L'ISLAM (12)
Bencheikh ne veut manifester "aucune ardeur chauvine à l'Islam. Si j'étais né à Katmandou, je serais probablement bouddhiste. Nous ne devons pas radicaliser ce que nous avons "hérité" sans le passer au filtre de l'entendement" (p. 65).
D'où d'abord, écrit-il, "aucun lecteur sérieux, déconditionné des haines ancestrales ou des manipulations mentales, ne trouve dans le Coran la guerre justifiée comme un moyen autre que de défense, quand bien même les mots utilisés sont crûment suggestifs et brutaux" (p. 65). Bencheikh cite, courageusement, les versets dont j'ai fait état (cf. L'ISLAM (5), IX, 4-5) pour en conclure : "Ce sont des passages spécifiques, relatifs à des circonstances particulières de conflits, d'expéditions et de batailles. Nous n'avons aucune gêne à en parler dans la transparence et la clarté. Ils ne confèrent à la guerre aucune sacralité." (p. 68)
Il reconnaît aussi qu'il existe "quelques versets de la même veine [...] dans le Coran [...] notre devoir est de les éclipser [c'est nous qui soulignons]" (p. 68). Encore une fois, peut-on "éclipser" la parole de Dieu ?
Bencheikh s'est fâché en évoquant la "guerre sainte" (cf. L'ISLAM (11)). Bien. Quel est donc le vrai sens du djihad selon lui ? C'est un effort qui fut aussi militaire concède-t-il, mais "la tradition prophétique distingue deux sortes de djihad, l'un mineur et l'autre majeur :
- le petit effort est celui qui couvre le champ de l'action quotidienne [...] : s'atteler résolument à une tâche, résister opiniâtrement à l'adversité, peiner, poursuivre ou simplement travailler, bûcher, cultiver, entreprendre, guerroyer... [c'est nous qui soulignons (?) ].
- le grand effort salvateur est celui qui préserve de céder au désespoir. C'est un effort continuel d'autodiscipline fondée sur une éthique de vie [...] le djihad majeur est l'élévation spirituelle recherchée et entreprise en vue de se vouer totalement à Dieu." (p. 70)
Rien de tout cela chez Maudoudi, lequel revient plus loin dans son livre sur le sujet pour proclamer que "le plus grand sacrifice pour la cause de Dieu est le jihâd, car là l'homme sacrifie non seulement sa vie et ses biens pour la cause de Dieu, mais il détruit aussi ceux des autres. Mais comme il l'a déjà été dit, l'un des principes de l'Islam est que nous subissions un moindre mal pour nous sauver d'un plus grand malheur. [nous soulignons :] Peut-on comparer la perte de quelques vies humaines - de plusieurs milliers ou même davantage à la limite - avec la calamité que serait pour l'humanité la victoire du mal sur le bien, et de l'athéisme agresseur sur la religion de Dieu." (271)
Voilà qui est clair. Cependant il faut agir avec discernement : " Il [Dieu] a interdit toute effusion de sang inutile, d'attaquer les vieillards, les femmes, les enfants, les malades et les blessés. Son ordre est de se battre seulement contre ceux qui se dressent pour combattre. Il nous enjoint de ne pas provoquer de destructions inutiles même sur le territoire de l'ennemi et de traiter les vaincus avec justice et honneur. Il nous a donné l'instruction de respecter les accords passés avec l'ennemi et d'arrêter de combattre quand ils arrêtent, ou s'ils suspendent leurs activités anti-islamiques." (271) La guerre a donc ses règles de bonne conduite, mais elle demeure une guerre.
Le chari'ah (la charia en français commun), le code détaillé de conduite donné par Mahomet, abroge tous les chari'ah antérieurs. Il a deux sources : le Coran et le Hadith. "Le Coran est une révélation divine ; chacun de ses mots vient d'Allah. Le Hadith est un recueil des instructions données par le Dernier Prophète et de ses mémoires, telles qu'elles furent conservées par ceux qui vécurent en sa compagnie, ou ceux à qui elles furent transmises par les témoins directs." (241)
Maudoudi expose longuement ce code de conduite, les dérogations possibles à son application, ses bienfaits, etc.
Il est surtout intéressant pour notre étude de relever dans le dernier paragraphe e) du 288 ceci : "Les musulmans ont toute liberté d'étudier la science et ses applications pratiques de n'importe quelle source. Mais en ce qui concerne les questions de culture et de civilisation, il leur est interdit d'imiter les modes de vie des autres peuples [souligné par nous]. La philosophie de l'imitation suggère que cela vient d'un sentiment d'infériorité qui produira immanquablement une mentalité défaitiste [...] Le Saint prophète (la paix soit avec lui) a positivement et fermement interdit aux musulmans d'adopter la culture et le mode de vie des non-musulmans." [souligné par nous]
Quand donc des musulmans s'installent, massivement, dans des pays non-musulmans, de culture et de de civilisation, comment doivent-ils se comporter ? Vous avez la réponse de Maudoudi.
Le chapitre suivant traite, précisément, des relations entre musulmans et non-musulmans.
Maudoudi les souhaite paisibles : "Il est conseillé aux croyants de ne pas être intolérants ou étroits d'esprit, de ne pas insulter ou critiquer leurs chefs religieux ou leurs saints, de ne rien dire d'offensant pour leur religion, de ne pas chercher inutilement de dissentions avec eux, mais de vivre en paix et bonne amitié. Si les non-musulmans conservent une attitude paisible et conciliante envers les musulmans, ne violent pas leurs frontières ou leurs droits, les musulmans devraient de leur côté garder des relations amicales et aimables avec eux et les traiter avec équité. C'est un des principes même de notre religion que nous devons posséder une compréhension humaine et une courtoisie plus grandes, et que nous devons nous comporter avec noblesse et modestie. Les mauvaises manières, l'oppression, l'agressivité et l'étroitesse d'esprit sont contraires à l'esprit même de l'Islam." (289) Dont acte. Chacun chez soi, semble-t-il, et la paix religieuse sera bien gardée.
(à suivre)