L'ISLAM (17)

Publié le par François-Xavier Gaëtan Gelin

L. Lagartempe traite dans un chapitre de "l'itinéraire des valeurs". Non sans réticence car le mot "valeurs" n'est pas à proprement parler un concept "islamique". En effet, le "Recueil" étant l'expression directe de Dieu lui-même, ce qui lui confère un caractère sacré, toute préconisation du livre a rang de norme et l'on peut écrire de dogme.

En dépit de ces réserves l'auteur se propose de rechercher "les principes sur lesquels les musulmans 'fondent leur jugement et dirigent leur conduite'"

 

Approcher Dieu : c'est véritablement impossible. "En lui-même Allah est inconnaissable. Il est impénétrable (samad). Tout ce que l'on peut dire de lui, c'est ce qu'on peut dire sur lui grâce à ses attributs. Aucun de ses noms ne traduit l'essence même de Dieu, bien que certains, comme la miséricorde, fassent partie des attributs de l'essence." (Antoine Moussali, p.156)

Aucune relation personnelle n'est établie entre Dieu et sa créature. Un amour réciproque n'est évoqué que dans 2 versets (II,31 et V,54). "Le 'Recueil' ne contient en réalité aucune métaphysique, ni non plus aucune aspiration à la spiritualité. De ce point de vue on peut dire de l'Islam qu'il est une forme d'agnosticisme."

Certes des premiers mystiques musulmans apparaissent au VIIIe siècle. Ils furent rejetés ou martyrisés comme Al-Hallâj. Un soufisme "officiel" s'édifie au Xe siècle avec Al-Mahki et Al-Ghazâli, mais toujours étranger à l'orthodoxie coranique. En effet, "il n'est aucune forme de spiritualité, ni a fortiori de mysticisme, qui ne se heurte de front à l'orthodoxie coranique, de caractère essentiellement exotérique, en ce sens que tout ce qui est écrit dans le 'Recueil' est directement accessible à tous, et que rien n'est à découvrir qui n'y soit dit explicitement : en ce qui concerne Dieu, rien n'est dit de sa nature ou de son essence ; en ce qui concerne le croyant, des normes impératives lui dictent ce qu'il doit penser et faire ; en ce qui concerne la relation de l'un à l'autre, l'homme se soumet entièrement à Dieu sans chercher à le connaître ou à l'approcher".

Le soufisme a survécu mais il est marginal, sous surveillance, et le sunnisme (90% de la population musulmane dans le monde), lui est totalement hostile.

 

 

Libre-arbitre et destinée : en dépit de quelques versets qui laissent entendre que l'homme dispose d'un libre-arbitre, dans son ensemble le "Recueil" opte pour la thèse de la prédestination. C'est somme toute logique avec le principe d'un Dieu tout puissant et méconnaissable dans les mains duquel la meilleure attitude possible de la créature est de se comporter en esclave en l'absence de relation interpersonnelle.

 

 

La conscience du bien et du mal : L. Lagartempe remarque que "les mots bien (khayr) et mal (charr) existent bien en arabe avec la signification que nous leur donnons, mais ce ne sont pas ces mots qui figurent dans le 'Recueil'" (p.167). La conscience individuelle n'intervient pas. Il y a ce qui est conforme et ce qui s'oppose à la volonté de Dieu, donc à ce qui est écrit dans le "Recueil". La conception du bien et du mal est de caractère "entièrement légaliste" et il ne s'agit même pas de la loi mosaïque des "Dix Commandements", "mais de la stricte éthique islamique qui ne fait aucun écho, bien au contraire, aux commandements de 'ne pas tuer', 'ne pas voler', 'ne pas mentir'..." (p. 167-168)

Le musulman serait plutôt un stoïcien : "La seule vraie valeur en islam est l'obéissance à Dieu, ce qui exige patience, constance et persévérance, qualités d'âme très prisées par les musulmans, pour qui la sagesse consiste à savoir s'abandonner à l'incompréhensible volonté de Dieu en ayant une totale confiance en sa providence." (p 169)

 

 

Notion de péché : le Dieu du "Recueil" est clément, mais uniquement envers les croyants. Les incroyants, c'est-à-dire les non-musulmans, commettent le seul péché qui ne saurait être pardonné, celui d'exister en tant que tels. Pour eux le livre est très clair : "Demande pardon pour eux ou ne demande pas pardon, demande même soixante-dix fois pardon pour eux, Dieu ne leur pardonnera pas." (IX,80 ; LXIII,6)

 

 

Responsabilité : la responsabilité personnelle du musulman paraît peu engagée. Il n'en existe aucune mention explicite dans le "Recueil". Ce qui est cohérent également avec le primat accordé à la prédestination dans le destin individuel. En revanche, une responsabilité collective se manifeste avec le djihad (cf. L'ISLAM [11]).

 

 

Soi et les autres : "Tout homme naît musulman, c'est la famille qui le fait juif, chrétien ou zoroastrien." (Ibd Khaldoum) (cf. L'ISLAM [7])

L'autre, en tant que "prochain", n'existe pas. L'autre ne peut être, au mieux, qu'un membre de la communauté musulmane, de l'Oumma.

 

 

Dialogue : c'est bien un souhait d'occidentaux. Et le "dialogue" est souvent à sens unique. En dialoguant, le musulman prend le risque, trop grave à ses yeux, d'une dérive vers l'impiété.

 

 

Universalisme : "Le sentiment coranique d'appartenir à la meilleure nation, au seul vrai parti de Dieu et à la légion missionnée pour rallier le monde entier à ce parti, confère au musulman une immense fierté qui commande tout son comportement à l'égard  de l'étranger, et circonscrit étroitement sa notion d'universel. Ces principes qui ne sont encore que théorie, sont ce qui justifie les ardeurs et les violences effrénées du djihad, moyen ouvertement affiché dans le 'Recueil' pour faire aboutir le projet dont se prévaut l'universalisme très particulier de l'islam." (p.182)

 

 

Droits de l'homme : "Le concept de droits de l'homme relève du judéo-christianisme et il n'y a pas de place pour lui dans une perspective islamique." (déclaration du représentant permanent de l'Iran à l'ONU en 1985) (p.185) 

 

 

De cette analyse des "valeurs", L. Lagartempe conclut en posant à son tour la même question essentielle (cf L'ISLAM [13]) : "Il n'y a pas, à proprement parler, de message coranique mais un ensemble d'instructions et d'ordres catégoriques dont l'unique vrai principe est "islam", c'est-à-dire inconditionnelle soumission aux préceptes et prescriptions de ce recueil othmanien, réputé être l'unique et exclusive expression de la voix de Dieu adressée à l'humanité entière. Ce qui renvoie à l'interrogation première : peut-on parler de "valeurs", et non pas plutôt de lois précises, intangibles et comminatoires, ne laissant place à aucune possibilité d'évolution ou d'adaptation dans le temps et selon les circonstances ?" (p. 189-190)

Je suspends, provisoirement, la publication des articles de cette étude, le temps d'une campagne électorale.

(A suivre)

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Publié dans L'ISLAM

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L
Trop d importance donné à la religion à mon gout. Beaucoup ne  s exprime que par rapport à ca croire qu elle regie leur vie et decide de leur relation avec les autres. Comme si un membre d une religion etait forcement en accord avec un membre de la meme religion.Comme si tous les adeptes d une religion avaient forcement les memes idees sur tout.
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I
Mais c'est vrai, ça ! Pourquoi ? Est-ce que les musulmans mettent de la politique dans leur religion ? Allons, ça se saurait !<br /> Il suffit de prendre un site au hasard, par exemple : http://oumma.com/
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A
pkoi vous mettez un article sur l'islma dans un blog politique ???
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F
Ce n'est pas un blog politique. C'est un blog de réflexion générale. Je traite un peu plus de politique en ce moment, campagne électorale oblige.