LA RAISON

Publié le par François-Xavier Gaëtan Gelin

 

Dans ma "déclaration d'intention", "Pourquoi j'ai décidé d'ouvrir un blog",  j'ai accordé un R majuscule à la raison. Excès d'honneur ? Faisons tout d'abord remarquer qu'il s'agit d'une majuscule de majesté philosophique tout à fait justifiée. Que certains se rassurent, je ne sacrifie pas au culte de l'éphémère déesse organisé en l'an II de la Révolution française. Mais que la raison, comme faculté de bien juger et comme connaissance naturelle, ait bien besoin d'être réhabilitée aujourd'hui ne fait aucun doute.

 

 

La raison, comme la femme chez Alexandre Vialatte, remonte à la plus haute Antiquité. Tous les philosophes voient dans la raison le propre de l'homme, la faculté supérieure qui commande aussi bien le langage, la pensée, la connaissance et la moralité.

 

 

Précisément, en 2006, en France, et dans quelques autres endroits sinistrés, avons-nous encore un langage commun, riche, précis ? Pensons-nous encore, vraiment ? Avons-nous une moralité partagée, lisible, donc viable en société ? Pour la connaissance tout le monde m'arrête : nous n'avons jamais su et compris autant de choses sur le monde, la vie, les galaxies, etc., et, qu'on se le tienne pour dit, ce n'est pas fini ! (Les fameux "progrès de la science et des techniques"). Soit. Mais qu'en fait-on de cette somme, si le reste est en ruine ?

 

 

La raison, faculté de combiner des jugements en vue de donner un sens à l'univers, pouvoir de bien juger, devrait être la chose la mieux partagée au monde.

 

 

Pour autant la raison n'est qu'un moyen, un moyen naturel de recherche de la Vérité. Il n'y a pas à l'opposer inutilement, et devrais-je dire, tragiquement, au moyen surnaturel de cette même recherche que constitue la foi (la quasi totalité des grands philosophes ne croient-ils pas en Dieu ?), ni même à cette voie humaine, rien qu'humaine, trop humaine certes, de la connaissance primitive qu'offre la sensibilité. Bien utilisé, chacun de ces véhicules peut concourir, ne s'appliquant pas toujours qui plus est aux mêmes problématiques que les deux autres, ou tout au moins examinées sous des angles complémentaires, à la découverte de la Vérité.

 

 

Et ce sont aussi des sources de bonheur ! Pourquoi ne pas en parler ? Bienheureux l'homme complet, philosophe, croyant et sensible ! Sinon n'est-il pas en partie mutilé, confusément conscient d'une carence qu'il ne sait pas nommer et qui le rend malheureux ? Devant le spectacle du beau, au coeur d'une forêt par exemple, par ma sensibilité j'en jouis, par ma foi je contemple l'oeuvre du créateur, par ma raison j'admire le travail et la bienfaisance de la nature ; si je possède bien les trois, ne suis-je pas le plus heureux des hommes ? Si je suis indifférent à sa magnificence, si je n'en lève pas les yeux vers un ciel qui est vide, si elle n'est qu'un obstacle inintelligible sur ma route, si je me moque du Quoi est-ce ? du Pourquoi ? du Comment ? vraiment, dites-moi, ne suis-je pas à plaindre ?  A vrai dire dans ce cas- là je ressemble fort à l'animal et comme j'ai, tout de même, un peu d'intelligence, une intelligence affreusement livrée à elle même, je ne peux être qu'un animal matérialiste. Que faire alors d'une forêt, je vous le demande ? L'exploiter ! L'exploiter sans discernement, sans amour, sauvagement. Et pour peu que je sois individualiste, l'exploiter à mon seul profit ou au profit de ma caste, cela revient au même, le communautarisme n'étant qu'un individualisme à plusieurs. La forêt sera massacrée. Alors ma sensibilité, absente, ne souffrira de rien, Dieu, cet inconnu, restera silencieux, mais la raison, elle, subira une terrible défaite, visible, palpable, dont seront victimes les civilisés face aux barbares.

 

 

Cependant sachons raison garder à propos de... la raison. Il paraît risqué d'aller affirmer avec Hegel que "la raison gouverne le monde et par conséquent, l'histoire universelle s'est-elle aussi, déroulée rationnellement", la Raison étant comprise ici comme un Esprit supérieur qui guide, en dépit des apparences, l'humanité vers un Etat mondial rationnel conforme à ses intérêts supérieurs. L'histoire n'est pas finie, mais on ne se surprend pas, après avoir frissonné, à douter qu'il en soit bien ainsi...

 

 

Evitons le rationalisme, sous toutes ses  formes, qui est un système, déjà plus une méthode, et se faisant, qui stérilise la pensée. 

 

 

Utilisons la raison comme guide dans notre investigation réfléchie et ordonnée de ce que l'on cherche à connaître. Réservons-lui cette modeste, mais hautement précieuse, place. Elle lui est contestée aujourd'hui, où par un formidable mouvement de régression qui nous ramène aux temps des présocratiques ( VI et Ve siècles avant Jésus Christ ) on observe, médusé, dans beaucoup de domaines, le mythe retrouver droit de cité face à la Vérité.

 

 

Voilà qui est assez dit. L'essentiel. Il importe peu de disserter plus avant sur la raison. Mieux vaut dans ce qui suivra, en appliquer la discipline aux affaires du monde, petites et grandes, montrer les outrages qu'elle subit dans nos médias, par nos faiseurs d'opinion et les dégâts que ceux-ci provoquent, en conséquence, dans l'esprit de beaucoup de nos concitoyens.

 

 

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L
Très bonne approche de la raison, concise, avec de très bonnes intuitions et de très belles images, qui nous ramène à l'essentiel, et qui ne se raccroche pas à des idéaux factices, qui détruisent les hommes sans un guide d'un niveau supérieur. Guide qui comprend bien plus que la simple connaissance des sciences, cette dernière n'élevant en rien les hommes. En effet, comme vous le dites si bien à propos de la connaissance surabondante : "Mais qu'en fait-on de cette somme, si le reste est en ruine ?". <br /> Un grand bravo pour vos articles et pour votre lucidité!! Nous attendons les prochains avec impatience!
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L
Cher Blogueur, il faut se rendre à la raison : nous avons eu raison de nous réjouir de la création de votre blog car voici un second texte qui parle raison et nous conduit à sa manière dans cette voie équilibrée et harmonieuse, toute salésienne en somme, qui, seule, conserve une raison d\\\'être et nous ramène à la raison. Salésienne et "bénédictine" aussi, puisque vous marchez de conserve avec notre Saint Père en ce qu\\\'il est désormais convenu d\\\'appeler (à tort ou à raison ?) la "controverse de Ratisbonne", sur ce thème éminemment salutaire du bon usage de la raison. Merci. Nous ferons connaître votre journal autant que possible. Laurent T.
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