LES CATHOLIQUES FRANCAIS : UNE ESPECE EN VOIE DE DISPARITION ? (1)
Il y a une trentaine d'années, un journaliste de l'Express enquêtait sur les catholiques. Dans son article, il constatait que 10% des Français, seulement, assistaient, chaque dimanche, à l'office liturgique. C'est peu, écrivait-il en substance, mais, demandait-il aussitôt, quel parti politique, quelle association, quel mouvement peut se targuer de rassembler 5 millions de personnes chaque semaine, qu'il pleuve ou qu'il vente, pour une partie qui n'est pas de plaisir, à l'heure du footing, du petit déjeuner tardif, de la grasse matinée, ou de la sortie champêtre ?
Objectivement cela reste une performance, même si, depuis, le chiffre est à diviser au moins par deux.
En effet, on peut sérieusement se poser la question de savoir dans quelle trappe passent les disciples du Christ fidèles à Rome. Et à grande vitesse. Certes les données varient mais la tendance demeure.
Sur déclaration, que l'on veut bien croire sur l'honneur, certains se rassurent : entre 64% et 71% des Français, selon les sources, se disent catholiques ; sources qui datent de quand ? Un sondage CSA/La Vie/Le Monde, réalisé en 2003, ce n'est pas bien vieux, donnait 62% de catholiques. Le Monde des Religions vient tout juste de publier une nouvelle enquête (1). A la question : "Quelle est votre religion si vous en avez une ?", les Français interrogés ont répondu "catholique" à 51%. Plus que 51%. En 1965, 81% des habitants de notre pays se déclaraient catholiques.
Mais que signifie, aujourd'hui, être catholique ? Voilà une appellation de plus en plus incontrôlée. Car comment qualifier de "catholique", des personnes, une sur deux, qui n'affirment pas que... Dieu existe ?!
Quel que soit le sondage auquel on se réfère, et cela depuis des années, on est frappé par la déchristianisation grandissante des dits catholiques.
Ici, on leur demande s'il leur arrive de prier : jamais, 30% ; exceptionnellement, 17 %. Il s'en trouve 33% pour considérer qu'il n'est pas important que leurs enfants reçoivent une formation religieuse. 58%, à peine, croient à la résurrection du Christ, 37% à la Sainte Trinité.
Là, 67% des catholiques interrogés ne croient pas à l'existence du diable, avec toutes les conséquences, confortables, qui en découlent.
Et il y a aussi les statistiques. Constat clinique.
En métropole, en 1990, il y eut 762 400 naissances et 472 130 baptêmes ; en 2004, on enregistre 767 816 naissances et 357 262 baptêmes (y compris les adultes, 338 094 si l'on ne compte que les enfants de moins de 7 ans).
En 1990 l'Eglise avait confirmé 91 281 personnes ; en 2004, 49 932.
En 1990, 147 176 couples s'étaient mariés à l'Eglise ; en 2004 on n'en compte plus que 96 863. Cette même année les mairies ont procédé à 271 600 mariages civils.
La France recensait 45 059 prêtres en 1970 ; ils ne sont plus que 22 185 en 2004.
Pour l'assistance aux offices l'IFOP, en 2006, distingue les "messalisants" des "pratiquants réguliers". Contre toute attente, ces derniers ne vont à la messe qu'une fois par mois. Les premiers, eux, s'y rendent chaque dimanche. Ces curieusement nommés, "messalisants", représenteraient 4,5% de la population...
Rendant compte du sondage du CSA, Jean-François Barbier-Bouvet (sociologue, "spécialiste des comportement culturels"), écrit dans Le Monde des Religions qu'aux "définitions institutionnelles, nous avons préféré une définition sociologique liée au sentiment qu'éprouvent les individus : est catholique celui qui se considère comme tel ". C'est plus prudent en effet, au vu des résultats.
Le directeur de la rédaction de la revue, Frédéric Lenoir, conclut, avec lucidité, son éditorial ainsi : "Disons-le clairement : non seulement dans ses institutions, mais aussi dans ses mentalités, la France n'est plus un pays catholique".
Et il faut aussi le dire, ce n'est pas une opinion, c'est un fait : il ne reste dans ce pays que moins de 5% de catholiques. Ne peut prétendre se dire catholique qui ne se fait pas un devoir et une nécessité d'assister au moins une fois par semaine, et en tout état de cause le jour dit "du Seigneur", au Saint Sacrifice de la messe. Ne peut prétendre se dire catholique qui n'accepte pas les dogmes et les commandements de son Eglise. Le catholique, comme tout un chacun, est un héritier. L'héritier qui refuse l'héritage ne peut plus revendiquer la filiation. N'est pas catholique celui "qui se considère comme tel" mais celui qui reconnaît comme vrai tout ce que le Je crois en Dieu proclame.
C'est une simple question, une fois de plus, de bon sens, de raison. Que de tous temps des catholiques ne se soient pas comportés en catholiques est une évidence mais il est propre à cette époque que des catholiques ne le soient plus sans même en prendre conscience.
(1) Le Monde des Religions n° 21, janvier-février 2007, 6 euros.
(à suivre)