PERMANENCE ET DEVENIR (2)
Sur le plan scientifique, ne retenons qu'un seul fait, sur lequel beaucoup s'accordent, même s'il fait encore l'objet de débats entre spécialistes : le réchauffement de la planète et plus généralement l'ensemble des périls écologiques qui menacent la terre dans son existence même, sans compter la prolifération nucléaire chargée de lourdes menaces pour la survie des hommes. Quelle est la cause directe de cette situation ? Précisément, selon les critères de certains, le progrès tant vanté. Cela suffit déjà, presque, à clore le débat. Techniquement, le monde se suicide.
Et l'humain, que dire de l'humain ? Jamais l'homme ne s'est conduit de manière plus cruelle envers l'homme qu'au vingtième siècle, le siècle des totalitarismes mais aussi de l'avènement des guerres démocratiques n'est-ce-pas, qui "consomment" toutes deux du conscrit (et du civil), comme nous dilapidons nos richesses naturelles, sans retenue.
Et la philosophie ? Elle a inspiré le pire et le plus désespérant avec le marxisme, le freudisme, l'existentialisme. Et les moeurs ? Elles se dissolvent avec l'émergence de morales individualistes, concoctées sur mesure par chacun à son usage personnel et intéressé. Et la politique ? En régime dit démocratique, elle s'identifie à la bonne exploitation des données identifiées du "marché" des électeurs, ailleurs des dictatures de circonstances broyent des peuples souvent affamés. Les arts ? Voyez comment l'art qualifié de contemporain a porté à un haut niveau celui de prendre les spectateurs et les auditeurs pour des imbéciles. Progrès, vous avez dit progrès ?
Pour reprendre les exemples que je citais dans mon premier article, il y avait de la sagesse à cultiver la terre en respectant le sol, à voyager lentement, plutôt que toujours plus vite, course insensée et souvent mortelle ; et poser son pied sur la lune, était-ce indispensable ? Quant à notre peuple primitif, dont il est si facile de moquer la naïveté, n'avait-il pas pressenti quelque chose de l'influence de l'astre blanc sur la vie terrestre, était-il aussi stupide qu'il y paraît d'avoir établi un lien entre le cycle lunaire et celui de la femme ?
Eh ! Quoi ! s'écrient déjà les "progressistes", vous voulez donc "revenir en arrière" sur tous les plans ? ! Les hommes ne mourraient-ils pas de faim par le passé du fait de la faiblesse des rendements agricoles ? Les routes parcourues à cheval ou en chariots étaient-elles plus sûres avec le brigandage ? N'a-t-on pas massacré, allègrement aussi, au cours des siècles passés ? Les peuples n'ont-ils pas, jadis, souffert sous le joug pesant de tyrans ? Soit. Mais, justement, ce que l'observation démontre amplement c'est la réalité de la permanence et l'illusion du devenir.
Hier, il n'y a pas si longtemps, des pigeons voyageurs véhiculaient des messages. Aujourd'hui le téléphone portable s'en charge. Voilà l'apparence des choses, le masque de surface, le miroir aux alouettes, l'évolution visible qui marque, simplement, le triomphe de l'immédiateté sur la durée. Ne nous risquons pas à porter un jugement élaboré sur cette accélération de la simple technique. Mais pour le reste, pour tout le reste, tout vient de l'homme et de ses valeurs et y renvoie.
Et lui, qui croira, sérieusement, qu'il a fondamentalement changé depuis la préhistoire jusqu'à nos jours ? Libre, il ne peut pas changer, en soi, irrévocablement et collectivement. Chaque enfant qui naît, nous l'avons bien compris avec Maurras (cf. les articles QUELQUES VERITES CHEZ CHARLES MAURRAS), est une matière brute, à façonner, un terrain vierge dont l'éducation fera un civilisé héritier et dont la non-éducation fera tout aussi sûrement un barbare sans racines.
L'humanité progresse et régresse, c'est selon. Le christianisme l'a incontestablement élevée au dessus d'elle-même. Les totalitarismes du siècle dernier avaient le christianisme, et plus particulièrement le catholicisme, en horreur : ce n'est pas le fruit du hasard.
C'est que le bien et le mal cohabitent dans le coeur de l'homme. Charles Baudelaire le dit fort bien dans son journal : "Il y a en tout homme, à tout instant, deux tendances : l'une vers le haut, vers Dieu, qui est une joie de monter, l'autre vers le bas, vers Satan, qui est un plaisir de descendre" (De mémoire). Remplacez Dieu et Satan par ce que vous voudrez, cela ne change rien à cette vérité profonde.
Il n'y a pas de vrai progrès, stable, linéaire, continu, définitif. Rien ne le démontre. Tout prouve le contraire. Toute l'histoire des hommes contredit ce qui apparaît comme une idéologie, toujours la même ! qui se pare du vêtement de la science, encore une fois !
A tout propos nous n'en finissons pas de croiser cette trompeuse idéologie du progrès, maladie de l'esprit depuis des siècles. Son expression primaire, que traduit bien le mot d'ordre stupide, "il ne faut pas revenir en arrière", est en soi un programme sans contenu.
Et si, au contraire, sur bien des sujets, il était temps de "revenir en arrière" avant qu'il ne soit, parfois, trop tard ?
Il n'est pas dit, si l'homme a encore un avenir terrestre, qu'il ne soit pas souhaitable d'en "revenir au Moyen-Âge", pour évoquer cette époque toujours très mal vue de nos modernistes. Mille ans, tout bien considéré, beaucoup moins dangereux pour les corps, les coeurs et les âmes que les temps présents.