Le conditionnement médiatique est un phénomène régulier. Pour y résister il faut une solide santé intellectuelle et psychologique. Et du temps à consacrer au décryptage de ce que l'on a entendu et lu. Les exemples abondent.
Prenez seulement le tohu-bohu provoqué par une déclaration de Nicolas Sarkozy, vous vous en souvenez ? (vous me direz il y en a tellement...), C'était il y a quelques semaines, il y a donc si longtemps ! Ecume des jours, écume des mots... Il s'était permis d'accuser des magistrats de "démission".
Pressé, contentez-vous sur le sujet d'écouter, dans les heures qui suivent le "big-bang" initial, France-Info qui, dans son style imitable, vous assène tous les quarts d'heure, avec une gravité grandissante et cet indicatif sonore dramatisant en fond, que les propos du ministre de l'Intérieur provoquent une "levée de boucliers", une "émotion unanime", que "même" Guy Canivet, premier président de la cour de cassation demande audience à Jacques Chirac et évoque la "gaffe" du prétendant à l'Elysée, qui "déclenche de gros remous", etc. Pour peu que vos préférences partisanes ne vous portent pas spontanément à l'indulgence envers le coupable désigné, la cause est entendue, votre opinion a été faite. Vous condamnez le Nicolas. C'était pas bien ce qu'il a dit.
Si vous êtes un tout petit peu plus exigeant envers la vérité, que faites-vous dites-moi ? Vous ne concluez pas immédiatement surtout. Et sans doute avez-vous le choix entre deux attitudes :
1) Vous vous désintéressez totalement de ce "bruit pour rien", que l'on aura oublié sous peu, et c'est peut-être la sagesse. En contrepartie votre socratisme, en bon philosophe que vous êtes, vous pousse à ne pas commenter cet événement car vous savez que vous ne savez rien. Amen.
2) Vraiment, cette affaire vous passionne. Alors renseignez-vous sérieusement et rassemblez tous les éléments que vous pourrez recueillir sur le sujet. Vous êtes sûr, cependant, de ne pas perdre votre temps ? Vous persistez ? Soit. Si ce n'est déjà fait, j'ai travaillé (un peu) pour vous. Je ne sais pas si cela sera suffisant pour que vous fondiez, en raison, votre opinion sur cet incident, afin d'en dégager la vérité. Je ne prétends pas être exhautif. A vous de juger :
a) D'abord une remarque générale, qui vaut pour beaucoup de situations : 70% des journalistes français sont d'un bord politique (des "extrêmes" aux "modérés"). Je ne dis pas de quel bord, pour ne pas paraître partial (hi ! hi !). Je vous laisse deviner en fonction de votre expérience, à moins que vous ne connaissiez le sondage en question. Seraient-ils, dans la même proportion, de l'autre bord, que l'on pourrait redouter les mêmes conséquences. Sur certaines affaires ils se "donnent le mot".Oh ! sans concertation, il n'y a pas de complot avec des cagoulés qui se retrouveraient périodiquement dans un café appelé à devenir mythique, pour décider de ce qui va être dit et écrit le lendemain matin. Non. Il suffit de partager la même idéologie. Pour d'autres esprits du camp, mais un peu lents, ou dont la feuille de choux n'est pas quotidienne, le mimétisme joue. Ils s'alignent plus tard, et l'effet "caisse de résonnance" n'en est que meilleur. Enfin quand on agit comme cela, en bande, l'honnêteté intellectuelle peut connaître de graves éclipses. C'est ainsi, ce sont là des lois quasiment physiques. Vous n'y pouvez rien et moi non plus.
b) Nicolas Sarkozy n'a pas mis en cause "les" magistrats, mais certains, en poste en Seine Saint-Denis.
c) Dans ce département les voyous, quand ils passent en jugement, souvent soutenus activement dans la salle par des "amis", semblent menaçants. Avec succès ? Il est connu qu'ils qualifient eux-mêmes les juges de "pères Noël", pourquoi ?
d) Tribunal de Bobigny : l'hiver dernier, un seul des 186 mineurs interpellés durant les émeutes a été placé en détention provisoire. Le nombre d'actes de délinquance n'a depuis lors cessé d'augmenter dans le département.
e) L'ordonnance du 2 février 1945 interdit d'incarcérer les moins de 16 ans ; à moins de 13 ans, un mineur ne peut être sanctionné. Or quel est l'âge moyen auquel est commis le premier délit ? 14 ans chez les garçons, 13 ans chez les filles. Les éducateurs disent qu'un mineur ne peut prendre conscience de sa responsabilité que si la loi le sanctionne au premier délit.
f) "Nos collègues tombent régulièrement sur des mineurs qui, avec une trentaine de délits à leur actif, n'ont jamais mis un pied en prison. Pour seule réponse des juges proposent en effet une simple admonestation qui fait doucement rigoler les jeunes d'aujourd'hui". (Loïc Lecouplier, délégué en Seine Saint-Denis du syndicat de police Alliance)
g) Selon l'audit de l'Inspection générale des services juduciaires, le tribunal de Bobigny, pourtant débordé avec 10.000 plaintes annuelles, rend une justice de plus en plus répressive. Entre 2003 et 2004 le nombre de réquisitions de mandat de dépôt a augmenté de 30%.
h) Le président du tribunal pour enfants de Bobigny, Jean-Pierre Rosenczveig est ouvertement de gauche. Il se moque éperdument de l'opinion de Nicolas Sarkozy : "Ma carrière est derrière moi", déclare-t-il. Pour les uns il est "affectif", "courageux", "pas sectaire". Pour les autres c'est un "Grand prêtre de l'angélisme judiciaire", "dépassé", "dogmatique". Débrouillez-vous avec cela !
i) Nicolas Sarkozy n'est pas un ministre parmi d'autres. Suivez mon regard vers 2007. "Quel est mon juge ? Les Français" (sur RTL). Il joue sur du velours : "La justice n'est pas assez sévère avec les jeunes délinquants" : d'accord, 77% ; "Il faut donner plus de pouvoir à la police pour lutter contre la délinquance des jeunes dans les cités" : d'accord, 74% ; "Il faut que la justice puisse traiter les mineurs délinquants comme les délinquants majeurs" : d'accord, 60%. (sondage IFOP, réalisé juste après les déclarations du président de l'UMP). Les sondages se trompent mais à ce niveau d'approbation, il n'y a pas de doute possible ! Le conditionnement médiatique a-t-il échoué ou n'a-t-il pas encore produit tous ses effets ?
En tout cas, a priori, c'est tout bon pour gagner les élections. Un ami politique de Nicolas Sarkozy, Eric Woerth, député de l'Oise déclare que celui-ci "dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas." Tiens... tiens... je croyais que ce genre de performance était réservé à Jean-Marie Le Pen...
Voilà, c'est très insuffisant, je sais. Creusez encore, si vous le voulez, moi j'arrête. J'ai déjà eu bien du mérite à y consacrer tout ce temps, rien que pour vous être utile !
Vous voulez savoir ce que j'en pense, de cette histoire, sur le fond ? Rien. Rien car on ne peut pas se pencher sur toutes les tempêtes observées dans des verres d'eau.
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