LE CINEMA EST MORT
En affirmant cela, je vais sans doute choquer. Il convient donc que je m'explique rapidement.
Je ne veux pas dire par là même qu'il ne se produit plus de films de qualité. Mais les écrans sont, en particulier, pollués par des films parfaitement inutiles, sans contenu et sans autres faits générateurs que de soigner les obsessions du réalisateur, de provoquer le spectateur ou de servir l'idéologie dominante (on doit pouvoir retrouver des traces de tout cela dans le "Et toi, t'es sur qui ?" dont je faisais état récemment, cf. "ET CA, C'EST SUR QUOI ?" article du 23.06.07)
Le cinéma est aussi blessé par la technique : la couleur et les effets spéciaux. Le phénomène a pris toute son ampleur il y a une trentaine d'années déjà.
"Quand un cinéaste meurt, il devient photographe" disait Louis Delluc. Il semble bien que de nombreux réalisateurs soient nés photographes.
Tout est devenu parfait, "comme dans la vie". Les acteurs sont "criants de réalisme", ce qu'ils font sonne "juste". Hélas ! Gérard Depardieu parle comme notre voisin. Jean Gabin ne ressemblait à personne, il "jouait", il "gabinisait", heureusement, et c'est pour cela qu'il était vrai, universellement vrai.
Je ne vais pas au cinéma pour retrouver l'homme de la rue tel qu'il est vraiment dans la rue, et contempler le reflet de ma propre vie, de peu d'intérêt tous deux.
Je vais au cinéma pour rêver, pour pénétrer dans un autre monde. Pas non plus obligatoirement dans celui de la fiction plus ou moins "scientifique". Ce transport-là est bien souvent artificiel.
Non, je vais au cinéma parce que tout y est faux, comme au théâtre, seule condition pour que tout soit beau et authentique.
Le "King Kong" de Merian Cooper et Ernest B. Schoedsack de 1933 est tout sauf "réussi" selon les canons de la réalisation actuelle. Et pourtant il nous bouleverse. Jean Ferry écrit à son propos : "Par l'absurdité de l'affabulation, la violente puissance onirique, l'érotisme monstrueux, l'irréalité de certains décors, ou mieux encore par la combinaison de toutes ces valeurs, le film me paraît répondre à ce que nous mettons dans l'adjectif "poétique" et dont nous avons la faiblesse d'espérer que le cinéma sera la terre d'élection."
Depuis, les "King Kong" sont devenus de simples opérations commerciales. Mais quels progrès, n'est-ce pas, dans le "réalisme". Le réalisme non seulement en l'occurrence ne présente aucun attrait mais il détruit littéralement ici, comme dans toute oeuvre, l'art, tout simplement. Le cinéma n'est plus cette "terre d'élection" de la création poétique qu'attendait Jean Ferry.
Le drame du cinéma, c'est peut-être d'être né trop tard, et d'avoir connu par les progrès de la technique une évolution trop rapide.
Le cinéma aura vécu une soixantaine d'années. C'est déjà bien. Cela permet de passer de très bonnes soirées et pendant longtemps ! Durant cette époque bénie, même un film médiocre portait des traces de l'art cinématographique. Aujourd'hui il n'y a plus de cinéma. Il n'existe plus que des films. Parfois excellents. Il arrive même que certains d'entre eux rappellent la grandeur du passé.
A dire vrai, à propos de la décadence du cinéma, c'est de l'art en général dont il est question. J'y reviendrai sans doute.
Je ne veux pas dire par là même qu'il ne se produit plus de films de qualité. Mais les écrans sont, en particulier, pollués par des films parfaitement inutiles, sans contenu et sans autres faits générateurs que de soigner les obsessions du réalisateur, de provoquer le spectateur ou de servir l'idéologie dominante (on doit pouvoir retrouver des traces de tout cela dans le "Et toi, t'es sur qui ?" dont je faisais état récemment, cf. "ET CA, C'EST SUR QUOI ?" article du 23.06.07)
Le cinéma est aussi blessé par la technique : la couleur et les effets spéciaux. Le phénomène a pris toute son ampleur il y a une trentaine d'années déjà.
"Quand un cinéaste meurt, il devient photographe" disait Louis Delluc. Il semble bien que de nombreux réalisateurs soient nés photographes.
Tout est devenu parfait, "comme dans la vie". Les acteurs sont "criants de réalisme", ce qu'ils font sonne "juste". Hélas ! Gérard Depardieu parle comme notre voisin. Jean Gabin ne ressemblait à personne, il "jouait", il "gabinisait", heureusement, et c'est pour cela qu'il était vrai, universellement vrai.
Je ne vais pas au cinéma pour retrouver l'homme de la rue tel qu'il est vraiment dans la rue, et contempler le reflet de ma propre vie, de peu d'intérêt tous deux.
Je vais au cinéma pour rêver, pour pénétrer dans un autre monde. Pas non plus obligatoirement dans celui de la fiction plus ou moins "scientifique". Ce transport-là est bien souvent artificiel.
Non, je vais au cinéma parce que tout y est faux, comme au théâtre, seule condition pour que tout soit beau et authentique.
Le "King Kong" de Merian Cooper et Ernest B. Schoedsack de 1933 est tout sauf "réussi" selon les canons de la réalisation actuelle. Et pourtant il nous bouleverse. Jean Ferry écrit à son propos : "Par l'absurdité de l'affabulation, la violente puissance onirique, l'érotisme monstrueux, l'irréalité de certains décors, ou mieux encore par la combinaison de toutes ces valeurs, le film me paraît répondre à ce que nous mettons dans l'adjectif "poétique" et dont nous avons la faiblesse d'espérer que le cinéma sera la terre d'élection."
Depuis, les "King Kong" sont devenus de simples opérations commerciales. Mais quels progrès, n'est-ce pas, dans le "réalisme". Le réalisme non seulement en l'occurrence ne présente aucun attrait mais il détruit littéralement ici, comme dans toute oeuvre, l'art, tout simplement. Le cinéma n'est plus cette "terre d'élection" de la création poétique qu'attendait Jean Ferry.
Le drame du cinéma, c'est peut-être d'être né trop tard, et d'avoir connu par les progrès de la technique une évolution trop rapide.
Le cinéma aura vécu une soixantaine d'années. C'est déjà bien. Cela permet de passer de très bonnes soirées et pendant longtemps ! Durant cette époque bénie, même un film médiocre portait des traces de l'art cinématographique. Aujourd'hui il n'y a plus de cinéma. Il n'existe plus que des films. Parfois excellents. Il arrive même que certains d'entre eux rappellent la grandeur du passé.
A dire vrai, à propos de la décadence du cinéma, c'est de l'art en général dont il est question. J'y reviendrai sans doute.
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