L'ISLAM (6)
Voici ce que dit le Coran, voici donc ce que dit Dieu. On ne peut rien y changer : "Ceux qui ne comptent pas nous rencontrer disent, quand on leur récite nos versets explicites : Apporte un autre Coran ou change celui-ci. Réponds : ce n'est pas à moi de le changer. Je m'en tiens à ce qui m'est dévoilé. Si je désobéis à mon Seigneur, je crains le tourment d'un jour terrible." (X, 15)
"Pour Dieu la religion c'est l'Islam. Ceux qui ne croient pas aux versets de Dieu, Dieu est prompt à leur demander compte." (III, 19) Voila qui est "explicite" comme dit le livre.
Comme souligné avant de commencer, tout n'est pas clair pour le non-initié ; un tel passage nécessite une explication : "Attention le livre des libertins est dans le Sijjîn. Comment saurais-tu ce qu'est le Sijjîn? " (LXXXIII, 7-8). Oui, comment ? A la fin de l'ouvrage, quelques notes expliquent certains passages. Mais le traducteur lui-même avoue parfois son ignorance (IV, 3 ; V, 66 ; XIV, 9).
En introduction, l'éditeur a fait figurer une chronologie. En 632 Mahomet meurt. Le rédacteur écrit qu' "il paraît inconcevable qu'une armée de citadins et de bédouins puisse jaillir du désert pour conquérir, bataille après bataille, une immense part du monde. Plus impossible encore qu'elle impose une religion, un mode de vie, une civilisation qui en est à ses premières ébauches. L'imprévu, l'inexplicable va cependant se réaliser. A sa source, un livre : le Coran." C'est de la naïveté ou de la complaisance, à moins que l'auteur de ces lignes veuille dire que le Coran avait un pouvoir propre à fanatiser les foules des fidèles, ce que l'on croit aisément après l'avoir lu, car enfin, à coup de sabre, on peut beaucoup ! En 633 les musulmans font la conquête du Yémen, et c'est parti pour cent ans d'avancées jusqu'en 732, lorsqu'un dénommé Charles Martel les arrête à Poitiers. Il est certain que les disciples du Christ, armés de leurs seules vertus théologales de Foi, d'Espérance, et de Charité, furent un peu moins performants...
J'entends des lecteurs murmurer : "Bien que vous vous en défendiez, vous avez lu le Coran avec vos lunettes occidentales, héritier que vous êtes d'une autre civilisation, vous persiflez..."
Certes. J'ai persiflé, je persifle, et je persiflerai encore ici et ailleurs comme je l'ai annoncé dans POURQUOI J'AI DECIDE D'OUVRIR UN BLOG, "parce que je n'imagine pas d'écrire, y compris sur des sujets "sérieux" sans pointes d'humour, d'ironie, voire de causticité". Sans méchanceté aucune à l'égard des personnes, je l'espère.
Mais, pour en revenir au Coran, outre que vous avez pu prendre connaissance de ce qui précède, citations qui parlent d'elles-mêmes, je ne saurais trop vous conseiller de le lire. Lisez le Coran. Entièrement. Dans un pays qui compte sans doute désormais près de dix millions de musulmans, français et étrangers, résultat de la politique menée par nos gouvernements depuis 32 ans (en sachant qu'en 1974, l'immigration a été, officiellement, stoppée !), je crois que lire le Coran, pour un non-musulman, est plus qu'une initiative judicieuse, c'est un devoir.
Enfin, donnons la parole à la défense et à l'illustration. Mais à quelle plaidoirie apologétique se fier ?
La Mecque n'est pas Rome. Comme le souligne Ghaleb Bencheikh, "chaque musulman est in fine son propre évêque".
J'ai dans les mains deux livres qui devraient pouvoir se compléter. Celui de Sayyid Abul A' la Maudoudi (1903-1979), natif de l'Inde du Sud, celui du sus-nommé Ghaleb Bencheikh el-Hocine, fils de l'ancien recteur de la grande mosquée de Paris. Deux générations, deux parcours, deux intellectuels aux points de vue différents.
Comprendre l'Islam de A. Maudoudi (*), Alors c'est quoi l'Islam ? (**) de G. Bencheikh. Ils ne sont pas dans la même position : le livre du premier se veut un exposé "bref mais clair de l'ensemble de l'Islam" (avertissement de l'auteur), rédigé à l'origine en 1932, révisé en 1973, à l'occasion de sa traduction. C'est l'ouvrage d'un professeur. Le second est sur la défensive : l'éditeur nous dit qu'il a "bien voulu se prêter au jeu" de répondre à des questions dont certaines se veulent embarrassantes. A. Maudoudi est un éminent penseur, théologien, auteur de 80 livres, un militant aussi, qui mena une lutte inlassable pour que le Pakistan devienne un Etat islamique, ce qui lui valut des années d'emprisonnement et même une condamnation à mort à laquelle il échappa "sous la pression des protestations universelles dans le monde musulman" (note de l'éditeur). Il fonda le Jammâ' at Islâmi, "mouvement de renouveau", en 1941, et inspira les frères musulmans.
Comprendre l'Islam est un livre à l'usage des jeunes et des étudiants, musulmans ou non-musulmans, "qui désireraient connaître le vrai Islam mais qui n'ont pas l'accès aux sources fondamentales de l'Islam en arabe" (Maudoudi). L'éditeur, en 1972, indique que le livre a été adopté par "la plupart des écoles et collèges sur le continent indo-pakistanais" et qu'il a été traduit dans de nombreuses langues. On peut donc raisonnablement conclure que cet ouvrage n'est pas une version destinée au monde occidental, qu'il reflète bien la pensée vraie de son auteur.
Nous le suivrons à travers les paragraphes des chapitres de ce manuel, qui ont le mérite d'être numérotés et, en regard, nous rapprocherons ses écrits de ceux de G Bencheikh, physicien, docteur ès sciences, de formation philosophique, présentateur de l'émission Islam sur France 2, vice-président de la Conférence mondiale des religions pour la paix.
(à suivre)
(*)Abul A' la Maudoudi, Comprendre l'Islam traduit et publié sous l'égide de l'Islamic Foundation England, par Mlle M. Rayon, 1973.
(**)Ghaleb Bencheikh, Alors c'est quoi l'Islam ? , Les Presses de la Renaissance, 2001.