IL FAUT ADAPTER LES LOIS A L'EVOLUTION DES MOEURS
Un article, fier de lui, du credo individualiste. Repris à différents niveaux de responsabilité de l'Etat. Bien entendu, je précise pour les esprits distraits ou mal réveillés, à moins qu'ils ne soient tout simplement trop logiques, qu'il ne s'agit pas de rendre la loi plus coercitive ou d'en créer une nouvelle, pour combattre des dérives en matière de moeurs, dangereuses pour la société et le bien commun.
Non, ces deux dernières notions étant oubliées voire honnies, il convient de défaire les lois existantes répressives (sans doute d'ailleurs assez nombreuses comme cela), pour permettre aux nouvelles moeurs de trouver droit de cité et légitimité.
Comme tous ces diktats frappés d'imbécilité congénitale, il suffit de prendre des exemples extrêmes de leur éventuelle application pour en montrer toute l'inanité : Brûle-t-on désormais dans ce pays, 10 voitures par jour, niveau de crémation des corps automobiles considéré comme raisonnable et incompressible ? Cessons de s'épuiser à combattre le fléau et ses agents. Adoptons la loi aux moeurs. Dorénavant, chaque jeune de banlieue aura droit à un quota annuel de voitures à brûler, en deçà duquel il ne saurait être inquiété. Il faut bien que jeunesse se passe, et jeunesse, dans le cas présent, particulièrement difficile et contrariée, ne l'oublions pas. J'exagère, mon exemple est par trop caricatural ? Je prétend que non. La meilleure preuve : cette nouvelle loi non écrite et non votée est déjà, dans les faits, appliquée ! Les médias, les pouvoirs publics ne s'émeuvent plus, mieux, ils se félicitent, qu'il n'y ait "que" 3650 engins d'incendiés par an. Mais voulez-vous une autre illustration du phénomène, bien plus vieille et parfaitement réelle, elle ? L'avortement. Que nous expliquait-on au début des années "1970" ? Que certes l'avortement était un mal, un échec, et patati et patata... mais qu'il fallait s'adapter aux moeurs car il y avait, disait-on, peut-être jusqu'à un million d'avortements annuels dans ce pays de France et que c'était insupportable, parce que clandestins et punis par la loi. Mensonge éhonté. Et étrange raisonnement, à partir de cette donnée fausse, qui consiste à combattre un mal en lui accordant le droit de se répandre légalement. Plus tard, tout le monde est passé aux aveux, et le vrai chiffre reconnu se situe entre 70.000 et 100.000. Depuis la loi Veil il est, officiellement, de 220.000. Ce que l'on reconnaissait, même "partisans de l'avortement", malgré tout, comme un mal, s'est aggravé.
Avant "d'adapter la loi à l'évolution des moeurs", il faudrait se poser de nombreuses questions :
- Pourquoi les moeurs évoluent-elles ainsi ?
- Relève-t-il de l'Etat, d'ailleurs, dans tous les cas de figure, de légiférer ?
- Est-ce la loi qui est mauvaise ou les moeurs condamnables ?
- Les moeurs individuelles ne doivent-elles pas être ignorées d'un Etat vraiment libre et qui rend libres les citoyens ?
- En revanche, cet Etat ne doit-il pas fonder son action sur une morale, claire, dont l'étalon est le bien commun, et lui seul ?
Mais j'irai plus loin : Répressives ou permissives, faut-il encore rajouter des lois à des lois ? L'inflation législative française est tout à fait stupéfiante, elle est scandaleuse ; et exponentielle depuis que cet Etat se veut, un peu plus, libéral ! Elle devrait nous jeter dans la rue par millions au nom du bon sens, en criant aux hommes politiques : "Halte-là !"
Il faut exiger que la loi ne "dise pas" ou dise peu, mais dise l'essentiel pour que société survive.
Je ne proposerai pas, en conséquence, de retourner le propos et de proclamer qu''"il faut adapter les moeurs à la loi", pour le seul plaisir d'opposer un mot d'ordre idiot à un autre, stupide. La raison commande de dire : moeurs libres de chacun et loi régalienne pour tous. Maurras nous le rappelait à juste titre (cf. Quelques vérités chez Charles Maurras (3)), l'Etat "n'a pas de raison d'avoir affaire aux individus".
Les moeurs sont ce qu'elles sont. Nul ne peut prétendre les contrôler. De tous temps, elles ont pu être objets d'étonnement. C'est un devoir de l'Etat de les ignorer, en ce sens : ne pas leur donner un statut légal, et même les condamner dans la seule et unique mesure où elles menacent, de toute évidence, le bien commun.
C'est un devoir, sans aucun doute, des autorités morales que de combattre les mauvaises moeurs, par l'éducation, l'instruction, car c'est là la mission des autorités morales, et lorque celles-ci parlent haut, intelligemment et lucidement, elles sont généralement comprises par le peuple.
Quand les autorités morales défaillent, quand elles-mêmes proposent de changer la loi, parce qu'elles ne veulent plus dire où est le Bien et où est le Mal, me direz-vous, que fait-on ? Je vous répondrais qu'alors, nous sommes bien engagés dans un processus de décadence avancée et que l'Etat va ressurgir et légiférer, encore et encore...
Nous n'aurons que la société décomposée que nous mériterons (Mais faut-il parler au futur ?).