QUAND LA GIROUETTE S'EPUISERA (3)... MAIS N'EST-CE PAS DEJA COMMENCE ?
Nicolas, mine de rien, nous refait le coup politique de Jacques en 1995, la réconciliation (très provisoire) des contraires, conseillé que fut le second, en même temps, par le libéral Madelin et le jacobin Seguin.
L'attelage ne tient pas longtemps à l'épreuve du pouvoir mais l'illusion est porteuse pour remporter l'élection.
Nicolas a même un club de supporters, des "sarkozistes de gauche", faut le faire !, La Diagonale, le bien nommé pour le grand écart. Denis Olivennes, PDG de la FNAC, entreprise "de gauche" est allé à l'une de ses réunions. Sans engagement semble-t-il, mais quand même, ce n'est pas innocent. Autre figure de la gauche bien pensante et au portefeuille bien garni (cela va très bien ensemble) Alain Minc, annonce au journal Les Echos (du 28.01.07) son soutien à Nicolas (après avoir voté Bayrou en 2002, et en regrettant de ne pas pouvoir donner son suffrage à Dominique Strauss-Kahn en 2007). On apprend, on a du mal à y croire, que Roger Hanin, oui Roger Hanin !, qui a "aimé, aime toujours et vénère" François Mitterrand et qui flirtait volontiers avec les communistes, votera pour Nicolas au second tour. Pascal Sevran, Pierre Arditi l'ont rejoint. Et voilà que les intellectuels s'en mêlent, au point que, angoissé on s'en doute, Le Nouvel Observateur du 15 février titre : "Les intellos virent-ils à droite ?". André Glucksmann, Pascal Bruckner, Max Gallo, Marc Weitzmann, avec des nuances, ont basculé dans le camp de Nicolas. Alain Finkielkraut, le philosophe préféré du candidat dont il a dit qu'il faisait "honneur à l'intelligence française", va-t-il craquer à son tour ? Il semblerait que oui à l'heure où j'écris. Quant aux intellectuels restés de gauche, ils persiflent, ils doutent de Marie-Ségolène.
Décidemment avec Nicolas, son slogan de campagne est bien choisi, "Ensemble tout devient possible", et tout seul il fait déjà très fort. Tout devient possible et le contraire de tout, bien entendu.
La contradiction est flagrante dans le positionnement stratégique défini par la formule magique, "la rupture tranquille", lancée au moment de l'entrée en scène officielle du candidat Nicolas.
Formule d'ailleurs quelque peu délaissée depuis, parce que sans doute de nature à ne pas être assez rassembleuse. Même tranquille, la rupture, n'est-ce pas l'aventure ? Il est vraisemblable que les Français, dans leur majorité, comme le héros du Guépard de Visconti, estiment que s'il faut que cela change c'est bien pour que tout demeure comme avant.
"Rupture tranquille" : peut-on mieux se moquer du monde (sinon avec "Ensemble tout devient possible") ? Depuis quand une rupture peut-elle être tranquille ? Cette idée géniale, Nicolas la devrait à Jean-Michel Goudard, publicitaire artisan de la campagne de Jacques en 1995, qui a copié, c'est évident, sur la "Force tranquille", le message, cohérent, lui, sur fond de paysage agreste avec clocher, du beau François, et qui aida celui-ci à l'emporter en 1981, en rassurant les campagnes et le paysan perdu qui dort dans l'inconscient de chaque Français ("La terre, elle, ne ment pas", avait déjà justement remarqué Philippe Pétain).
A huis-clos, cependant, devant les parlementaires de son parti, Nicolas a expliqué qu'il ne pourrait l'emporter que s'il se posait en "candidat de la continuité".
Nicolas le libéral, à Charleville-Mézières, le 15 décembre dernier, s'adressant "à la France qui souffre", réhabilite l'interventionnisme de l'Etat en matière économique et sociale. Il propose un système fiscal qui pénalise les entreprises "qui désinvestissent et délocalisent" et des allègements de charges "supprimées pour celles qui font des profits sans augmenter les salaires". Il plaide pour une politique d'investissements, notamment pour organiser les filières industrielles. Et pendant que l'on y est, il veut que l'Etat instaure des droits opposables pour le logement, la garde d'enfants, la scolarisation des handicapés. Et pourquoi pas pour le droit à être heureux ?
Le 22 juin 2006, à Agen, il prononçait un discours sur le travail aux relents anti-européens (Henri Guaino est derrière paraît-il). Deux mois plus tard il rectifie le tir à Bruxelles pour rassurer les supporters de l'Europe (cette fois-ci c'est Claude Guéant, le futur directeur de campagne, qui tire les ficelles).
Nicolas, le 14 janvier encore, affirme que l'organisation d'un référendum lui semblait "normale" en cas de "grêve dans une entreprise, qu'elle soit publique ou privée ou dans une université". Mais le 29 janvier son porte-parole Xavier Bertrand indique que cela ne concerne plus que le service public.
"La polygamie, c'est le contraire de la République. Les polygames n'ont rien à faire en France." Mâle déclaration du ministre de l'Intérieur. Et que fait-il contre cela ? Rien.
"Notre démocratie n'a pas besoin d'une nouvelle révolution constitutionnelle. On change trop notre Constitution." Dixit le Nicolas à la porte de Versailles, le 14 janvier dernier. Du même dans son livre Témoignage paru l'été dernier : "Le président de la République devrait pouvoir venir au parlement... le nombre de mandats successifs d'un président de la République doit être limité à deux... il faut mettre un terme au pouvoir d'amnistie et de grâce du président de la République... il faut supprimer l'article 49-3 de la Constitution".
"Je veux d'une France qui parle toujours à l'Amérique comme à une amie, qui lui dit toujours la vérité et qui sait lui dire non quand elle a tort." (le 14 janvier). Dans Témoignage (p.262) : "C'est une mauvaise stratégie d'ignorer ou de critiquer ses amis. Or les Américains ont été, sont et resteront nos amis et alliés."
Etc.
De l'art de faire plaisir à tout le monde et de rouler chacun dans la farine.
(à suivre)