PERMANENCE ET DEVENIR (1)
Les apparences nous portent à croire que l'histoire du monde connu est celle d'un mouvement perpétuel et bien intentionné.
Il y aurait eu une explosion originelle marquant le début de l'expansion de l'univers, et depuis...
Les théories évolutionnistes sont présentées et enseignées comme des vérités et, de fait, nul ne peut nier la réalité d'une certaine évolution.
L'homme n'a pas toujours été là, et le dinosaure a disparu. On a mis un temps, assez long toutefois, une charrue derrière des boeufs pour labourer un sol meuble mais aujourd'hui, dans les pays suffisamment développés du moins, on utilise les chevaux d'un tracteur pour cultiver la terre. Le Grand Siècle, aussi grand qu'il fût, n'a pas inventé le chemin de fer et de nos jours, en TGV, la gare d'Avignon est à 2h40 de celle dite de Lyon à Paris. En 1969, c'était bientôt déjà il y a quarante ans !, un engin spatial déposait des hommes sur la lune, astre dont des peuples primitifs crurent autrefois qu'il fécondait leurs femmes lui exposant leurs ventres, les nuits claires quand il était plein. Des populations et des continents se sont longtemps ignorés qui sont désormais liés et reliés par l'aviation civile, la télévision, Internet, et le commerce mondialisé.
Voilà des faits incontestables, quoique choisis par beaucoup à l'exclusion de tous autres, qui pourraient contredire les conclusions que l'on tire de leur existence, pour illustrer plus sûrement la thèse du progrès continu et sans fin.
Et sur ces faits, vérifiables, techniques, scientifiques, il n'y a pas d'interrogations quant à leur réalité. Il n'y a pas de doute que l'homme, apparu récemment sur terre, est un animal d'une autre envergure intellectuelle que les poissons, espèce vivante de vieille ascendance ; il n'est pas contestable que l'activité agricole ait bénéficié d'une productivité grandissante ; nul ne peut nier que l'on peut se rendre plus vite en 2006 d'un point quelconque du globe terrestre à un autre, qu'en 1006 ; qui ne sait maintenant que la sexualité joue un rôle décisif dans la naissance d'un enfant et qu' exposer son ventre à la lune, même s'offrant à la vue de filles nubiles, grosse et ronde dans un ciel dégagé, n'a jamais permis à une femme d'être enceinte ?
De là à conclure que - ce qu'il est convenu d'appeler le "progrès", ce développement en bien, cette "ascension qui rapproche indéfiniment d'un terme idéal" (Jean-Paul Sartre) - concerne non seulement les sciences et les techniques, mais aussi la philosophie, les moeurs, la politique, les arts, la raison et la civilisation en un mot, il n'y a qu'un pas, le pas de l'humanité en marche, n'est-ce pas Victor Hugo ("le pas collectif du genre humain s'appelle le Progrès. Le progrès marche") ? Hegel, Auguste Comte, voient dans le progrès une sorte de loi inscrite dans l'ordre de la nature et de la vie. Même Rousseau, ce grincheux, ("Il n'y a point de vrai progrès de raison dans l'espèce humaine parce que tout ce qu'on gagne d'un côté on le perd de l'autre"), est convaincu que les hommes sont perfectibles.
Ce pas, il est toujours aujourd'hui de bon ton de le franchir allègrement en raillant ceux qui se permettent de douter de la réalité de ce bel et harmonieux alpinisme spirituel et moral.
C'est qu'il existe de sérieuses raisons de manifester de l'incertitude, appuyées sur des faits tout aussi indéniables que ceux que nous avons cités plus haut. N'en déplaise aux modernes Pangloss qui, pour être plus subtils que le pantin de Voltaire, n'en sont pas moins aveuglés.
(à suivre)