DE LA SAGESSE QU'IL Y A A RESTER, DURABLEMENT, CHACUN CHEZ SOI (1)
Il est raisonnable, tôt ou tard, que chacun rentre chez soi, s'il ne s'y trouve : il n'est pas de cas où cette loi de toujours ne se vérifie. Ce qui est vrai pour des individus l'est aussi pour des populations.
Même cette cellule de base de la vie naturelle qu'est la famille composée d'un père, d'une mère et d'enfants obéit à ce déterminisme, pourtant parfois douloureux à accepter : elle est appelée à éclater pour favoriser, par reproduction, l'éclosion de nouvelles cellules, de nouvelles familles. "Tanguy" est un accident. Vite insupportable.
On peut avoir des amis, les plus intimes qui soient, les fréquenter assidûment, passer des vacances avec eux. Il n'empêche. S'ils leur prenaient l'envie de s'incruster à la maison sans y avoir été invités, je ne donnerais pas cher de l'avenir d'une relation ainsi faussée. "J'veux pas d'visite", chante avec à propos et humour Linda Lemay, parce que les visites "ça vous promet qu'ça va revenir" et que "ça revient".
A fortiori, quelles âmes, à part celles de quelques saints, accepteraient que s'installassent dans leurs demeures, sans permission, des inconnus ?
C'est pourtant encore à ces stades, à ces niveaux de relations interpersonnelles que peuvent mieux se comprendre les solidarités concrètes, les sacrifices généreux, l'exercice d'une charité active. L'individualisme est passé par là pour détruire les unes, rendre odieux les autres.
Il fut un temps où l'on n'aurait pas imaginé ne pas recueillir ses vieux parents (et beaux-parents), titulaires d'un droit non écrit à l'assistance, fruit d'une reconnaissance pour services rendus, ou le gosse perdu d'un autre, ou ne pas héberger plus longtemps son enfant réduit à un célibat non-désiré.
Et si en hiver, un pauvre diable égaré et grelottant frappait à ma porte et me demandait l'hospitalité, je ne lui présenterais pas une copie du présent article pour lui faire comprendre toute la logique qu'il y aurait à ce qu'il allât frapper à d'autres portes, celles d'organismes spécialisés dans l'assistance publique.
Sans doute aurais-je à coeur, au moins, de lui offrir un peu de chaleur, tout en organisant son rapatriement vers des demeures plus adaptées à le recevoir, à mes yeux, que la mienne.
Peu me contesteront la lucidité des remarques qui précèdent. C'est qu'on est au plus près "de la vie des gens".
Qui plus est, dans ces relations domestiques, les rapports entre les forces sont peu ou prou équilibrés. Les envahisseurs font jeu égal, physiquement ou moralement, avec les envahis. Chacun comprend que le conflit serait inévitable et nul ne met en doute le bon droit des seconds à résister aux prétentions des premiers.
Pourtant, à l'échelle des nations, des patries, le même bon sens appliqué à l'étude des phénomènes de territoires occupés, ne fait plus recette.
C'est que chaque individu n'étant pas, ou pas encore, très directement concerné dans ses intérêts, dans son quant-à-chez-soi, peut se permettre de divaguer, intellectuellement porté par les idéologies dominantes "droit-de-l'hommesques", qui s'appellent l'anti-racisme, le mondialisme, le cosmopolitisme, une vague religiosité "new age" et qui considèrent les métissages de toutes sortes comme des bienfaits.
L'évidence crève les yeux cependant que les mélanges humains produisent, certes à l'occasion de splendides créatures brésiliennes, mais plus souvent encore des cocktails détonants. Seulement voilà, l'évidence étant politiquement incorrecte il convient de la nier pour mieux verser dans l'angélisme béat.
Les Etats-Unis ont longtemps été présentés, ce que l'on apprenait sur les bancs du lycée, comme le pays emblématique du melting-pot réussi. Voire. Outre que le problème noir a été posé et est encore posé en termes rudes, on oublie un peu trop que les grandes masses d'immigrants furent, des siècles durant, des Européens, Blancs, Chrétiens. Il n'y a pas que dans West Side Story que la cohabitation entre certaines ethnies est dangereuse. L'Amérique ne mélange plus très bien, s'il est vrai qu'elle y a réussi autrefois. Elle juxtapose. On assiste à l'émergence du "separating-pot". Elle commence à se poser des questions, comme celle de la langue officielle de ce pays, qu'elle ne se posait pas avant, car elles eussent été sans objet. Les Etats de l'Amérique du Nord, seront-ils encore dits "Unis" dans cinquante ou cent ans ? Je me permets d'en douter.
Les minoritaires dominés ont toujours tort. Les Blancs des USA auront bientôt tort. Ce ne fut pas le cas jusqu'ici. Et pourtant...
Qui conteste sérieusement que M. Georges W Bush et quelques autres de son espèce soient chez eux, là bas ? Eh bien, moi. M. Bush et quelques autres de son espèce ne sont pas chez eux. Ils sont chez ceux que l'on a appelé, par défaut, les "Indiens". Seulement voilà, les envahisseurs ont été si nombreux, et si puissants, que, passé le moment conflictuel inévitable avec les autochtones, dû à l'équilibre très provisoire des forces en présence, les envahis ont été réduits, massacrés, finalement parqués.
Pourquoi était-il sans doute inéluctable que l'Algérie soit un jour un pays indépendant ? Parce qu'en 1962 on comptait sur son sol un million de "pieds-noirs" (eux-mêmes très bariolés d'ailleurs) et 9 millions de Berbères et d'Arabes musulmans. Pourquoi en était-il ainsi ?
Pour deux raisons essentielles qui nous honorent : la France venue à la fois par hasard et nécessité sur le sol algérien, parfois à l'appel de certaines tribus l'habitant pour les protéger d'autres tribus, lui a apporté la paix et le développement et n'a pas songé à faire de ce territoire, sans histoire réelle mais il y a bien longtemps chrétien, dont nous avons inventé qu'il s'appellerait "Algérie", comme l'a reconnu honnêtement le nationaliste de fraîche gestation, Ferhat Abbas, un far south à peupler de Bourguignons, d'Auvergnats et de Bretons.
S'il y avait eu dans ces officiels départements français, 9 millions d'Européens et un million d'"Indiens", le même Ferhat Abbas aurait-il pu discourir, sinon en vain, ainsi, le 15 avril 1955 à Djidjelli : "Frères, le colonialisme proclame que l'Algérie est une partie de la France, mais l'Algérie se trouve en Afrique du Nord et les Algériens sont des Africains, non des Français" ? (1)
(à suivre)
(1) Cité par Claude Paillat dans Dossier secret de l'Algérie, tome 2
Même cette cellule de base de la vie naturelle qu'est la famille composée d'un père, d'une mère et d'enfants obéit à ce déterminisme, pourtant parfois douloureux à accepter : elle est appelée à éclater pour favoriser, par reproduction, l'éclosion de nouvelles cellules, de nouvelles familles. "Tanguy" est un accident. Vite insupportable.
On peut avoir des amis, les plus intimes qui soient, les fréquenter assidûment, passer des vacances avec eux. Il n'empêche. S'ils leur prenaient l'envie de s'incruster à la maison sans y avoir été invités, je ne donnerais pas cher de l'avenir d'une relation ainsi faussée. "J'veux pas d'visite", chante avec à propos et humour Linda Lemay, parce que les visites "ça vous promet qu'ça va revenir" et que "ça revient".
A fortiori, quelles âmes, à part celles de quelques saints, accepteraient que s'installassent dans leurs demeures, sans permission, des inconnus ?
C'est pourtant encore à ces stades, à ces niveaux de relations interpersonnelles que peuvent mieux se comprendre les solidarités concrètes, les sacrifices généreux, l'exercice d'une charité active. L'individualisme est passé par là pour détruire les unes, rendre odieux les autres.
Il fut un temps où l'on n'aurait pas imaginé ne pas recueillir ses vieux parents (et beaux-parents), titulaires d'un droit non écrit à l'assistance, fruit d'une reconnaissance pour services rendus, ou le gosse perdu d'un autre, ou ne pas héberger plus longtemps son enfant réduit à un célibat non-désiré.
Et si en hiver, un pauvre diable égaré et grelottant frappait à ma porte et me demandait l'hospitalité, je ne lui présenterais pas une copie du présent article pour lui faire comprendre toute la logique qu'il y aurait à ce qu'il allât frapper à d'autres portes, celles d'organismes spécialisés dans l'assistance publique.
Sans doute aurais-je à coeur, au moins, de lui offrir un peu de chaleur, tout en organisant son rapatriement vers des demeures plus adaptées à le recevoir, à mes yeux, que la mienne.
Peu me contesteront la lucidité des remarques qui précèdent. C'est qu'on est au plus près "de la vie des gens".
Qui plus est, dans ces relations domestiques, les rapports entre les forces sont peu ou prou équilibrés. Les envahisseurs font jeu égal, physiquement ou moralement, avec les envahis. Chacun comprend que le conflit serait inévitable et nul ne met en doute le bon droit des seconds à résister aux prétentions des premiers.
Pourtant, à l'échelle des nations, des patries, le même bon sens appliqué à l'étude des phénomènes de territoires occupés, ne fait plus recette.
C'est que chaque individu n'étant pas, ou pas encore, très directement concerné dans ses intérêts, dans son quant-à-chez-soi, peut se permettre de divaguer, intellectuellement porté par les idéologies dominantes "droit-de-l'hommesques", qui s'appellent l'anti-racisme, le mondialisme, le cosmopolitisme, une vague religiosité "new age" et qui considèrent les métissages de toutes sortes comme des bienfaits.
L'évidence crève les yeux cependant que les mélanges humains produisent, certes à l'occasion de splendides créatures brésiliennes, mais plus souvent encore des cocktails détonants. Seulement voilà, l'évidence étant politiquement incorrecte il convient de la nier pour mieux verser dans l'angélisme béat.
Les Etats-Unis ont longtemps été présentés, ce que l'on apprenait sur les bancs du lycée, comme le pays emblématique du melting-pot réussi. Voire. Outre que le problème noir a été posé et est encore posé en termes rudes, on oublie un peu trop que les grandes masses d'immigrants furent, des siècles durant, des Européens, Blancs, Chrétiens. Il n'y a pas que dans West Side Story que la cohabitation entre certaines ethnies est dangereuse. L'Amérique ne mélange plus très bien, s'il est vrai qu'elle y a réussi autrefois. Elle juxtapose. On assiste à l'émergence du "separating-pot". Elle commence à se poser des questions, comme celle de la langue officielle de ce pays, qu'elle ne se posait pas avant, car elles eussent été sans objet. Les Etats de l'Amérique du Nord, seront-ils encore dits "Unis" dans cinquante ou cent ans ? Je me permets d'en douter.
Les minoritaires dominés ont toujours tort. Les Blancs des USA auront bientôt tort. Ce ne fut pas le cas jusqu'ici. Et pourtant...
Qui conteste sérieusement que M. Georges W Bush et quelques autres de son espèce soient chez eux, là bas ? Eh bien, moi. M. Bush et quelques autres de son espèce ne sont pas chez eux. Ils sont chez ceux que l'on a appelé, par défaut, les "Indiens". Seulement voilà, les envahisseurs ont été si nombreux, et si puissants, que, passé le moment conflictuel inévitable avec les autochtones, dû à l'équilibre très provisoire des forces en présence, les envahis ont été réduits, massacrés, finalement parqués.
Pourquoi était-il sans doute inéluctable que l'Algérie soit un jour un pays indépendant ? Parce qu'en 1962 on comptait sur son sol un million de "pieds-noirs" (eux-mêmes très bariolés d'ailleurs) et 9 millions de Berbères et d'Arabes musulmans. Pourquoi en était-il ainsi ?
Pour deux raisons essentielles qui nous honorent : la France venue à la fois par hasard et nécessité sur le sol algérien, parfois à l'appel de certaines tribus l'habitant pour les protéger d'autres tribus, lui a apporté la paix et le développement et n'a pas songé à faire de ce territoire, sans histoire réelle mais il y a bien longtemps chrétien, dont nous avons inventé qu'il s'appellerait "Algérie", comme l'a reconnu honnêtement le nationaliste de fraîche gestation, Ferhat Abbas, un far south à peupler de Bourguignons, d'Auvergnats et de Bretons.
S'il y avait eu dans ces officiels départements français, 9 millions d'Européens et un million d'"Indiens", le même Ferhat Abbas aurait-il pu discourir, sinon en vain, ainsi, le 15 avril 1955 à Djidjelli : "Frères, le colonialisme proclame que l'Algérie est une partie de la France, mais l'Algérie se trouve en Afrique du Nord et les Algériens sont des Africains, non des Français" ? (1)
(à suivre)
(1) Cité par Claude Paillat dans Dossier secret de l'Algérie, tome 2
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