L'ISLAM (18)
( Je reprends ici mes chroniques sur l'Islam, interrompues il y a quelques mois pour faire place complète à l'actualité politique. Que les lecteurs intéressés par ces articles veuillent bien me pardonner pour l'arrêt, plutôt prolongé, de cette série. Que les lecteurs nouveaux daignent, si le sujet retient leur attention, se référer aux 17 premiers commentaires s'ils veulent faire le lien avec ce qui suit et ce qui suivra).
Nous nous sommes longuement penchés sur le Coran, avons analysé son contenu, tenté de le comprendre "de l'intérieur". Le Coran, parole directe de Dieu, ne l'oublions pas, reste un texte déroutant. Etrange dans sa construction, modifié à plusieurs reprises par Mahomet, au gré des besoins qu'il ressentait de lui faire dire ce qu'il convenait de retenir comme étant la volonté du Créateur, il reste un texte inachevé, incomplet, souvent imprécis, même si son auteur affirme "n'y avoir rien omis", et souvent obscur.
Mahomet entreprit de reprendre la rédaction de certains versets. Surpris par la mort, il n'eut pas le temps d'achever son oeuvre.
D'où l'importance de la Sunna, à savoir la "coutume". Qu'est-ce que la Sunna du Prophète ? "C'est la coutume où ce 'modèle par excellence' est censé avoir édicté des règles positives de vie religieuse et morale, telles qu'elles ressortent de ses exemples et de son enseignement extracoraniques ou telles, à tout le moins, qu'elles furent sanctionnées par son approbation tacite." (1) (p.75)
Enseignement capital au point que dès le premier siècle de l'Hégire, certains édictent que "la Sunna peut se passer du Coran mais non le Coran de la Sunna". (1) (p.75 ) D'autres vont jusqu'à affirmer que "dans les matières controversées, la Sunna décide contre l'autorité du Coran, mais non vice versa" ! (1) (p.75) Ces excès laissent rêveur si l'on songe au caractère sacré du Coran... Ils seront corrigés. Toutes les écoles admettent que la Sunna complète et explique le Coran. Celui-ci affirmant que le Prophète n'agissait jamais ni 'ne parlait sous l'empire de la passion', "quand donc il a établi le détail de la Sunna islamique, il devait être inspiré d'En-Haut -les théoriciens de l'Islam parlent ici d'inspiration latente ou implicite- comme il le fut pour promulguer le Coran" (1) (p.76)
Mais de quoi est faite cette Sunna ? C'est d'abord la transmission orale, initialement par les milliers de croyants, qui avaient obtenu la faveur de fréquenter et de consulter Mahomet. On ne doute pas de leur témoignage de première main. On accorde encore du crédit à leurs descendants. "Les 40 premières années de l'Hégire passeront pour l'âge d'or de l'Islam, celui des grands Compagnons. A leur tour, les 'suivants des suivants', à savoir les musulmans du premier siècle, s'appliqueront à se transmettre, oralement d'abord, ensuite à recueillir par écrit tout ce qu'ils savaient ou s'imaginaient savoir sur les paroles, les décisions, les attitudes et même les silences du Prophète." (p.78)
Les pratiques de la Sunna trouvent leurs justifications ultimes dans le hadith, trait ou sentence attribués au Prophète ou à ses compagnons. Et l'on invente des hadith pour créer une sunna inexistante. On l'authentifie en rappelant de qui on est censé le tenir. C'est l'histoire "de l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui a vu Mahomet". On crée des hadith pour les besoins de sa cause. "Pour se venger d'un magister qui a fustigé son enfant, un mohaddith (dernier transmetteur) fabriquera des traditions dépréciant les pédagogues. La rancune populaire en fabriquera d'autres contre les policiers, les gendarmes et les agents du fisc." (1) (p.80)
Finalement, à partir du troisième siècle de l'Hégire, période de stabilisation pour l'orthodoxie musulmane, il fut mis un peu d'ordre dans cette somme de hadith, parfois contradictoires, qui se comptaient en centaines de milliers.
A dire vrai le travail accompli sur eux, ne relève pas d'un véritable travail critique, exégétique. On ne s'en prend pas au texte lui-même, au matn.On "ferme les yeux sur les anachronismes, les impossibilités logiques ou historiques du matn" (1) (p.82).
En revanche, on examine scrupuleusement la source, l'isnad, qui décrit la chaîne ininterrompue des garants par le canal desquels le hadith est parvenu au dernier transmetteur.
Alors quel crédit accorder à la Sunna ? Peu importe. Complétant le Coran pour fixer, dans le moindre détail de la vie, la Loi que doit respecter le musulman, du berceau à la tombe, elle l'oblige en tout.
"L'Islam est essentiellement une religion légale ; rien n'est laissé à l'arbitraire ou à l'initiative du fidèle. Le fiqh (droit islamique) embrasse donc l'ensemble des obligations que la charia impose au musulman en sa triple qualité de croyant, d'homme et de citoyen d'une théocratie." (2) (p.27-28)
(A suivre)
(1) : Henri LAMMENS, L'islam, Croyances et Institutions, Editions du Trident.
(2) : Marie-Thérèse URVOY, dans Vivre avec l'Islam ? , Editions Saint Paul
Nous nous sommes longuement penchés sur le Coran, avons analysé son contenu, tenté de le comprendre "de l'intérieur". Le Coran, parole directe de Dieu, ne l'oublions pas, reste un texte déroutant. Etrange dans sa construction, modifié à plusieurs reprises par Mahomet, au gré des besoins qu'il ressentait de lui faire dire ce qu'il convenait de retenir comme étant la volonté du Créateur, il reste un texte inachevé, incomplet, souvent imprécis, même si son auteur affirme "n'y avoir rien omis", et souvent obscur.
Mahomet entreprit de reprendre la rédaction de certains versets. Surpris par la mort, il n'eut pas le temps d'achever son oeuvre.
D'où l'importance de la Sunna, à savoir la "coutume". Qu'est-ce que la Sunna du Prophète ? "C'est la coutume où ce 'modèle par excellence' est censé avoir édicté des règles positives de vie religieuse et morale, telles qu'elles ressortent de ses exemples et de son enseignement extracoraniques ou telles, à tout le moins, qu'elles furent sanctionnées par son approbation tacite." (1) (p.75)
Enseignement capital au point que dès le premier siècle de l'Hégire, certains édictent que "la Sunna peut se passer du Coran mais non le Coran de la Sunna". (1) (p.75 ) D'autres vont jusqu'à affirmer que "dans les matières controversées, la Sunna décide contre l'autorité du Coran, mais non vice versa" ! (1) (p.75) Ces excès laissent rêveur si l'on songe au caractère sacré du Coran... Ils seront corrigés. Toutes les écoles admettent que la Sunna complète et explique le Coran. Celui-ci affirmant que le Prophète n'agissait jamais ni 'ne parlait sous l'empire de la passion', "quand donc il a établi le détail de la Sunna islamique, il devait être inspiré d'En-Haut -les théoriciens de l'Islam parlent ici d'inspiration latente ou implicite- comme il le fut pour promulguer le Coran" (1) (p.76)
Mais de quoi est faite cette Sunna ? C'est d'abord la transmission orale, initialement par les milliers de croyants, qui avaient obtenu la faveur de fréquenter et de consulter Mahomet. On ne doute pas de leur témoignage de première main. On accorde encore du crédit à leurs descendants. "Les 40 premières années de l'Hégire passeront pour l'âge d'or de l'Islam, celui des grands Compagnons. A leur tour, les 'suivants des suivants', à savoir les musulmans du premier siècle, s'appliqueront à se transmettre, oralement d'abord, ensuite à recueillir par écrit tout ce qu'ils savaient ou s'imaginaient savoir sur les paroles, les décisions, les attitudes et même les silences du Prophète." (p.78)
Les pratiques de la Sunna trouvent leurs justifications ultimes dans le hadith, trait ou sentence attribués au Prophète ou à ses compagnons. Et l'on invente des hadith pour créer une sunna inexistante. On l'authentifie en rappelant de qui on est censé le tenir. C'est l'histoire "de l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui a vu Mahomet". On crée des hadith pour les besoins de sa cause. "Pour se venger d'un magister qui a fustigé son enfant, un mohaddith (dernier transmetteur) fabriquera des traditions dépréciant les pédagogues. La rancune populaire en fabriquera d'autres contre les policiers, les gendarmes et les agents du fisc." (1) (p.80)
Finalement, à partir du troisième siècle de l'Hégire, période de stabilisation pour l'orthodoxie musulmane, il fut mis un peu d'ordre dans cette somme de hadith, parfois contradictoires, qui se comptaient en centaines de milliers.
A dire vrai le travail accompli sur eux, ne relève pas d'un véritable travail critique, exégétique. On ne s'en prend pas au texte lui-même, au matn.On "ferme les yeux sur les anachronismes, les impossibilités logiques ou historiques du matn" (1) (p.82).
En revanche, on examine scrupuleusement la source, l'isnad, qui décrit la chaîne ininterrompue des garants par le canal desquels le hadith est parvenu au dernier transmetteur.
Alors quel crédit accorder à la Sunna ? Peu importe. Complétant le Coran pour fixer, dans le moindre détail de la vie, la Loi que doit respecter le musulman, du berceau à la tombe, elle l'oblige en tout.
"L'Islam est essentiellement une religion légale ; rien n'est laissé à l'arbitraire ou à l'initiative du fidèle. Le fiqh (droit islamique) embrasse donc l'ensemble des obligations que la charia impose au musulman en sa triple qualité de croyant, d'homme et de citoyen d'une théocratie." (2) (p.27-28)
(A suivre)
(1) : Henri LAMMENS, L'islam, Croyances et Institutions, Editions du Trident.
(2) : Marie-Thérèse URVOY, dans Vivre avec l'Islam ? , Editions Saint Paul
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