QUELQUES COMPLEMENTS SUR L'ILLUSION SARKOZIENNE (2)
Le candidat Sarkozy en avait pris acte catégoriquement : la Constitution européenne était morte, tuée par les Français, lors du référendum du 29 mai 2005. Un miracle s'est produit : elle est ressuscitée. Le traité de substitution qui ne pouvait décemment souffrir d'être "mini" a été qualifié de "simplifié" : un mensonge quand même.
Comme l'a reconnu Valéry Giscard d'Estaing grand inspirateur du texte refusé par le peuple, "90%" de ce dernier a été sauvé. On a abandonné les mentions aux hochets des fédéralistes pur jus, le drapeau ou l'hymne européen, qui faisaient office de chiffons rouges. Mais la personnalité juridique de l'Union reste proclamée, l'existence d'un super-Etat est implicite.
Pour maintenir le rideau de fumée, le président soigne le détail : bien que déjà modifiée, en février 2005, la constitution française est soumise à la relecture à la lumière de ce nouveau traité dit de Lisbonne, qui vient s'empiler sur ceux de Maastricht, d'Amsterdam, de Nice. Il s'agit de faire croire qu'il y a lieu à correction. Ce que ne pense pas une majorité de constitutionnalistes. Autrement dit, le traité de Lisbonne n'est pas différent de la Constitution soi-disant décédée. De quel droit dès lors la ratifier sans repasser par la case "référendum" ?
La constitutionnaliste Anne-Marie Le Pourhiet dénonce un "coup d'Etat" et l'ancienne directrice de l'ENA, Marie-Françoise Bechtel y voit une "forfaiture".
Nicolas Sarkozy répétait à l'envi, avant le 6 mai 2007, que la Turquie ne faisait pas partie de l'Europe. Depuis qu'il est élu, il est d'une grande discrétion sur le sujet. Il laisse "gentiment" repartir les négociations sur l'adhésion de ce pays musulman à l'Union européenne.
Jacques Chirac pourtant partisan, lui, de cette adhésion avait cru faire du bien au futur "oui" à la Constitution européenne en faisant stipuler par la Constitution nationale (article 88-5), que désormais tout élargissement à venir de l'Union devait être soumis à référendum par le président de la République. Mais voici qu'aujourd'hui, le secrétaire d'Etat auprès du ministre des Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet, propose d'abroger cet article...
L'illusion sarkozienne s'épanouit sur tous les terrains. Voilà des catholiques éblouis parce que le président a pris le temps (compté, quand même), de rencontrer leur pape et de tenir quelques propos agréables aux oreilles de cardinaux. Visite protocolaire au demeurant, mais au cours de laquelle il aura cependant dit, ce qui est incontestablement original par rapport à ses prédécesseurs, des petites et grandes choses comme : "Face à l'effacement des repères, face aux bouleversements que connaissent nos sociétés, je veux dire que nous avons besoin de l'Eglise catholique". Ou encore : "J'assume pleinement le passé de la France. C'est par le baptême de Clovis que la France est devenue fille aînée de l'Eglise. Les faits sont là." "Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes." Et toujours : "La laïcité ne saurait être la négation du passé. Elle n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n'aurait pas dû." Et enfin : "La morale laïque risque toujours de s'épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à l'infini". "La France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont et ce qu'ils croient." N'en jetez plus, c'est trop !
Passons sur la forme, sur les fautes de goût qui consistent à arriver avec 17 minutes de retard à une audience accordée par le père spirituel d'un milliard de croyants, à introduire dans sa suite madame Bruni (la mère de la fille), à consulter son téléphone portable pendant la présentation de la délégation française : on espère ne pas faire découvrir seulement maintenant aux lecteurs que les Français n'ont pas élu un homme très bien élevé.
Mais, sur le fond, c'est le candidat Sarkozy qui a tenu des discours pour le moins ambigus sur l'hérédité, l'euthanasie. C'est le gouvernement de ce président qui lance une campagne sur la contraception et l'IVG médicamenteuse, réforme le divorce en un sens toujours plus laxiste, libéralise le travail le dimanche.
Sans doute pour lutter contre "l'effacement des repères" et corriger les "bouleversements que connaissent nos sociétés" ?! On ne saurait mieux se moquer du monde.
Catholiques, pouvez-vous vous étonner de tout cela, sérieusement, dites-moi ?
Nicolas Sarkozy veut plaire, toujours et partout. Il tient donc le discours qui peut plaire, toujours et partout. Il a voulu plaire à Rome. Cela ne mange pas de pain et cela fait son petit effet. Les catholiques n'ont plus guère de poids dans la société. On peut donc à la fois leur faire plaisir, cela peut toujours servir, faites croire, faites croire, il en reste toujours quelque chose, avec quelques belles paroles aussi flatteuses que définitives, et continuer à piétiner allègrement les valeurs qu'ils défendent, et soi-même pourtant communier, ce que ne se permettait pas même Louis XIV, qui, il est vrai, catholique formé, savait sans doute ce qu'est un péché mortel.
L'illusion sarkozienne est naturellement le fruit de discours, ostentatoires, et d'actes, plus discrets, contradictoires, quand ce n'est pas le contraire, sinon elle ne fonctionnerait pas.
"Qu'on ne compte pas sur moi pour faire l'Etat UMP." (A Dijon, le 3 octobre 2007, pour faire le gentil devant le maire ségoliniste de la ville)
Nicolas est sans doute en train de faire mieux et plus sûr : l'Etat Sarkozy.
De juin à septembre, 91 nominations préfectorales. Seul François Mitterrand, en 1981, cela pouvait se comprendre, avait fait plus. Il a placé des affidés partout : préfecture de police de Paris, DST, police nationale, ambassadeurs, secrétariats généraux et grands directeurs dans les ministères, Insee, magistrats du parquet. Rien de nouveau sous le soleil, soit, mais alors pourquoi tant de force déployée pour faire croire le contraire ?
Même pour sa vie privée, que l'on ne peut pas faire semblant de ne pas connaître, Nicolas Sarkozy nous "balade". Le voici scandalisé que les médias s'emparent des malheurs conjugaux du ministre de l'intérieur, à une époque où il devait sans doute juger que c'était embêtant pour la suite. Président, le voilà ravi de s'afficher avec une épouse entre-temps retrouvée, de la mettre en valeur, de lui confier des missions humanitaires, alors qu'il apparaissait déjà évident que le ver était dans le fruit de l'amour avant même son élection.
Divorcé par non-consentement initial, atteint si durement, semble-t-il, qu'il en néglige de retirer son alliance, il n'a pas attendu plus de deux mois après ce douloureux évènement pour parader à Disneyland avec dame Carla Bruni.
Si l'on en croit Le Point (du 15.11.07), Nicolas Sarkozy a déclaré : "Je suis celui qui doute le plus de moi-même".
Sur ce terrain, il pourrait se retrouver, un jour, en plus nombreuse compagnie.
(fin)
Comme l'a reconnu Valéry Giscard d'Estaing grand inspirateur du texte refusé par le peuple, "90%" de ce dernier a été sauvé. On a abandonné les mentions aux hochets des fédéralistes pur jus, le drapeau ou l'hymne européen, qui faisaient office de chiffons rouges. Mais la personnalité juridique de l'Union reste proclamée, l'existence d'un super-Etat est implicite.
Pour maintenir le rideau de fumée, le président soigne le détail : bien que déjà modifiée, en février 2005, la constitution française est soumise à la relecture à la lumière de ce nouveau traité dit de Lisbonne, qui vient s'empiler sur ceux de Maastricht, d'Amsterdam, de Nice. Il s'agit de faire croire qu'il y a lieu à correction. Ce que ne pense pas une majorité de constitutionnalistes. Autrement dit, le traité de Lisbonne n'est pas différent de la Constitution soi-disant décédée. De quel droit dès lors la ratifier sans repasser par la case "référendum" ?
La constitutionnaliste Anne-Marie Le Pourhiet dénonce un "coup d'Etat" et l'ancienne directrice de l'ENA, Marie-Françoise Bechtel y voit une "forfaiture".
Nicolas Sarkozy répétait à l'envi, avant le 6 mai 2007, que la Turquie ne faisait pas partie de l'Europe. Depuis qu'il est élu, il est d'une grande discrétion sur le sujet. Il laisse "gentiment" repartir les négociations sur l'adhésion de ce pays musulman à l'Union européenne.
Jacques Chirac pourtant partisan, lui, de cette adhésion avait cru faire du bien au futur "oui" à la Constitution européenne en faisant stipuler par la Constitution nationale (article 88-5), que désormais tout élargissement à venir de l'Union devait être soumis à référendum par le président de la République. Mais voici qu'aujourd'hui, le secrétaire d'Etat auprès du ministre des Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet, propose d'abroger cet article...
L'illusion sarkozienne s'épanouit sur tous les terrains. Voilà des catholiques éblouis parce que le président a pris le temps (compté, quand même), de rencontrer leur pape et de tenir quelques propos agréables aux oreilles de cardinaux. Visite protocolaire au demeurant, mais au cours de laquelle il aura cependant dit, ce qui est incontestablement original par rapport à ses prédécesseurs, des petites et grandes choses comme : "Face à l'effacement des repères, face aux bouleversements que connaissent nos sociétés, je veux dire que nous avons besoin de l'Eglise catholique". Ou encore : "J'assume pleinement le passé de la France. C'est par le baptême de Clovis que la France est devenue fille aînée de l'Eglise. Les faits sont là." "Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes." Et toujours : "La laïcité ne saurait être la négation du passé. Elle n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n'aurait pas dû." Et enfin : "La morale laïque risque toujours de s'épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à l'infini". "La France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont et ce qu'ils croient." N'en jetez plus, c'est trop !
Passons sur la forme, sur les fautes de goût qui consistent à arriver avec 17 minutes de retard à une audience accordée par le père spirituel d'un milliard de croyants, à introduire dans sa suite madame Bruni (la mère de la fille), à consulter son téléphone portable pendant la présentation de la délégation française : on espère ne pas faire découvrir seulement maintenant aux lecteurs que les Français n'ont pas élu un homme très bien élevé.
Mais, sur le fond, c'est le candidat Sarkozy qui a tenu des discours pour le moins ambigus sur l'hérédité, l'euthanasie. C'est le gouvernement de ce président qui lance une campagne sur la contraception et l'IVG médicamenteuse, réforme le divorce en un sens toujours plus laxiste, libéralise le travail le dimanche.
Sans doute pour lutter contre "l'effacement des repères" et corriger les "bouleversements que connaissent nos sociétés" ?! On ne saurait mieux se moquer du monde.
Catholiques, pouvez-vous vous étonner de tout cela, sérieusement, dites-moi ?
Nicolas Sarkozy veut plaire, toujours et partout. Il tient donc le discours qui peut plaire, toujours et partout. Il a voulu plaire à Rome. Cela ne mange pas de pain et cela fait son petit effet. Les catholiques n'ont plus guère de poids dans la société. On peut donc à la fois leur faire plaisir, cela peut toujours servir, faites croire, faites croire, il en reste toujours quelque chose, avec quelques belles paroles aussi flatteuses que définitives, et continuer à piétiner allègrement les valeurs qu'ils défendent, et soi-même pourtant communier, ce que ne se permettait pas même Louis XIV, qui, il est vrai, catholique formé, savait sans doute ce qu'est un péché mortel.
L'illusion sarkozienne est naturellement le fruit de discours, ostentatoires, et d'actes, plus discrets, contradictoires, quand ce n'est pas le contraire, sinon elle ne fonctionnerait pas.
"Qu'on ne compte pas sur moi pour faire l'Etat UMP." (A Dijon, le 3 octobre 2007, pour faire le gentil devant le maire ségoliniste de la ville)
Nicolas est sans doute en train de faire mieux et plus sûr : l'Etat Sarkozy.
De juin à septembre, 91 nominations préfectorales. Seul François Mitterrand, en 1981, cela pouvait se comprendre, avait fait plus. Il a placé des affidés partout : préfecture de police de Paris, DST, police nationale, ambassadeurs, secrétariats généraux et grands directeurs dans les ministères, Insee, magistrats du parquet. Rien de nouveau sous le soleil, soit, mais alors pourquoi tant de force déployée pour faire croire le contraire ?
Même pour sa vie privée, que l'on ne peut pas faire semblant de ne pas connaître, Nicolas Sarkozy nous "balade". Le voici scandalisé que les médias s'emparent des malheurs conjugaux du ministre de l'intérieur, à une époque où il devait sans doute juger que c'était embêtant pour la suite. Président, le voilà ravi de s'afficher avec une épouse entre-temps retrouvée, de la mettre en valeur, de lui confier des missions humanitaires, alors qu'il apparaissait déjà évident que le ver était dans le fruit de l'amour avant même son élection.
Divorcé par non-consentement initial, atteint si durement, semble-t-il, qu'il en néglige de retirer son alliance, il n'a pas attendu plus de deux mois après ce douloureux évènement pour parader à Disneyland avec dame Carla Bruni.
Si l'on en croit Le Point (du 15.11.07), Nicolas Sarkozy a déclaré : "Je suis celui qui doute le plus de moi-même".
Sur ce terrain, il pourrait se retrouver, un jour, en plus nombreuse compagnie.
(fin)
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