LE MAUVAIS SANS
La première fois que vous avez entendu parler de "sans-papiers", vous avez peut-être pensé, comme il était naturel, qu'il s'agissait de braves gens, en règle comme vous et moi, qui, à l'occasion d'un contrôle inopiné de police ou de gendarmerie, s'étaient retrouvés dans une position désagréable, ayant laissé leurs documents officiels dans une veste restée chez eux, ou les ayant perdus, bêtement, dans la rue, en tirant leurs mouchoirs de leurs poches. Depuis vous avez compris que vous aviez à faire à des personnes illégalement installées en France (et dans quelques autres pays). L'expression a été admise, imposée. La plupart des médias la reprennent en choeur. Elle devrait pouvoir faire école.
Qu'est-ce qu'un personnage qui brûle trois feux rouges, fauche deux enfants sur le trottoir, est contrôlé avec 2.5g d'alcool dans le sang et perd, en conséquence, son permis de conduire ? Un délinquant, un chauffard, un voyou de la route ? Que nenni ! C'est un sans-permis de conduire qui a droit à toute votre compassion. Il est en bonne compagnie. Si l'on en croit les révélations de la presse, qui n'ont pas l'air d'avoir ému nos autorités, il y aurait en France des millions d'automobilistes qui conduisent sans permis, soit pour l'avoir perdu, soit pour n'avoir jamais passé les examens qui permettent de l'obtenir (il est vrai que cela coûte cher, prend du temps, et que les examinateurs sont parfois féroces. C'est donc tout juste bon pour des imbéciles qui veulent respecter la loi). N'est-il pas temps de régulariser la situation de ces malheureux ?
Voici l'illustration concrète de ce que je dénonçais récemment dans mon article sur LA VERITE : malhonnêteté intellectuelle et non-respect des faits, à la base de tous les mauvais raisonnements qui en découlent. Ici on qualifie par une expression neutre, voire complaisante, une situation anormale. Le fait objectif, indiscutable, c'est qu'il y a violation de la loi. Cela n'est pas dit, cette vérité de fait est masquée par la malhonnêteté intellectuelle qui consiste à désigner un délinquant, clandestinement introduit en France (fait puni,normalement, par la loi, sur un plan pénal), autrement que par son nom véritable. Par là même on conditionne l'opinion, on lui fait perdre le sens de la réalité, le sens de la légalité ; on travaille à la faire raisonner, par la suite, de travers.
Très souvent le premier signe de l'entreprise de subversion consiste à pervertir le langage, à détourner le sens des mots. Manipuler le discours avant de manipuler ceux auxquels il est destiné. Appeler les choses par leur nom véritable est la première des opérations d'hygiène mentale nécessaires pour être en capacité de bien raisonner.