L'ISLAM (15)

Publié le par François-Xavier Gaëtan Gelin

Le "Recueil" apparaît donc comme un rassemblement de discours prononcés par le même, en diverses occasions, d'où la redondance et le style clairement "parlé" du livre qui a pour fonction un appel plus ou moins véhément à la conversion.

Ce qui rend le décryptage de l'ouvrage par Laurent Lagartempe particulièrement intéressant, compte tenu du caractère "anarchique" du "Recueil", apparamment rédigé d'une manière désordonnée et qui désoriente le lecteur, c'est qu'il établit ce qu'il appelle des "itinéraires de recomposition" : "Les 6235 versets s'étalent dans l'ouvrage come des pièces d'un puzzle éparses sur une table d'assemblage. Or autant l'étal désordonné des pièces paraît incohérent, autant l'image obtenue après assemblage est cohérente, d'une cohérence aussi forte que celle que nous percevons dans la mentalité musulmane, ce qui est l'évidence même, puisque celle-ci est commandée par cell-là." (p.6)

Laurent Lagartempe va donc s'astreindre à une étude "statistique" du "Recueil", et permettre ainsi de se rendre compte que "les répétitions constatées dans le livre, dont la fréquence et le désordre empêchent de bien comprendre ce qu'on lit, sont au contraire ce qui permet de mieux faire émerger du sens, en récapitulant et en rapprochant tout ce qui se rapporte à chaque expression ou thème particulier.

Bénéfice plus grand encore : pouvoir rapprocher des expressions analogues lorsqu'elles sont nombreuses, met à l'abri d'interprétations abusives telles qu'on en rencontre souvent, par exemple en isolant une phrase de son contexte. Les expressions analogues, lorsqu'elles sont nombreuses, s'éclairent et se renforcent les unes les autres, et leur dissémination dans tout le texte fait que l'on ne risque guère de raisonner hors contexte." (pp. 22-23)

 

 

Les itinéraires suivis dans l'étude du "Recueil" sont ceux des mots, des thèmes et des valeurs.

En matière de mots, on est frappé par la fréquence des versets "colériques", colère de Dieu, colère des croyants à l'adresse des incroyants. La sourate II contient une quarantaine de versets de ce type sur 286, soit un ratio de 14%, 1,6 par page. Mais le livre entier est émaillé des mêmes menaces (cf. L'ISLAM  [3] et [5]). L. Lagartempe  dénombre quelque 650 versets plus ou moins colériques soit 10% des versets du livre et 1,8 en moyenne par page de texte.

 

 

La présence de ce ton colérique n'échappe pas, on l'a vu (cf. L'ISLAM [11]), aux yeux  d'un musulman qui se veut "modéré" et non plus, remarque l'auteur, à ceux des traducteurs arabisants ou non qui parfois s'ingénient à en atténuer la brutalité, tous plus ou moins soucieux de ménager tout le monde et, serait-on tenté de rajouter, d'avoir d'ennuis avec personne. Ce n'est pas le cas de Jean Grosjean, par ailleurs encensé par la critique musulmane autorisée (cf. L'ISLAM [1]).

A défaut de pouvoir sérieusement contester ce qui est écrit et ré-écrit et le sens explicite de ce qu'on lit, comme par exemple : "Quand vous rencontrez des incroyants, frappez-leur la nuque jusqu'à les abattre et liez-les bien fort" (XLVII, 4 cf. L'ISLAM [5]), on peut se demander s'il ne convient pas de tenir compte du contexte historique, comme Ghalib Bencheikh nous y invite (cf. L'ISLAM [13]). Maudoudi nous a aussi, indirectement, laissé entendre qu'en ces temps lointains, tous barbares, la dureté était chose commune, bien partagée, comme nécessaire, mais qu'au total Mahomet avait plutôt mis bon ordre à tout cela (cf L'ISLAM [8]).

 

L. Lagartempe fait un sort à cette objection. Il note : "On pourrait disserter longuement sur le haut degré de culture et de raffinement qui existait alors dans les deux empires Byzantin et Perse, ainsi que sur les écrits d'époque qui, loin de verser dans l'agression martiale, continuaient d'exalter les thèmes humanistes qui ont fondé l'Occident chrétien et dont on continue de se prévaloir. C'est au VIe siècle que fut rédigé le magistral code justinien, inspirateur fécond de toutes les formes de droit en pays chrétiens. Ecrire à ces époques lointaines était l'apanage de gens très cultivés, ouverts à la spiritualité, à la philosophie, à la poésie et autres thèmes aimables ou anecdotiques. La littérature martiale antique elle-même exprime souvent plus d'admiration ou de respect pour l'adversaire que de mépris ou de haine... Les nombreux cas de turpitudes humaines rencontrés au fil des livres de l'Ancien Testament, ont le plus souvent le caractère de récits historiques pris comme exemples de ce qu'il ne faut pas faire. Quant au Nouveau Testament, personne ne peut nier qu'il ne soit dans son entier autre chose qu'un hymne à l'amour du prochain, gage et condition de l'amour de Dieu. Les rares malédictions prononcées par Jésus ne s'adressent qu'aux hypocrites de son propre camp, jamais à ceux du camp d'en face.

On ne voit finalement pas ce que le Coran pourrait devoir, en matière de violence, au contexte sociologique et littéraire de l'époque à laquelle il fut écrit." (pp. 33-34)

 

(à suivre) 

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Publié dans L'ISLAM

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