QU'EST-CE QUE LA DEMOCRATIE ?
La Démocratie a une définition encyclopédique : c'est une forme d'organisation dans laquelle le pouvoir est détenu par le peuple. Par là-même, elle n'a jamais été, elle n'est pas, elle ne sera jamais, effective. Le "peuple souverain" est une idée coupée de la réalité. Je lui ai fait un sort récemment (cf. LE PEUPLE SOUVERAIN chronique du 25.01.07).
En conséquence, la Démocratie doit être considérée pour ce qu'elle est : une idéologie. C'est à dire une pensée fausse sans lien avec le réel.
Traduite en principes, institutions, modalités d'exécution, elle provoque naturellement déceptions et désillusions. Les démocrates sincères sont toujours à la recherche de la "vraie démocratie" et ils en souffrent, les pauvres. La "vraie démocratie" est toujours à venir, remarquez-le bien. Comme l'horizon, ligne qui se fait un malin plaisir de reculer au fur et à mesure qu'on avance vers elle, la démocratie est fuyante. Comme toutes les utopies. Mais elle n'est pas neutre pour autant dans ses effets. Ce n'est pas simplement une aimable plaisanterie. Son expression est source de drame pour les peuples et les nations.
Elle est, dans les présupposés qu'elle révèle, parfaitement stupide : comment fonder, en raison, l'idée qu'une opinion soit vraie, juste ou bonne sur la base du simple constat que 50% + une personne d'une population donnée y souscrive ?
Comme la Démocratie n'est qu'une chimère mais que l'on est prié de lui donner une apparence, celle-ci ne peut être que légale.
"Le gouvernement du peuple par le peuple" se traduit, concrètement, par le "gouvernement du peuple par quelques-uns plus ou moins mandatés par lui".
Le peuple est donc invité à départager des candidats que le régime des partis a choisis pour lui. Etant un quarante-quatre millionième de la souveraineté, chacun se sent détenteur d'un pouvoir considérable. Dérisoire prétention. Source infinie de divisions stériles, de querelles partisanes. Celles auxquelles François Bayrou voudrait bien mettre un terme, si je l'ai bien compris. Louable intention mais nouvelle illusion. C'est oublier que cet affrontement est constitutif, est l'essence même, du système démocratique. Il en vit, artificiellement, mais sans lui il meurt.
Celui qui accède au pouvoir par ces voies qui ne sont pas royales, n' a été préféré aux autres que par une minorité. Comment s'étonner que sa légitimité soit remise en cause à la moindre occasion ? Serait-il même élu au premier tour d'une élection, par une majorité - sauf à ce que celle-ci dépasse au moins les 80% de suffrages exprimés et assoit ainsi le caractère vraiment populaire de ce choix, (pour combien de temps d'ailleurs ? Car ce que le suffrage universel, un jour, a produit, ce même suffrage universel s'exaspère très vite de ne pas le valider à nouveau) - cet homme dis-je, est celui d'une fraction du peuple.
Dans quelle "démocratie" un chef est élu, au premier tour, avec près de 80% des voix ? Dans les pays totalitaires où les gens votent avec une mitraillette dans le dos.
Conscient de la situation, à peine élu, le rescapé de la course-poursuite électorale s'échine à se présenter comme le "représentant de tous", mais cette risible affirmation ne peut abuser que les naïfs (ils sont encore nombreux cependant, on se demande par quel accident).
La Démocratie est destructrice. Destructrice du lien national, des solidarités, des corps intermédiaires, de la poursuite des politiques salvatrices, pour autant que celles-ci aient pu être engagées. Car elle est ennemie de la mise en oeuvre de ces politiques salvatrices, qui suppose de défier courageusement l'opinion publique, d'accepter l'impopularité et le risque de perdre les élections suivantes.
Devant l'évidence accablante de ces vérités, le démocrate de conviction s'en tire toujours, à un moment ou à un autre du débat, en se réfugiant derrière le mot spirituel de Winston Churchill selon lequel "la Démocratie est le pire des régimes à l'exception de tous les autres". Subtile manifestation de l'humour anglais. Jolie pirouette qui expédierait toute critique de la dite Démocratie, et dont bien entendu, on ne retiendrait que l'"esprit", n'est-ce pas, puisque le sens littéral de cette phrase baigne précisément dans le non-sens. Et bien non. Je retiens la lettre et l'aveu, ce moment de première lucidité : "Le pire des régimes..."
Tuer le chef tous les cinq ou sept ans, c'est se condamner à reproduire les mêmes erreurs, à administrer au corps social les mêmes poisons.
Le cri de Charles Maurras a conservé toute son actualité : "La Démocratie c'est le mal, la Démocratie c'est la mort".