LES CATHOLIQUES FRANCAIS : UNE ESPECE EN VOIE DE DISPARITION ? (3)

Publié le par François-Xavier Gaëtan Gelin

Les indifférents, les agnostiques, les athées, les "bouffeurs de curés" (il en existe visiblement encore en dépit de la mode du consensus mou), auraient tort cependant de se réjouir trop bruyamment, trop longuement, jouissant de ce qu'ils pensent être leur sécurité, leur revanche ou leur triomphe. Que ce nouvel état a-religieux de notre pays, "aille bien" à certains, pour se calfeutrer dans leur nuit spirituelle sans que leur conscience soit dérangée, que d'autres s'en félicitent, enfin libérés à leurs yeux du joug de Dieu et de ses relais terrestres, ne fait pas de doute.

Qu'ils sachent que la France laïque qu'ils remercient d'exister et de les avoir débarrassés du catholicisme dominant, soit aussi le produit d'une terre de civilisation chrétienne sans laquelle elle n'aurait pas poussé, est moins sûr.

 

 

C'est le christianisme qui a fondé la laïcité. Et je ne crois pas qu'il existe une autre religion que la catholique à lui avoir donné des assises plus solides. Distinguer rigoureusement l'autorité temporelle de l'autorité spirituelle n'a jamais signifié que la seconde ne devait pas inspirer l'action de la première. Ne pas confondre pour mieux unir. La mort de l'autorité spirituelle, en soi, et dans les coeurs et les esprits, n'est pas une bonne nouvelle pour la liberté des non-croyants.

On peut raisonnablement soutenir, en songeant au propos de cet élève-officier de St Cyr qui définissait ainsi, superbement, son utilité : "Nous sommes là pour garantir le droit qu'ont les autres de nous insulter", que le non-croyant, délivré de Dieu, sera livré aux hommes et à leurs religions terrestres de substitution dont on a déjà pu apprécier, par le passé, la malfaisance.

Que les temps soient à la contrainte "douce" (pas pour tous à travers le monde tout de même !, dans nos contrées), ne change rien à l'affaire sauf que l'esclave moderne n'est, précisément, plus conscient de ses chaînes (cf. LE PIRE EST AVENIR). Mieux vaut encore l'inquiétude métaphysique maintenue de Jean d'Ormesson : "Dieu est caché et doit le rester, afin que nous puissions nous interroger sur son existence. Pour moi, la liberté des hommes réside en ce qu'ils peuvent nier Dieu. Et c'est une sacrée liberté. Le monde est fait de telle sorte que Dieu peut passer pour une hypothèse inutile. Mais on peut aussi dire, qu'acceptant tout de la science, cette dernière est tout de même soumise à quelque chose d'obscur qui est l'esprit et qui laisse sans cesse ouverte la question de Dieu." (1)

 

 

Bakounine, en bon anarchiste qui se respecte, proclamait bien sûr : "Ni Dieu, ni Maître !" Mais il pensait également : à tout prendre, s'il faut choisir (et tôt ou tard, il faut choisir), mieux vaut encore Dieu, autorité lointaine, inconnue, qui me laisse ma liberté et que craignent mes ennemis qui le servent ici-bas, facteur de modération en dépit de tout, que le Maître terrestre, imparfait, qui ne croit qu'en l'homme, plus exactement qui ne croit qu'en lui, bref qui se prend pour un dieu chargé très directement de me "transformer", et qui va s'employer à me le faire douloureusement savoir, autorité proche, connue et impitoyable. Lucide Bakounine.

 

 

D'Ormesson, encore lui, 82 ans, et donc catholique de baptême, d'éducation, d'instruction, ceci expliquant ce qui suit, aujourd'hui sceptique, répond à la question "Vous arrive-t-il pourtant de ressentir le désir de Dieu ?" :

- Oui et à un point fou ! J'ai une soif de Dieu. J'ai du mal à croire et pourtant je crois qu'il y a quelque chose d'autre... La figure du Christ me fascine. L'incarnation, c'est Dieu qui se fait homme : il y est obligé pour se faire connaître, et par voie de réciprocité, s'il se fait homme, l'homme se fait Dieu ! C'est en cela que résident la force et la beauté de la religion chrétienne... Dieu est hors du temps et des formes auxquelles nous, les hommes, ne pouvons pas échapper... Les Evangiles me touchent aussi profondément. Tout comme le pardon ou la communion des saints qui sont des inventions chrétiennes merveilleuses."

"Vous parlez en vrai chrétien", lui font remarquer les journalistes qui l'interrogent. Et il répond :

- Je n'ai pas peur de dire que je suis chrétien, mais je me demande si j'ai le droit de le dire, car je ne suis pas pratiquant et je ne communie pas... Je n'ai aucune certitude, mais après tout ce qu'on vient de se dire, si vous me demandez de répondre par oui ou par non à la question "Est-ce que Dieu existe ?", alors je vous répondrai oui ! Je suis un agnostique tenté de croire." (1)

Quelle leçon ! Et si les agnostiques, bien formés et honnêtes, étaient les derniers catholiques qui s'ignorent ?

 

 

J'ai failli terminer le titre de cet article en trois volets par un point. Je me suis ressaisi et ai opté pour un point d'interrogation, laissant à mon lecteur la liberté de répondre à la question posée et me sentant bien incapable, en ces sphères de grands mystères, de conclure.

Il est vrai que l'on a déjà vu dans l'Histoire le catholicisme revenir de loin. Il est vrai aussi que ce fut après des persécutions sévères ou des hérésies déclarées. Rien n'est plus redoutable en revanche que l'auto-dissolution, contente d'elle-même qui plus est !, sous l'effet de catalyseurs puissants, lents, et qui agissent masqués.

 

(1) Dans Le Monde des Religions, n° 21, janvier-février 2007. 

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P
Fxgg, oui, "raisonné" n'est pas forcément "raisonnable" il est vrai, mais il est frappant de voir à quel point parfois même les meilleures volontés du monde se détourne du "raisonnable" objectif, pour un "raisonné" qui défend des présupposés douteux.... (l'objectivité étant si difficile à atteindre).<br /> David, personnellement je ne verrais aucun intérêt à être catholique si les valeurs judéo-chrétiennes étaient celles que vous présentez. Permettez-moi de signaler un manque de connaissance de votre part, je crains que vous ne parliez de ce que vous ne connaissez que très mal (à travers quelles lorgnettes ? Les lorgnettes de la science, peut-être ? tiens donc ! intéressant...Hélas, nous avons tous les lorgnettes de ce en quoi nous croyons, apparemment, que ce soit en une secte quelconque ou bien en une science quelconque. A partir de cela, il importe d'ouvrir son esprit le plus large possible... se rendre disponible à la vérité la plus large possible... Ah pas facile, je sais bien. Mais c'est ce que nous tentons de faire ici ce me semble, pour notre joyeux bonheur ;-)
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F
Tout à fait d'accord avec votre premier paragraphe.
R
Quel article intéressant ! Je connais le fameux témoignage de l'article. Cela m'a beaucoup surpris d'ailleurs. C'est dingue qu'on crache sur la chrétienneté alors que la France en est la pays même...
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R
Bonjour !<br /> Comme je le dis sur mon blog, je n'ai pas de religion et je n'en veux pas; la religion c'est l'homme qui cherche à atteindre Dieu, le christianisme (qui n'est pas une religion, mais qui parle simplemnt du Chris) c'est Dieu qui vient vers les hommes.<br /> J'ai vécu une réelle expérience avec Jésus (je n'ai pas encore mis mon témoignage, mais ça viendra !!!!) aujourd'hui je sais qu'il m'a sauvée et qu'il m'aime !<br /> Etre chrétien n'est pas un jeu ! c'est une vie de tt les jours ! <br /> Je l'ai expérimenté encore ces 15 derniers jours ou j'ai vu la main deDieu comme c'est pas possible de douter !!!<br /> Que Dieu pous bénisse, à bientôt !
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D
petiboutz, cette soi disante supra-religion, qui selon vous apparaît du fait que la laïcité anéantirait les sectes, surtout la catholique, serait le reste des ces sectes qui ont répendu des valeurs gentilles judéo-chrétienne. Ces valeurs étant faite de la peine de mort, de conseil de de mutilation, d'interdits immoraux et des châtiments corporels, il n'en reste plus rien de ces valeurs en France, et ce n'est pas la secte catholique qui y a aidé. La source juive est peu recommandable en terme d'exemple de loi pour nos références démocratiques et républicaines.<br /> La tentative de certains sectataires qui ont inventé cette hypothèse du dessein intelligent a été aussi elle défait par la science. Tout se défait dans les sectes. Leur mythologie, leur morale, leur culture...
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P
Je me permets de revenir sur la réflexion à laquelle j'ai fait allusion dans un commentaire précédent (catholiques en voie de disparition, 2) : j'y parlais de l'émergence d'une supra-religion. Vous répondiez en faisant allusion au New Age et à l'exaltation de la sensibilité, mais il me semble que cette supra religion est aussi le fruit d'une certaine exaltation de la raison... Les deux sont inséparables selon moi : c'est parce que la raison est mise en avant (séparée de son enveloppe corporelle, merci Descartes) et vouée à un idéalisme effréné, que la sensibilité se débat pour assurer sa place comme elle peut. <br /> Et cette "supra religion" apparaît, à mes yeux, très raisonnée... J'imagine que si vous pensez à une série d'articles sur la laïcité, vous y reviendrez, mais il me semble que cette supra-religion marche avec le laïcisme que nous voyons se développer paisiblement dans notre bon pays (en d'autres aussi d'ailleurs?). Je veux dire que la nécessité de garantir la laïcité (définie comme coexistance aménagée de tous les mouvements et croyances possibles) se trouve représentée par un laïcisme (défini comme anihilation de toutes les religions et croyances possibles - mais surtout la catholique) qui, finalement, bâtit (consciemment ?) cette supra-religion. En reprenant ces gentilles valeurs qu'apportait le judéo-christianisme, d'ailleurs, et vous obtenez ce brave humanisme - mais en supprimant la SOURCE. Auto-dissolution, comme vous dites, peut-être, mais enfin.... s'il n'était ces détracteurs ou "catalyseurs puissants" dont vous parlez...
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F
Evidemment, vu comme cela... Il faudrait que les tenants de la thèse de la "supra religion" s'expliquent. Oui, le laïcisme présente sans doute l'apparence d'une démarche "raisonnée" ; est-ce pour autant une démarche raisonnable ?