LE DROIT D'INGERENCE
Voilà un droit singulier que s'accordent des nations occidentales qui par ailleurs pratiquent volontiers l'auto-flagellation sous l'empire d'une nouvelle drogue intellectuelle qu'on appelle repentance.
Ce droit "de" qui est en fait un droit "à" selon l'excellente distinction opérée par des têtes bien faites, est un droit exorbitant qui défie l'entendement.
Le Figaro du 5 juin titre "Merkel attend Medvedev sur les droits de l'homme". De quel piédestal Angela peut-elle demander des comptes à Dmitri ?
On agace les Chinois, à qui mieux mieux, avec cette affaire tibétaine. Pour quel résultat ? Croit-on un seul instant que le peuple tibétain, victime d'une immigration de l'intérieur, va être préservé de l'impérialisme chinois grâce aux gesticulations occidentales ?
Nicolas Sarkozy est contraint d'envoyer des émissaires et des excuses et cela ne suffit pas à calmer la colère asiatique ; la Chine décide de boycotter la France en tant que destination touristique !
A chaque voyage dans un pays quelque peu dictatorial, - ils sont légion ! -, nos excellences démocrates font leur numéro imposé.
Dans ce monde sans plus grande morale, ni ambition, ni idéal, ce droit d'ingérence relève du moralisme le plus puant, de la prétention la plus bouffie, de l'irréalisme le plus dangereux.
On se croit autorisé à faire la leçon aux gouvernements de pays étrangers, comme si l'on en était les tuteurs, à imposer les conditions jugées nécessaires pour qu'ils soient considérés comme fréquentables, à dicter la bonne conduite qu'ils sont tenus d'adopter. C'est proprement odieux.
Mon Dieu ! Mais qui vous a fait roi en sagesse ? D'où vient cette incroyable fatuité, toute européenne d'ailleurs ?
Elle sort tout droit du flanc de cette belle illusion religieuse qu'est la Démocratie Droitdelhommesque. Elle a ses prêtres comme la vraie religion, et c'est pour cela qu'elle s'octroie le droit de dire ce qui est Bien et ce qui est Mal.
Que l'on impose cette idéologie à son peuple, ou que celui-ci y consente volontiers, est une chose, que je regarde comme un fait parmi d'autres. Mais que l'on s'autorise à exiger de l'étranger qu'il se comporte, chez lui, selon les règles fixées chez soi, voilà qui ne se justifie pas en raison, pire, voilà qui est dangereux.
On en saurait se reconnaître un droit à ingérence qui consiste à se mêler de ce qui ne nous regarde pas. En revanche, ce qui nous regarde, en toute logique, c'est ce qui, chez les autres, a à voir avec notre propre intérêt, notre propre sécurité ou celle de nos compatriotes.
Il est normal que la légion saute sur Kolwezi, au secours de Français menacés. Pour Ingrid Betancourt, un peu plus de discrétion serait de bonne politique et sûrement plus efficace.
On a le droit de demander des comptes à qui piétine nos plates-bandes. Quel qu'il soit. En adaptant notre riposte à notre capacité d'intervention. C'est le bon droit "de", faire ingérence. C'est le bon sens, le sens de l'intérêt national objectivement apprécié.
Mais le droit qu'a théorisé Monsieur Bernard Kouchner est un droit coupé des réalités, c'est un droit perdu dans les nuées.
C'est une posture grotesque : toutes ces interventions, dans ce qu'elles ont de médiatisées, j'entends, ne servent à rien dès l'instant où l'on manque de prise sur ceux que l'on veut contraindre à des changements d'attitudes.
C'est une posture illégitime : se mêmer de dicter sa conduite à un Etat souverain ne peut trouver aucune justification de la part d'un autre Etat souverain qui n'apprécierait pas que l'on empiétât sur ses prérogatives.
C'est une posture illogique : on aboie beaucoup, on ne mord presque jamais. Si l'on juge qu'il n'est pas acceptable que dans un pays donné, les fameux droits de l'homme ne soient pas respectés, puisque c'est apparemment un impératif catégorique de la conscience universelle, il n'y a qu'un devoir : abattre le gouvernement qui le dirige. On ne manque pas de cibles. On se garde bien d'attaquer, le plus souvent quand même, et Dieu merci !
C'est une posture dangereuse : elle ne peut conduire qu'à la guerre, au désordre. L'Irak en est l'exemple le plus emblématique.
Le droit d'ingérence est une nouvelle illustration de la confusion des esprits, de la prééminence de la pensée idéologique sur la pensée pragmatique.
Ce droit "de" qui est en fait un droit "à" selon l'excellente distinction opérée par des têtes bien faites, est un droit exorbitant qui défie l'entendement.
Le Figaro du 5 juin titre "Merkel attend Medvedev sur les droits de l'homme". De quel piédestal Angela peut-elle demander des comptes à Dmitri ?
On agace les Chinois, à qui mieux mieux, avec cette affaire tibétaine. Pour quel résultat ? Croit-on un seul instant que le peuple tibétain, victime d'une immigration de l'intérieur, va être préservé de l'impérialisme chinois grâce aux gesticulations occidentales ?
Nicolas Sarkozy est contraint d'envoyer des émissaires et des excuses et cela ne suffit pas à calmer la colère asiatique ; la Chine décide de boycotter la France en tant que destination touristique !
A chaque voyage dans un pays quelque peu dictatorial, - ils sont légion ! -, nos excellences démocrates font leur numéro imposé.
Dans ce monde sans plus grande morale, ni ambition, ni idéal, ce droit d'ingérence relève du moralisme le plus puant, de la prétention la plus bouffie, de l'irréalisme le plus dangereux.
On se croit autorisé à faire la leçon aux gouvernements de pays étrangers, comme si l'on en était les tuteurs, à imposer les conditions jugées nécessaires pour qu'ils soient considérés comme fréquentables, à dicter la bonne conduite qu'ils sont tenus d'adopter. C'est proprement odieux.
Mon Dieu ! Mais qui vous a fait roi en sagesse ? D'où vient cette incroyable fatuité, toute européenne d'ailleurs ?
Elle sort tout droit du flanc de cette belle illusion religieuse qu'est la Démocratie Droitdelhommesque. Elle a ses prêtres comme la vraie religion, et c'est pour cela qu'elle s'octroie le droit de dire ce qui est Bien et ce qui est Mal.
Que l'on impose cette idéologie à son peuple, ou que celui-ci y consente volontiers, est une chose, que je regarde comme un fait parmi d'autres. Mais que l'on s'autorise à exiger de l'étranger qu'il se comporte, chez lui, selon les règles fixées chez soi, voilà qui ne se justifie pas en raison, pire, voilà qui est dangereux.
On en saurait se reconnaître un droit à ingérence qui consiste à se mêler de ce qui ne nous regarde pas. En revanche, ce qui nous regarde, en toute logique, c'est ce qui, chez les autres, a à voir avec notre propre intérêt, notre propre sécurité ou celle de nos compatriotes.
Il est normal que la légion saute sur Kolwezi, au secours de Français menacés. Pour Ingrid Betancourt, un peu plus de discrétion serait de bonne politique et sûrement plus efficace.
On a le droit de demander des comptes à qui piétine nos plates-bandes. Quel qu'il soit. En adaptant notre riposte à notre capacité d'intervention. C'est le bon droit "de", faire ingérence. C'est le bon sens, le sens de l'intérêt national objectivement apprécié.
Mais le droit qu'a théorisé Monsieur Bernard Kouchner est un droit coupé des réalités, c'est un droit perdu dans les nuées.
C'est une posture grotesque : toutes ces interventions, dans ce qu'elles ont de médiatisées, j'entends, ne servent à rien dès l'instant où l'on manque de prise sur ceux que l'on veut contraindre à des changements d'attitudes.
C'est une posture illégitime : se mêmer de dicter sa conduite à un Etat souverain ne peut trouver aucune justification de la part d'un autre Etat souverain qui n'apprécierait pas que l'on empiétât sur ses prérogatives.
C'est une posture illogique : on aboie beaucoup, on ne mord presque jamais. Si l'on juge qu'il n'est pas acceptable que dans un pays donné, les fameux droits de l'homme ne soient pas respectés, puisque c'est apparemment un impératif catégorique de la conscience universelle, il n'y a qu'un devoir : abattre le gouvernement qui le dirige. On ne manque pas de cibles. On se garde bien d'attaquer, le plus souvent quand même, et Dieu merci !
C'est une posture dangereuse : elle ne peut conduire qu'à la guerre, au désordre. L'Irak en est l'exemple le plus emblématique.
Le droit d'ingérence est une nouvelle illustration de la confusion des esprits, de la prééminence de la pensée idéologique sur la pensée pragmatique.
Publicité