LE PIRE EST AVENIR

Publié le par François-Xavier Gaëtan Gelin

 

J'ai lu récemment  Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley. J'écris bien : "lu" et non pas "relu", sans honte (On ne compte plus le nombre de personnes qui, n'ayant jamais ouvert un livre d' A la recherche du temps perdu se sentent obligées de vous dire qu'elles sont en train de "relire Proust").

 

 

Ce livre donc, est fascinant. Prémonitoire. Visionnaire. Il date de 1931 et imagine un monde en l'an 632 d'une nouvelle ère commencée, on le subodore, à la fin du XXe siècle. C'était bien trop tardif ! Le meilleur des mondes commence déjà à prendre forme, sous nos yeux, tout au moins en "Occident" : sexualité sans frein, déconnectée de la nuptialité, fécondation in vitro, manipulations génétiques, destruction de la cellule familiale, recherche du consensus mou, manipulations habiles des opinions publiques formatées afin qu'elles partagent la même idéologie, degré zéro de la pensée, recherche d'un bonheur artificiel, langage codé et surveillé, chosification de l'homme. La seule chose qui soit vraiment prématurée c'est de pouvoir parcourir, dans une fusée privée, la distance Londres-Nouvelle-Orléans en six heures et demie !

 

 

Dans une très intéressante préface, datant de 1946, à l'occasion d'une ré-édition de son livre, Aldous Huxley s'interroge sur son contenu, 15 ans après l'avoir écrit : "A tout bien considérer, il semble que l'Utopie soit beaucoup plus proche de nous que quiconque ne l'eût pu imaginer, il y a seulement quinze ans. A cette époque je l'avais lancée à six cents ans dans l'avenir. Aujourd'hui, il semble pratiquement possible que cette horreur puisse s'être abattue sur nous dans le délai d'un siècle. Du moins, si nous nous abstenons, d'ici là, de nous faire sauter en miettes. En vérité, à moins que nous ne nous décidions à décentraliser et à utiliser la science appliquée, non pas comme une fin en vue de laquelle les êtres humains doivent être réduits à l'état de moyens, mais bien comme le moyen de produire une race d'individus libres, nous n'avons le choix qu'entre deux solutions : ou bien un certain nombre de totalitarismes nationaux, militarisés, ayant comme racine la terreur de la bombe atomique, (...) ou bien un seul totalitarisme supra-national, suscité par le chaos social résultant du progrès technologique rapide en général et de la révolution atomique en particulier, et se développant, sous le besoin du rendement et de la stabilité, pour prendre la forme de la tyrannie-providence de l'Utopie". A. Huxley fait remarquer que le gouvernement "au moyen de triques et de pelotons d'exécution, de famines artificielles, d'emprisonnements et de déportations en masse", est inefficace et que "dans une ère de technologie avancée, l'inefficacité est le péché contre le Saint-Esprit". Le nec plus ultra, pour les dirigeants, c'est d'avoir "la haute main sur une population d'esclaves qu'il serait inutile de contraindre, parce qu'ils auraient l'amour de leur servitude". Et à cet égard "les plus grands triomphes, en matière de propagande, ont été accomplis, non pas en faisant quelque chose, mais en s'abstenant de faire. Grande est la vérité, mais plus grand encore, du point de vue pratique, est le silence au sujet de la vérité".

 

 

Nous y sommes presque. Chapeau M. Huxley !  

 

 

 

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Publié dans Autres chroniques

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J
 <br /> Je ne comprends pas... Une partie de mon commentaire a été sucrée ! Je ne sais pas s'il vous est possible dintégrer le paragraphe ci-dessous dans mon précédent commentaire. Je vous le livre donc tel quel.<br /> "...en raison de la féodalité et du pouvoir ecclésial, tous deux par certains aspects étouffants, même si assurant l'ordre. Les hommes d'aujourd'hui pourraient mener des révolutions, mais ne le veulent plus, car ils n'ont même plus cette force."<br /> Je ne suis vraiment pas une professionnelle de l'Internet...<br />  
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F
Différence de nature, oui, pas seulement de degré, pour les deux raisons que vous reprenez en évoquant le "lavage de cerveau" (sous des formes bien sûr subtiles), et l'apathie des foules. La liberté est d'abord, me semble-t-il, une affaire intérieure, mais... voilà un trop vaste sujet pour que je puisse poursuivre ici !
J
 <br /> Merci d'avoir pris le temps de me répondre...<br /> Je ne saisis pas la différence de nature que vous évoquez. La seule que je vois (mais est-elle "naturelle" ?) est qu'avant, les hommes avaient la possibilité de penser rébellion, mais ne le pouvaient pas dans les faits, en raison de la féodalité et du pouvoir ecclésial, tous deux par les pourraient mener des révolutions mais ne le veulent plus.<br /> Est-ce ce que vous tentez d'expliquer ? Qu'il ne s'agit plus de servitude mais de lavage de cerveau ? J'en saurai probablement plus par vos prochains articles...<br /> Enfin, pour aller jusq'au bout, il me vient une question... La liberté ne se mesure-t-elle qu'à la révolte ?<br />  
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J
Bonjour,<br /> Je découvre votre blog avec grand intérêt. Votre point de vue est bien souvent très intéressant car très posé et somme toute objectif.<br /> J'aime beaucoup le texte d'Huxley que vous citez. Je ne le connaissais pas.<br /> "L'amour de la servitude"... A vous croire, cela semble être le mal de notre temps. Mais je ne trouve pas que ce soit propre à notre époque, ou à une société donnée. Au Moyen-Âge, pouvait-on aller au-delà de la pensée de l'Eglise ? Dans l'Antiquité, pouvait-on faire fi des divinités en tous genres ? Au XIXe siècle, pouvait-on se passer des Lumières ? Certes tout n'est pas à mettre sur le même plan, mais nous retrouvons de nouvelles similitudes, de même que nous retrouvons à chaque fois des francs-tireurs, des hussards : Socrate, Jésus, Machiavel, etc., jusqu'à des personnes comme Philippe Murray ou Elisabeth Levy (que je n'apprécie pourtant guère).<br /> Mes références sont, je le sais bien, très diverses, mais un point commun demeure : tous se sont trouvés confrontés aux foudres de maîtres censeurs qui tenaient tout en main, à commencer par la population, l'opinion publique... amoureuse de sa servitude.<br /> Je suis donc d'accord pour dire que c'est un mal de notre temps, à condition de ne pas faire un raccourci en le comparant aux autres (temps), par exclusion.<br /> Merci en tout cas de nous fairer partager vos réflexions qui, pour autant qu'elles sont dans une démarche de raison, sont intéressantes.<br /> Au plaisir de vous lire,<br /> Julie<br />  
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F
Je vous réponds brièvement : je crois qu'il y a une différence de nature entre ces époques passées et la nôtre, et c'est ce que met en avant A. Huxley, me semble-t-il. Outre que les moyens de manipulation et de coercition sont sans commune mesure, la servitude pouvait être subie, pas aimée, et la révolte possible. A bien des égards l'homme moderne tend à être soumis par consentement tacite, et c'est pour le pouvoir la meilleure des positions dominatrices possibles. J'aurai bien l'occasion à travers d'autres développements, d'y revenir. La réalité, comme dans certains tableaux de Picasso, doit être appréciée sous divers angles. <br /> Merci pour votre intervention et bravo pour vos lectures diverses !
X
Bonjour, <br /> Félicitations pour votre site qui est vraiment bien conçu! J'ai créé un annuaire de blogs et si vous souhaitez vous y inscrire voici l'adresse: http://netblog.site.cx  !<br /> Bonne continuation
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F
Bonsoir,<br /> J'avais cru comprendre  (de la part d'over-blog) qu'il fallait attendre un mois de "production" pour mériter de figurer dans un annuaire, mais puisque vous m'encouragez à devancer l'appel ...<br /> Merci pour vos encouragements.