QUAND FRANCOIS ET JEAN-MARIE SONT EN EMBUSCADE (2)
Jean-Marie reçoit des soutiens qui eussent été tout à fait improbables il y a quelques années.
Dans FranceSoir on apprend d'Habiba Boualem, 35 ans et ravissante, que "le Front National, contrairement à ce que l'on croit, ne fait pas peur aux Français d'origine maghrébine. Sarkozy a un discours beaucoup plus choquant. Lui seul a parlé de "racaille" et de "Kärcher". C'est lui qui booste l'islamisme radical, pas Jean-Marie Le Pen" ; de Mourad Asfoure, 25 ans, que ce qui l'attire chez Jean-Marie, "c'est le côté moral. J'aime la discipline, la hiérarchie et c'est le seul qui prône cela" et d'ajouter : "Si à 16 ans pour moi Le Pen c'était le mal absolu, je me suis rendu compte que ce n'était pas un raciste borné comme on veut nous le faire croire. C'est un nationaliste et non un raciste, et beaucoup de gens ne savent pas faire la distinction" ; d'Abdallah Bourakba, que " le FN était diabolisé mais sans le savoir je fréquentais des lépénistes qui étaient de braves gens. Je me suis rendu compte que je partageais des idées avec Jean-Marie Le Pen, notamment sa vision de la famille."
Alain Soral, ancien du PCF, et toujours marxiste, nous affirme que Jean-Marie incarne "De Gaulle dans le rôle du rassembleur de la droite morale et de la gauche patriote contre l'ennemi commun maastrichien" !
Je doute que certains vieux militants de base, et bon nombre d'électeurs fidèles, et attentifs, s'y retrouvent...
Je crois que tout cela ne suffira pas à modifier une donne fixée depuis longtemps dans le glacis politique. Ce "recentrage", ce grand écart, lui aussi !, arrive bien tard. Jean-Marie ne surprend plus. Il a 78 ans. Surtout il paraît suffisamment détesté à droite et à gauche par beaucoup de Français longuement conditionnés, pour n'avoir aucune chance d'être élu. Même face à cette pauvre Marie-Ségolène, cas sans doute le plus favorable, on ne l'imagine pas parvenant à briser la logique foudroyante qui assura à Jacques, il y a cinq ans, une élection de chef de république bananière.
Certes, les télévisions, radios et journaux le ménagent un peu plus. Il est devenu au fil du temps, inscription durable dans le paysage politique oblige, plus fréquentable.
Mais qu'il soit présent au second tour et le lynchage médiatique - d'une violence peu commune, auquel on assista, médusés, mais non totalement surpris puisque 70% des journalistes sont de gauche, en 2002, énorme machinerie déclenchée pour chasser un danger imaginaire et sans doute surtout destinée à faire de Jacques, l'homme aux 20% de voix éternel, l'élu de la gauche, ce qu'il fut - cette exécution sommaire donc, sera commanditée. Et l'on verra le corps enseignant bien-pensant se mobiliser pour rappeler aux jeunes générations qu'Adolf Hitler arriva au pouvoir par les urnes avec les conséquences, n'est-ce pas mon cher Monsieur, que l'on sait. Suivez mon lourd regard...
Le sort d'un duel Jean-Marie-qui l'on voudra est fixé.
Même si Henri Cuq, ministre délégué aux relations avec le Parlement, croit pouvoir affirmer que dans le cas d'un affrontement entre Marie-Ségolène et Jean-Marie, "la moitié des adhérents de l'UMP voterait Le Pen sans aucun état d'âme". Et l'autre moitié ?
Jean-Marie diabolisé, victime de sa propre liberté de parole incontrôlée, n'a pu, ou voulu, que tardivement travailler à rendre crédible le Front National comme parti de gouvernement. Peu importe que son programme ne soit pas moins lisible que ceux de Marie -Ségolène, de Nicolas ou de François. Peu importe que, dans une certaine mesure, et même dans une mesure certaine, se soit imposée aux deux favoris l'exaltation de la France, de l'Identité nationale, du respect de la loi et de l'ordre.
C'est Jean-Marie qui fait peur, ou qui ne convainc pas même ses propres électeurs. Selon une étude datant de 1995, ils étaient 10%, seulement, à avoir voté en sa faveur pour ses qualités personnelles. Un électorat d'ailleurs très volatile sur la durée. D'une élection à l'autre, seuls 45% des électeurs lui sont fidèles. Certes, du coup, si tous ceux qui ont un jour voté pour lui, se donnaient le mot pour mettre dans l'urne le même bulletin le 22 avril à son nom, c'est plus de dix millions de Français qui le porteraient, vraisemblablement, en tête du premier tour. Hypothèse difficile à retenir.
On comprend que des électeurs de droite souvent en accord avec les thèses de Jean-Marie, mais prêts à se raccrocher à Nicolas, ne veuillent pas prendre le risque d'un ultime combat entre Jean-Marie et François ou Marie-Ségolène, que le premier perdra immanquablement, sauf encore une fois "miracle", ou manoeuvre de Satan, comme il vous plaira...
Jean-Marie, qui ne doute jamais de rien sur le plan électoral, prépare ses affiches de deuxième tour : sage et lucide anticipation ou peine totalement perdue ?
(à suivre)