LE CINEMA EST MORT

Publié le par François-Xavier Gaëtan Gelin

En affirmant cela, je vais sans doute choquer. Il convient donc que je m'explique rapidement.
Je ne veux pas dire par là même qu'il ne se produit plus de films de qualité. Mais les écrans sont, en particulier, pollués par des films parfaitement inutiles, sans contenu et sans autres faits générateurs que de soigner les obsessions du réalisateur, de provoquer le spectateur ou de servir l'idéologie dominante (on doit pouvoir retrouver des traces de tout cela dans le "Et toi, t'es sur qui ?" dont je faisais état récemment, cf. "ET CA, C'EST SUR QUOI ?" article du 23.06.07)


Le cinéma est aussi blessé par la technique : la couleur et les effets spéciaux. Le phénomène a pris toute son ampleur il y a une trentaine d'années déjà.
"Quand un cinéaste meurt, il devient photographe" disait Louis Delluc. Il semble bien que de nombreux réalisateurs soient nés photographes. 
Tout est devenu parfait, "comme dans la vie". Les acteurs sont "criants de réalisme", ce qu'ils font sonne "juste". Hélas ! Gérard Depardieu parle comme notre voisin. Jean Gabin ne ressemblait à personne, il "jouait", il "gabinisait", heureusement, et c'est pour cela qu'il était vrai, universellement vrai.


Je ne vais pas au cinéma pour retrouver l'homme de la rue tel qu'il est vraiment dans la rue, et contempler le reflet de ma propre vie, de peu d'intérêt tous deux.
Je vais au cinéma pour rêver, pour pénétrer dans un autre monde. Pas non plus obligatoirement dans celui de la fiction plus ou moins "scientifique". Ce transport-là est bien souvent artificiel.
Non, je vais au cinéma parce que tout y est faux, comme au théâtre, seule condition pour que tout soit beau et authentique.

Le "King Kong" de Merian Cooper et Ernest B. Schoedsack de 1933 est tout sauf "réussi" selon les canons de la réalisation actuelle. Et pourtant il nous bouleverse. Jean Ferry écrit à son propos : "Par l'absurdité de l'affabulation, la violente puissance onirique, l'érotisme monstrueux, l'irréalité de certains décors, ou mieux encore par la combinaison de toutes ces valeurs, le film me paraît répondre à ce que nous mettons dans l'adjectif "poétique" et dont nous avons la faiblesse d'espérer que le cinéma sera la terre d'élection."
Depuis, les "King Kong" sont devenus de simples opérations commerciales. Mais quels progrès, n'est-ce pas, dans le "réalisme". Le réalisme non seulement en l'occurrence ne présente aucun attrait mais il détruit littéralement ici, comme dans toute oeuvre, l'art, tout simplement. Le cinéma n'est plus cette "terre d'élection" de la création poétique qu'attendait Jean Ferry.


Le drame du cinéma, c'est peut-être d'être né trop tard, et d'avoir connu par les progrès de la technique une évolution trop rapide.
Le cinéma aura vécu une soixantaine d'années. C'est déjà bien. Cela permet de passer de très bonnes soirées et pendant longtemps ! Durant cette époque bénie, même un film médiocre portait des traces de l'art cinématographique. Aujourd'hui il n'y a plus de cinéma. Il n'existe plus que des films. Parfois excellents. Il arrive même que certains d'entre eux rappellent la grandeur du passé.
A dire vrai, à propos de la décadence du cinéma, c'est de l'art en général dont il est question. J'y reviendrai sans doute.
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J
Oui, il est mort, mais certains croient encore qu'il existe. Mais a-t-il jamais existé ce cinéma qui, au fond, de par son principe même, est fait pour montrer. Montrer, quand la société évoluait lentement, c'est bon, mais là, ce qui apparaît crument, c'est qu'il surfait sur les clichés, les fantasmes, les modes de l'époque, et maintenant ils changent trop vite, et ceux qui sont mis en valeur sont déjà datés et dépassés. <br /> Il ne restera que les produits propres à satisfaire les jeunes - public capital - et on sait ce qui les branche.
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T
Un discours nostalgique d'un cinéma "rêvé" qui n'existe plus. Le cinéma d'avant guerre, jusqu'à la fin des années 50, était avant tout un spectacle, joué par des demi-dieux, qui vivaient dans l'Olympe hollywoodien ! La Télévision, en démultipliant les images jusqu'à l'overdose, en instrumentalisant les acteurs à des buts promotionnels, a tué le mythe du cinéma ...Les étoiles étaient liés à la rareté, à l'éloignement, surhommes qui vivaient dans un autre monde ...Aujourd'hui nous croisons régulièrement les "stars" du grand écran sur nos petites lucarnes, produits sécularisés, aseptisés, marketisés, qui ont perdu de leurs attraits divins ! Le cinéma, unique media de masse, avec la radio, avant les années 60, est tout simplement concurrencé par la TV, aujourd'hui Internet, ou les téléphones portables ...Le cinéma n'est pas mort, il a tout simplement du évoluer !
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F
Ce n'est pas en ce sens que je dis qu'il est mort. Pour moi, il est mort bien avant la télévision (de masse), internet etc... Il s'est tué tout seul, peu à peu, esthétiquement. C'est un cinéma ben réel, mais pas réaliste, qui nous faisait rêver. Prenez "Autant en emporte le vent", comparez-le à n'importe quoi d'aujourd'hui qui se veut une peu "épopée grandiose" (à dire vrai, cela ne se fait presque plus, sauf aux amériques), et vous saurez ce que j'entend par cinéma opposé à un simple film, une impression de pellicule, aussi réussie soit-elle.
N
Il y a beaucoup de justesse dans vos propos et votre raisonnement est rempli de bon sens.Toutefois, il me semble que vous partez d'un postulat qui est erroné : le cinéma n'est pas le théâtre. Le théâtre nous plonge dans le mystère de la personne tandis que le cinéma nous met face à la vie. Prenons un exemple : si une jeune demoiselle joue, sur les planches, le général de Gaulle, au bout d'un temps, tout le monde y croira. Mais si, au cinéma, une jeune demoiselle affirme la même chose, personne ne se prendra au jeu.Tout ça pour dire que la distance cinématographique favorise l'assimilation au réel, tandis qu'au théâtre, tout ce qui se déroule est là, devant nos yeux, autour de nous : nous sommes au coeur de la pièce, le monde devint théâtre pour détourner maladroitement Shakespeare.Enfin, les couleurs, la technique, etc., font partie du cinéma. Cela existait déjà du temps de Renoir ! S'il y a bien un certain courant cinématographique qui tend à mettre le cinéma au service de la technique, il ne faut en aucun cas généraliser cet esclavage...
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F
Soit. Mais je n'écris pas que le cinéma "c'est le théâtre" (sous-entendu filmé). Je dis que l'un comme  l'autre doivent nous faire rêver, et l'un comme l'autre, chacun avec ses armes, ne pas se contenter de reproduire une réalité prosaïque. Je ne dirais pas d'ailleurs que le théâtre "est mort". Il résiste mieux, sans doute parce qu'il est illusion, par construction, et pour les raisons que vous décrivez dans votre exemple. 
G
Tout à fait d'accord, j'ajouterai juste qu'aujourd'hui le cinéma est, en plus, pipi caca n'est-ce pas Mr Chabat.
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