VERITE ET VALEURS

Publié le par François-Xavier Gaëtan Gelin

La première des vérités à respecter, à défendre, c'est la vérité des faits. Combien d'esprits égarés par des mensonges sur les faits ?  Ou tout simplement par des erreurs ? En matière historique, les exemples sont nombreux. Que la relation des faits ait été manipulée, ou que, de bonne foi, le chercheur se soit trompé, abusé lui-même par des sources incertaines, le danger est toujours grand que la vérité demeure masquée.

Les raisonnements, qui se veulent logiques et rigoureux, appuyés sur des faits hypothétiques, s'égarent et trompent. La plupart des escroqueries intellectuelles reposent sur des montages qui insultent la vérité des faits. Aussi, au risque de se répéter, il faut toujours et encore, repartir de la vérité des faits. Sinon, autant construire une maison sans les fondations.

 

 

A partir de faits vrais, le raisonnement qui les interprète, la logique qui en déduit une conclusion, peuvent, malgré tout, se perdre. A chaque étape de la progression d'une pensée, la rigueur, l'exigence envers son propre cheminement déductif, ne doivent pas se relâcher.

Mais l'on n'est pas au bout de ses peines pour autant. Une société d'hommes qui veulent, au moins majoritairement -les minorités contestataires sont naturelles comme l'air que l'on respire-, partager des valeurs, et qu'est-ce qu'une valeur pour un peuple, sinon une vérité admise ? une société donc, ne tient debout que par quelques valeurs admises comme l'on admet en logique pure, un postulat.

L'honnêteté conduit à le reconnaître. Il est un point ultime dans la réflexion où il faut accepter la valeur qui se place ici, non pas à l'origine, comme pour le postulat, mais à la fin d'un raisonnement. Exactement comme le croyant admet le dogme au nom de sa foi en Dieu. Exactement comme ces mathématiques, modèles de rigueur, ignorant l'expérience sensible, admettent l'axiome. Voici une science dite exacte qui accepte comme vérité, une affirmation non démontrée ! Et l'on a envie de rajouter : "Et pourtant ça marche ! " sur l'air de "et pourtant elle tourne ! "

Car comme le soutient Pascal, si la vérité exige de tout démontrer et de tout définir, il faut bien néanmoins, commencer par des termes non définis et des propositions non démontrées.

Aucun philosophe, aucun homme n'échappe à cette règle. Ouvrez n'importe quel livre de philosophie. Qu'y lit-on ? "Selon Descartes...selon Heidegger...selon..." Oui, selon...

 

 

Alors serait-il confirmé, à ce stade, le "à chacun sa vérité" que je dénonçais ? (Cf. LA VERITE) Sûrement pas. Il est des valeurs vraies et d'autres qui sont fausses, à leur tour. Et leur vérité découle de leur bienfaisance, de leur acceptation commune dans le temps et dans l'espace, de leur fécondité confirmée par l'expérience, des progrès qu'elles ont fait faire, et font, à l'humanité, et que tous les hommes de bonne foi peuvent reconnaître, découvrir, aimer et partager. Que des hommes de mauvaise foi, nient cette bienfaisance, cette acceptation, cette fécondité, ces progrès, ne prouvent rien contre les valeurs en question. Les premiers ne jugent qu'eux -mêmes.

De plus, la valeur est une vérité d'un autre ordre que celle que je défendais plus haut. C'est une vérité subjective, si je peux m'exprimer ainsi, qui vient couronner et confirmer sans doute toutes les vérités objectives qui s'y rattachent. Sur le plan de la vérité suprême, si Dieu existe, possible vérité objective, alors toutes les vérités subjectives des hommes qui tendent  à satisfaire aux exigences de ce Dieu, ou à répondre à son amour, trouvent ainsi leur fondement. Si Dieu n'existe pas, autre possible vérité objective, il n'en demeure pas moins que le coeur et l'esprit de l'homme sont à la recherche d'une vérité, certes dépourvue de tout caractère transcendental, mais non d'universalité. Le Bien et le Mal, entre autres, perdurent comme catégories indépassables à toutes les époques, sous toutes les latitudes, chez tous les peuples, à de rares exceptions.

 

 

Prenons un exemple simple. Considérons l'étal d'un marchand de fruits. Un gamin passe devant, il prend une pomme et se sauve. Les deux faits sont irréfutables ; la raison nous amène à dire que l'enfant a volé le marchand. Et ensuite ? Nous sommes choqués car il y a interdiction de voler, acte perçu comme un mal. Existe-t-il une société qui considère le vol comme un bien, comme une liberté individuelle, ou collective, qu'il serait légitime de revendiquer ? Pourtant, peut-on démontrer logiquement que voler est un mal ? Voler est un mal, et chacun comprend que cette affirmation est ce que j'appelle une vérité subjective. Subjective, en effet : ce n'est pas un fait, le résultat d'un raisonnement, ce n'est pas une vérité objective, incontestable. Je suis en droit de penser que le vol n'est pas un mal. Car il peut faire du bien au voleur. Dans des limites raisonnables, il peut être admis. Il appartient à chacun, après tout, d'être responsable de ce qu'il possède, de veiller à la sécurité de ses affaires. Cependant, personne de sensé, hormis quelques originaux provocateurs, ne soutiendrait une telle thèse.

 

 

Il en est des valeurs comme des opinions et des morales : il faut les soumettre à l'examen critique, toujours et encore, avec le constant souci de la vérité, objective ou subjective

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C
Permettez-moi une nouvelle fois de vous contredire, mais l'assertion "voler est un mal" ne peut être contredite, même théoriquement. Bien sûr, certaines personnes peuvent le penser, mais en aucun cas il ne s'agit d'une contradiction, puisque le mal est, indépendemment de l'opinion chacun, une absence de bien.<br /> On peut se prévaloir de systèmes intellectuels, pour le seul plaisir de se croire intelligent et supérieur ; cela n'empêchera jamais à ce qui est d'être et à ce qui n'est pas de ne pas être...<br /> Je pense que si vous êtes d'accord accord avec la dernière phrase de mon message précédent, vous comprendrez ce que je veux dire.
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C
Si l'on suit votre pensée, voler peut être considérer comme un mal objectif, car il y a de fait, pour le marchand de fruits, l'absence d'un bien, le sien.<br /> En réalité, je crois que c'est une erreur de distinguer mal objectif et mal subjectif. Une telle distinction n'a pas lieu d'être. En revanche, il existe plusieurs types de mal : mal physique et mal moral sont sans nul doute les plus aboutis. Le mal physique ne nécessite que les sens pour la déduction.<br /> En revanche, le mal moral se nourrit de déductions et de bon sens. Ainsi, la perte d'une finalité pour une autre moindre constitue-t-elle, alors même que l'action vise un bien, un mal moral, qui ne dépend aucunement de la subjectivité ou de l'objectivité.<br /> Pour ne prendre qu'un exemple : la vitamine C est un bien lorsqu'elle sert à pallier une déficience de force à un moment donné. Mais si un sportif vient à en prendre, pour le bien qu'est la performance, la victoire, ce sera un mal car la vitamine C est détournée de sa finalité propre. Il n'est bien entendu pas question ici de discuter la légitimité des mesures prises par les comités sportifs, mais bien de considérer la transgression d'une règle, en plus du détournement de finalité.<br /> Ainsi pouvons-nous conclure que vérité et mal ne sont pas des conséquences d'un raisonnement humain, soumis à l'individualisme et au relativisme...
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F
Je n'ai pas écrit que le mal pouvait être objectif ou subjectif. Mais qu'une valeur exprimée ainsi : "voler est un mal", pouvait toujours être contestée, au moins théoriquement, dans sa prétention à constituer une vérité objective s'imposant à tous.<br /> Je reste bien d'accord avec votre dernière phrase.