LE MAUVAIS SANS

Publié le par François-Xavier Gaëtan Gelin

La première fois que vous avez entendu parler de "sans-papiers", vous avez peut-être pensé, comme il était naturel, qu'il s'agissait de braves gens, en règle comme vous et moi, qui, à l'occasion d'un contrôle inopiné de police ou de gendarmerie, s'étaient retrouvés dans une position désagréable, ayant laissé leurs documents officiels dans une veste restée chez eux, ou les ayant perdus, bêtement, dans la rue, en tirant leurs mouchoirs de leurs poches. Depuis vous avez compris que vous aviez à faire à des personnes illégalement installées en France (et dans quelques autres pays). L'expression a été admise, imposée. La plupart des médias la reprennent en choeur. Elle devrait pouvoir faire école.

 

 

Qu'est-ce qu'un personnage qui brûle trois feux rouges, fauche deux enfants sur le trottoir, est contrôlé avec 2.5g d'alcool dans le sang et perd, en conséquence, son permis de conduire ? Un délinquant, un chauffard, un voyou de la route ? Que nenni ! C'est un sans-permis de conduire qui a droit à toute votre compassion. Il est en bonne compagnie. Si l'on en croit les révélations de la presse, qui n'ont pas l'air d'avoir ému nos autorités, il y aurait en France des millions d'automobilistes qui conduisent sans permis, soit pour l'avoir perdu, soit pour n'avoir jamais passé les examens qui permettent de l'obtenir (il est vrai que cela coûte cher, prend du temps, et que les examinateurs sont parfois féroces. C'est donc tout juste bon pour des imbéciles qui veulent respecter la loi). N'est-il pas temps de régulariser la situation de ces malheureux ?

 

 

Voici l'illustration concrète de ce que je dénonçais récemment dans mon article sur LA VERITE : malhonnêteté intellectuelle et non-respect des faits, à la base de tous les mauvais raisonnements qui en découlent. Ici on qualifie par une expression neutre, voire complaisante, une situation anormale. Le fait objectif, indiscutable, c'est qu'il y a violation de la loi. Cela n'est pas dit, cette vérité de fait est masquée par la malhonnêteté intellectuelle qui consiste à désigner un délinquant, clandestinement introduit en France (fait puni,normalement, par la loi, sur un plan pénal), autrement que par son nom véritable. Par là même on conditionne l'opinion, on lui fait perdre le sens de la réalité, le sens de la légalité ; on travaille à la faire raisonner, par la suite, de travers.

 

 

Très souvent le premier signe de l'entreprise de subversion consiste à pervertir le langage, à détourner le sens des mots. Manipuler le discours avant de manipuler ceux auxquels il est destiné. Appeler les choses par leur nom véritable est la première des opérations d'hygiène mentale nécessaires pour être en capacité de bien raisonner.

 

 

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O
la gauche en son temps, dans un grand élan de symbolisme aussi gratuit que démagogique, voulait mettre la misère hors la loi . <br /> la misère, qu\\\'elle touche nos compatriotes ou des étrangers, n\\\'est pas affaire de légalité... Ce serait trop facile.<br /> C\\\'est un vrai problème de société assez complexe en réalité, que les politiques, les économistes; les démographes, n\\\'ont jamais vraiment traité.<br /> Les flux migratoires irrésistibles du sud vers le nord ne s\\\'inverseront pas par des décisions de justice. Il ya une histoire et une nouvelle culture imposée par les \\\"libéraux-libertaires\\\" comme dit Alain Soral. Ces bons gros gras fruits murs de mai 68.<br /> Au fond, au delà de la sémantique, ne voyons nous pas que l\\\'organisation du marché planétaire n\\\'a que faire \\\"des sans papiers\\\".<br /> L\\\'organisation mondiale du commerce préconise une immigration supplémentaire en Europe de 20 millions d\\\'individus pour préserver nos acquis sociaux (retraite etc.)<br /> Faut il lapider la femme adultère et être dans la loi? ou bien poser la question de la duplicité de nos \\\"élites\\\"?<br /> Il y a une distance entre le réel et le légal.<br /> Bien cordialement<br />
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T
Message à Vincent R : en réponse à votre PS. Je ne peux qu'être d'accord sur cette invitation à s'élever (et c'est pourquoi je me risque à poster, quitte à être mal compris, et à m'expliquer, malgré mon manque d'habitude dans ces exercices, et mon manque d'éloquence)...<br /> Je pensais juste, sans vouloir absolument changer le style de M. Gelin (que pour ma part j'apprécie même s'il est difficile : je ne voulais pas que cette remarque soit mal prise), qu'on peut élever un débat et exprimer des idées Vraies et réfléchies avec des mots et des phrases plus simples, et de ce fait, embarquer un plus grand nombre dans cette superbe aventure de la réflexion.<br /> M.Gelin, continuez comme ça, bien entendu ! Ma remarque ne se voulait pas destructive...j'espère que ça n'a choqué personne.<br /> Bien à vous tous.
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F
Je ne suis absolument pas choqué, bien évidemment, vous l'aurez compris. J'espère, au moins, à défaut d'être facile, (mais accordez-moi que les articles que je classe dans la catégorie, créée depuis hier ! , "chroniques frivoles (ou presque)", ne sont pas trop "difficiles"), que je suis clair. Je n'ai aucune prétention à donner des cours de philo, et je reste plus abordable, je pense, que JP Sartre dans L'être et le néant !
O
Clarté du langage, idées précises, dénonciation pertinente de la perversion des formes qui subvertissent le fond.<br /> Attention cependant, au nom de ces principes implacables, de ne pas sombrer dans un légalisme qui n\\\'est pas nécessairement l\\\'expression de la vérité.<br /> Travaillant dans le secteur social avec des fonctionaires parfois zélés, j\\\'ai pu constater dans la\\\" vrai vie\\\" que souvent l\\\'application de la loi dépendait des dispositions intérieures de celui qui était charger de la faire appliquer.<br /> d\\\'autant qu\\\'entre la loi de Dieu et celle des hommes, le grant écart ne fait chaque jour que croître.<br /> En l\\\'espèce, l\\\'Eglise ne condamne pas celui qui vole pour nourrir sa famille.<br /> Bernanos jugeait asssez durement les jeunes raisonneurs de l\\\'Action Française qui s\\\'attachaient à démontrer selon les principes du maitre de Martigues que la liberté au singulier n\\\'existe pas . Il les traitait de \\\"petits mufles réalistes\\\" <br /> Cela bien sûr ne s\\\'applique pas à vous ; d\\\'autant que vous soulevez un authentique problême qui devrait se résoudre politiquement bien en amont.<br /> Comment ne pas regretter le temps où l\\\'Eglise, qui détenait de véritables pouvoirs, pouvait mettre de l\\\'huile dans les rouages d\\\'une société qui se voyait interdire de traîter la misère comme une forme de délinquance
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F
Pour une part vous me permettrez de vous inviter à lire les réponses que j'ai faites à  Julie, T-bow et Vincent Rablois, à leurs derniers commentaires, leurs préoccupations rejoignant les vôtres, me semble-t-il.<br /> Pour le reste je tâcherai de ne pas tomber sous le coup du jugement bernanosien ! <br /> La question de la misère est une question en soi, et bien sûr, en tant que telle, ce n'est pas une forme de délinquance, mais pas spécifiquement liée aux "sans-papiers". On peut s'interroger à cet égard sur le traitement réservé à des compatriotes, par définition légalement installés dans leur propre pays (encore heureux !), en situation précaire, quand des étrangers illégaux sont logés dans des hôtels aux frais de l'Etat, pendant des mois.
V
 <br /> Existe-t-il donc une si grande rupture entre la démarche rationnelle et la réalité expérimentale ?<br /> En choisissant l'angle théorique, vous restez effectivement dans le débat d'idée, qui est apparemment votre fort (et que vous maniez, je dois l'admettre, avec dextérité).<br /> Dans la réalité concrète, à laquelle ouvre T-bow avec prudence, les sans permis et les sans papiers, quand bien même ils seraient tous dans l'illégalité, ne sont pas assimilables. Dans un sans-papier, il est une part importante liée au passé douloureux : on ne se déracine pas de gaieté de coeur.<br /> Si je suis d'accord avec vous pour dénoncer cette hypocrisie ambiante qui consiste à ne voir que la misère, au-delà même du bien commun de notre pays ("qui ne peut accueillir toute la misère du monde" selon le mot fameux... d'un socialiste je crois, ou est-ce M. Chirac ?), des sans-papiers, il me semble inhumain d'opter pour l'extrême inverse... car c'est bien d'humanité qu'il s'agit.<br /> Vous me répondrez que vous vous contentiez d'en rester à l'idée. N'est-ce pas justement le propre du "politicien" ?<br /> Eternel tiraillement entre le pays légal et le pays réel (l'allusion, à en juger par vos articles, ne vous sera pas inconnue)...<br /> Bravo pour votre journal qui, fait rare aujourd'hui, reflète une vraie pensée et un véritable cheminement vers... la Vérité !<br /> Vincent R.<br />  <br /> P.S : Message pour T-bow : Je suis d'accord avec vous que le style pamphlétaire de François-Xavier Gaëtan Gelin est  parfois complexe pour des honnêtes gens tels que nous (cf. votre commentaire suite à l'article sur la Vérité). Mais je ne crois qu'il faille changer quoi que ce soit. Attention à la démagogie de vouloir sans cesse être "proche des gens"... Ca les rend rarement plus intelligent (exemple : moi !). Que notre chroniqueur continue dans son style qui est celui propre à nous élever, parce que justement exigeant. Pour une fois qu'on nous invite à nous élever, au lieu de l'inverse ! Et tant pis si ça doit parfois m'empêcher de livrer mes impressions, réactions, états d'âme, etc.
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F
Je vous réponds le plus synthétiquement possible (voir également mes récentes réponses à Julie et t-bow) :<br /> - Je ne vois pas de rupture entre démarche rationnelle et réalité expérimentale, je vois une rupture entre la démarche intellectuelle de beaucoup et  une pensée guidée par la raison.<br /> - Angle théorique ? Angle pratique aussi, il faut d'abord penser juste pour agir bien.<br /> - Sans-papiers, sans-permis : ce rapprochement, dans lequel il y a, aussi,  de l'humour ironique, bien sûr, n'avait pour fonction que de montrer le piège des mots. Les situations sont différentes, encore que : 1) Il peut y avoir des détresses chez les sans-permis 2) les sans-papiers, pour l'essentiel, fuient moins un passé douloureux qu'ils n'estiment que la France, après y être rentrés dans des conditions passibles de peines de prisons et d'amendes (c'est la loi, non appliquée), leur doit un avenir meilleur ( qui sera meilleur, vraiement ? ).<br /> - C'est Michel Rocard, alors premier ministre, qui est l'auteur de la phrase que vous citez. Très souvent reprise, fort peu méditée.<br /> - J'ai voulu dénoncer un détournement des mots, non pas poser une question humanitaire. J'y reviendrais sans doute, à travers la question plus vaste de l'immigration.<br /> - Croyez-vous que les politiciens s'en tiennent à l'"idée" ? Je les crois plutôt inféodés à l'opinion, au sentiment, à la pression médiatique. Les vrais hommes politiques, sur le terrain, souvent des maires, mesurent chaque jour l'absurdité, criminelle, qui consiste à tenir deux discours contradictoires : "On en peut pas accueillir toute la misère du monde",  et "Vous êtes là, illégalement installés, on n'appliquera pas la loi, on ne vous reconduira pas dans votre pays d'origine, on régularisera votre situation". Moyennant quoi, la misère du monde, bien renseignée sur l'usage que nous faisons de notre faculté de penser, enverra de nouvelles vagues de clandestins (estimés, officiellement, à 100.000 par an tout de même).<br /> - Encore une fois, la question du traitement humain de ces situations complexes, mais nous faisons tout ce qu'il faut pour qu'elles deviennent inextricables, est une autre question que je n'ai pas abordée. Je suis d'ailleurs frappé par le fait que les commentaires, les vôtres sur le blog ou ceux que je reçois de vive voix ou par courriel, portent souvent, non pas sur ce que j'ai écrit précisément, mais sur les projections, oeuvres du lecteur, que ce dernier élabore. Ce n'est pas un reproche en soi, mais une constatation. Et j'en suis un peu étonné.<br /> - Si je puis m'immiscer dans votre réponse à t-bow : j'espère que mon style n'est pas "pamphlétaire" (!), même si, je l'assume, je l'ai écrit, il y a des traces d'humour, d'ironie, de causticité même, dans mes articles, car ce style est incompatible avec la pensée raisonnable. (ce qui ne veut pas dire que le pamphlétaire ne dit pas la vérité, simplement il estime certaines étapes franchies, à vous de suivre !). Mais enfin, si mon style est "celui propre à nous élever" (je rougis de confusion devant un tel hommage), je suis tout à fait rassuré, et j'ajoute : faites de la propagande autour de vous en faveur de ce blog ! (je n'insiste pas plus !).<br /> Bien cordialement.<br />  
T
Cela fait plaisir de voir que je ne suis pas seul à penser que les mots ont un sens, que les règles ne sont pas faites pour être bafouées sous les applaudissements généraux.Néanmoins, la comparaison entre les sans permis de conduire et les sans papiers est osée (même si elle image parfaitement bien votre pensée). Je pense, même si je n'en connais pas personnellement, et même si ce n'est pas la grande majorité, que certaines personnes étant entrées en France de manière illégale sont vraiment dans une détresse qui mérite d'être regardée de près.
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F
Remarquez bien que sans permis de conduire ou sans papiers (le permis de conduire est un papier, soit dit en passant), vous êtes dans l'illégalité.<br /> La démarche rationnelle est donc bien de refuser l'illégalité, dans tous les cas. Dans l'application on rencontre des êtres humains, et selon des critères de valeur, que vous évoquez indirectement, le retour à la légalité peut revêtir diverses formes.