L'ISLAM (7)
Maudoudi rappelle qu'Islam est un mot qui signifie soumission, obéissance. "En tant que religion, l'Islam prêche la soumission et l'obéissance totale à Allah." (4) Or l'univers obéit à des lois, à un ordre, qui sont la loi de Dieu. On peut donc dire que "tout l'univers suit littéralement la religion de l'Islam [...] le soleil, la lune, la terre, et tous les autres corps célestes sont donc "musulmans" tout comme l'air, l'eau..." .(6) Et l'homme, en ce sens qu'il obéit lui aussi à des lois biologiques, "est né et restera musulman" (8), mais au titre de son libre arbitre il a la liberté de choisir, d'être ou de ne pas être musulman, "et c'est la façon dont on exerce cette liberté qui divise l'humanité en deux groupes : les croyants et les incroyants." (8)
Bencheikh, lui, distingue l'islam avec un "i" minuscule qui "renvoie à la religion dans ses sens spirituel, culturel et liturgique" (p.13). C'est, par exemple, l'équivalent du "christianisme". Avec un "I" majuscule, il désignerait plutôt une civilisation et une aire géographique occupée. L'équivalent de "chrétienté". Et il s'inscrit en faux contre la définition de Maudoudi : "Quant à l'étymologie du mot lui-même, "islam" dérive de la racine triconsonantique arabe S.L.M., qui donne salam et qui, en dépit de tout - maintenant plus que jamais - (c'est moi qui souligne, interrogatif), signifie "paix" et "salut". S'islamiser revient ainsi à entrer dans la Paix... C'est une pacification de l'âme. Par ailleurs on a coutume de traduire le mot "islam" par "soumission".[...] (cette traduction) est totalement fausse." (p.13) Pourtant il concède que la "périphrase qui rend le mieux son sens est : "Déprise de soi pour une remise de soi confiante et dans la paix à... ", en l'occurence à Dieu." (p.14)
Maudoudi décrit le sort, peu enviable, du "Kâfir", l'incroyant, victime du "Kufr" qui "signifie littéralement "couvrir", "dissimuler" (11). Par son incrédulité le Kâfir cache que "sa nature est instinctivement orientée vers l'Islam" (11). "Il tâtonne dans les ténèbres," (11) "Bien pire le Kufr est une tyrannie" (13). Car l'homme agit alors contre la justice et sa propre nature. Mais le Kufr n'est pas simplement tyrannie, il est "pure rébellion, ingratitude, infidélité." (15) Pour autant, l'homme qui adopte l'attitude du Kufr, ne fait aucun tort à Dieu, "au contraire (souligné par moi) cette désobéissance ne fait que précipiter l'homme sur le chemin de la ruine et de la disgrâce" (16). Doit-on conclure en la plus grande indifférence de Dieu ? C'est bien ce que nous avions cru comprendre en lisant le Coran (Cf. L'ISLAM (3)). Le Kâfir est donc une créature détestable à tous points de vue qui "ne répandra que confusion et désordre sur la terre. Sans l'ombre d'un remords il versera le sang, violera les droits de ses semblables, sera cruel envers eux [...] un tel homme peut ruiner la paix et l'équilibre de la vie sur la terre."(17) Rien de tel ne peut arriver, bien entendu, si vous adoptez l'attitude de l'Islam ; le croyant "sait distinguer le Bien du Mal [...] il choisit le Bien." (22) "C'est un homme intelligent, sincère." (23) "Sa vie sera une vie de pureté, de piété, d'amour, d'altruisme." (30) "Il sera l'homme le plus honoré,et le plus respecté." (31) "Il sera l'homme le plus puissant et le plus efficace." (32) "Il sera l'homme le plus riche." (33) " "Il sera l'homme le plus révéré, le plus aimé, le plus populaire." (34) Bref, et je vous épargne de tous les développements de Maudoudi : "Il n'y a pas de mots pour décrire tout le mérite d'un tel homme." (34)
Faire injure à cet homme serait assurément coupable et c'est pour cela que "si vous avez compris la véritable nature d'un musulman, vous serez convaincu qu'il ne peut vivre dans l'humiliation, l'asservissement ou la soumission. Il est destiné à devenir le maître (souligné par moi)." (35) Maudoudi conclut ce chapitre en affirmant : "Voilà l'Islam, la religion naturelle de l'homme [...] tous ceux qui reconnurent Dieu et aimèrent la vérité ont cru en cette religion et s'y sont conformés. Ils furent tous des musulmans, qu'ils aient appelé ce mode de vie Islam ou pas. Quelqu'en fut le nom, il signifiait Islam, et Islam uniquement." (37)
Bencheikh dit, à sa manière, la même chose : "L'Islam ne se veut pas une religion nouvelle [...] C'est la réactualisation du monothéisme original et radical. L'Islam se présente donc comme la religion de la prime nature, celle qui, via la Révélation coranique relie l'homme à son créateur. En somme, l'islam est une religion primordiale et immuable." (p.14-15)
(les chiffres entre parenthèses après les citations d'Abul Maudoudi sont les numéros des paragraphes de son livre).
(à suivre)