurs libres de chacun et loi régalienne pour tous. Maurras nous le rappelait à juste titre (cf. Quelques vérités chez Charles Maurras (3)), l'Etat "n'a pas de raison d'avoir affaire aux individus".

Les moeurs sont ce qu'elles sont. Nul ne peut prétendre les contrôler. De tous temps, elles ont pu être objets d'étonnement. C'est un devoir de l'Etat de les ignorer, en ce sens : ne pas leur donner un statut légal, et même les condamner dans la seule et unique mesure où elles menacent, de toute évidence, le bien commun.

 

 

C'est un devoir, sans aucun doute, des autorités morales que de combattre les mauvaises moeurs, par l'éducation, l'instruction, car c'est là la mission des autorités morales, et lorque celles-ci parlent haut, intelligemment et lucidement, elles sont généralement comprises par le peuple.

Quand les autorités morales défaillent, quand elles-mêmes proposent de changer la loi, parce qu'elles ne veulent plus dire où est le Bien et où est le Mal, me direz-vous, que fait-on ? Je vous répondrais qu'alors, nous sommes bien engagés dans un processus de décadence avancée et que l'Etat va ressurgir et légiférer, encore et encore...

Nous n'aurons que la société décomposée que nous mériterons (Mais faut-il parler au futur ?).

Par François-Xavier Gaëtan Gelin
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Samedi 2 décembre 2006

Ce lieu commun a particulièrement bonne presse parmi les catholiques. Des catholiques qui ont plié leur drapeau en 48 et l'ont bien tassé au fond de leur poche. Question de prudence sans doute. Mais pas qu'eux.

Au-delà de cette apparente manifestation de sagesse, réfléchissons ensemble à ce qu'elle cache (ou révèle). Il y a là un impératif catégorique qui ne souffre pas réplique. "Il ne faut pas." Dans tous les cas. Est-il réaliste, et sage, d'imposer, pour le coup, cette attitude ? C'est faire bien peu cas du réel.

Et d'abord, est-il envisageable d'"imposer" sa morale ?

A titre individuel c'est, pratiquement, impossible. Les autres échappent à votre contrôle. Pas vos enfants sans doute, un temps, dans le cadre de l'éducation que vous leur donnez. Mais après ce temps, et à mon voisin de palier, dites-moi ce que je peux, concrètement, durablement, imposer ?

 

 

Au-dessus de nous il y a une société. Et une société a des règles, des règles que l'on n'ose plus nommer "morales" (éventuellement on concède qu'elles sont "éthiques", cela fait plus chic), et qui le sont pourtant, morales, même si ces règles peuvent apparaître, selon les points de vue, comme amorales ou immorales. Il y a toujours des règles et, quoi que l'on dise, elles sont imposées au nom de valeurs plus ou moins déclarées. Par exemple, très à la mode aujourd'hui, au nom de la démocratie ou des Droits de l'Homme. En ce sens, il n'y a pas de neutralité, ni de la société, ni de l'Etat, ni des corps constitués.

C'est comme ces parents dits "libéraux" qui se vantent de n'avoir infligé aucun système de valeurs, aucune instruction religieuse à leurs enfants pour que plus tard, disent-ils, la mine épanouie, ils puissent "choisir en toute liberté". Erreur ou mensonge ! Ils ont imposé, précisément, leur libéralisme. Il est des enfants de libéraux qui, déboussolés, ont découvert péniblement, par eux-mêmes, adultes,  un chemin de salut dont ils n'ont pas manqué de reprocher sévèrement à leurs géniteurs de ne pas leur en avoir montré la direction ! Mais il est vrai que les enfants sont toujours ingrats, c'est bien connu. Il aurait, sans aucun doute, mieux valu qu'ils se construisent une vie à partir d'un système de valeurs reçu en héritage, sur la base duquel ils auraient pu faisant la part des choses, adultes, bâtir leur propre conception morale du monde. Il est des enfants de parents non libéraux, qui, structurés, ont découvert sans douleurs, par eux-mêmes, adultes, que la voie qui leur avait été "imposée" était la bonne !

 

 

Dès lors la seule vraie question est celle de la nature de la morale dominante : est-elle porteuse de valeurs vraies, donc bienfaisantes, ou de fausses valeurs, donc malfaisantes ? Veille-t-elle sur la poursuite du bien commun ou sape-t-elle les conditions de sa recherche par ceux qui en ont la responsabilité éminente ?

Il ne s'agit donc pas, lorque l'on travaille à défendre la morale, ou une morale, de l'"imposer aux autres" mais de la proposer au plus grand nombre au nom du Bien, du Beau, et du Vrai.

De toute façon, si ce n'est pas votre morale qui prédomine, c'est une autre morale qui triomphe.

C'est pour cela qu'il est patent que s'en aller en répétant qu'"il ne faut pas imposer sa morale aux autres" est toujours, en dernière analyse, une forme de démission, une lâcheté, qui ne veut pas dire son nom, et essaye de se faire passer pour de la "largesse d'esprit". La largesse d'esprit, ici, a bon dos.

Remarquons enfin que les plus malins, les plus cyniques, qui emploient cette formule, mais qui sont bien d'accord avec l'analyse que j'en fais ici, en réservent l'application à autrui, à l'Ennemi qu'il faut réduire, afin qu'il se couche et rende les armes (et l'on voit que cela fonctionne bien avec certains chrétiens), afin, évidemment, d'imposer leur morale. Cqfd.

Ne pas imposer sa morale aux autres est un mot d'ordre inepte qui conduit, immanquablement, à permettre aux autres d'imposer leur absence de morale.

Par François-Xavier Gaëtan Gelin
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Mardi 12 décembre 2006

Quand la baudruche se dégonflera, cela fera du bruit. Et cet événement majeur, surviendra-t-il d'ici l'élection présidentielle ou après ?

Au rythme où vont les choses on ne perd rien pour attendre un peu.

Marie-Ségolène est devenue Ségolène toute seule à la sortie de l'ENA. Il est vrai que dans Marie-Ségolène il y a un fort parfum de bourgeoisie catho, avec laquelle l'intéressée semble avoir des comptes à régler, qui est de nature à ne pas faciliter le report des voix communistes au second tour.

Marie-Ségolène veut séduire aussi les futurs électeurs malheureux de François, l'extrémiste du centre, certes, mais il ne faut pas pousser le bouchon de l'ex-petite fille modèle trop loin, tout de même.

Le drame est peut-être que l'on ne se refait pas entièrement, marqué que l'on est par son enfance, son milieu d'origine.

Et la petite Marie-Ségolène, aux sept frères et soeurs, est née, quel boulet !, dans une famille de fervents catholiques pratiquants. Le père, Jacques Royal, est un jeune lieutenant-colonel quand il achève sa carrière dans l'artillerie de Marine, et qui, apparemment, ne souffrait pas la contradiction, conformément à ce que l'on attend d'un militaire digne de cette vocation. Fatalement, tout ça laisse des traces. L'abbé Chevrier qui a bien connu ce foyer, indique à un journaliste : "Quand j'ai entendu Ségolène parler de confier les jeunes indociles à un encadremement militaire, je me suis dit 'tu retrouves ta famille, t'es une Royal'". (dans le Point du 23 novembre 2006)

Pourtant la jeune enfant s'émancipe très vite. Sous la chrétienne formatée perce la socialiste libérée. Voilà-t-il pas qu'à douze ans à peine, elle provoque l'abbé, je le cite encore, "en disant que dans la religion chrétienne les femmes n'étaient pas considérées. Les femmes doivent avoir les mêmes droits, disait-elle. Elle voulait l'égalité avec les hommes". (idem)

Mais point trop n'en faut. Elle ne versera pas, semble-t-il, dans le féminisme militant, genre MLF.

Elle n'adhère au parti socialiste qu'en 1978, à 25 ans. Ce n'est pas l'emballement précoce. Papa Royal était considéré comme très à droite. Certains murmurent qu'il aurait voté pour Jean-Louis Tixier-Vignancour à l'élection présidentielle de 1965, candidat classé à "l'extrême-droite". L'horreur, quoi ! Mon bon monsieur, on n'a pas toujours les parents que l'on mérite.

La chère Marie-Ségolène s'en souviendra avec tact lors d'interviews desquelles, si l'on en croit son oncle, Pierre Royal, "il ressortait qu'elle avait eu une enfance très dure du fait de son père, militaire rigide et borné qui la brimait", et le tonton de conclure ainsi un article qu'il fit paraître dans un bulletin de promotion, en mai 1992 : "Je n'ai aucune relation avec cette jeune femme, résolument mythomane et j'ai honte de voir le nom de ma famille ainsi galvaudé." Ouf ! Mythomane ?

Il est vrai que si l'on se réfère toujours à ce bulletin, dans un entretien avec une journaliste de la nouvelle République du Centre, au moment de la guerre du golfe, elle évoque "avec émotion le souvenir du départ de son père pour l'Algérie et sa mort au combat" alors que, précise Pierre Royal, "mon frère est mort d'un cancer en 1981 !" De l'art d'exploiter le cadavre de papa. Il est vrai encore que, son père l'ayant placée au terme du collège à l'Institution Notre-Dame d'Epinal, établissement dirigé par des chanoinesses, où le cours de maths commence encore à l'époque par un "Notre Père", on peut se demander pourquoi la Marie-Ségolène mentionne dans le "Who's Who" avoir été au lycée d'Epinal, laïque. La réponse est dans la question.

 

A bientôt pour la suite des aventures de Marie-Ségolène

Par François-Xavier Gaëtan Gelin
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Texte libre

POURQUOI J'AI DECIDE D'OUVRIR UN BLOG

Ce qui est frappant, c'est le phénomène de l'Eternel Retour. L'Eternel Retour des mêmes pensées, fausses ou vraies. Si je prends la parole c'est parce que le pire est de retour. Nous avons Raison perdu. Il est nécessaire de redevenir grec et de travailler à distinguer avec Platon la Vérité de l'opinion. L'honneur commande, pour le moins, de ne plus subir, silencieusement, les outrages faits à l'Intelligence. Ce que je me propose c'est d'exposer une réflexion qui s'inscrit dans la recherche de la Vérité guidée par la Raison.

("Déclaration d'intention" complète ci-dessous en date du 20.09.06)

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